Présidentielle française: finalement, Juppé n'ira pas

Publication: Mis à jour:
JUPPE
Imprimer

PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE - Finalement, ce sera non. Après des semaines de suspense et une mise sous pression intense de la candidature de François Fillon sur fond d’accélération du calendrier judiciaire, Alain Juppé aura finalement décidé de ne pas y aller.

C’est depuis son fief bordelais que le "meilleur d’entre nous", tel que le surnommait Jacques Chirac, a annoncé ce matin à 10h30 (heure française) qu’il "ne sera pas candidat à la présidence de la république". "Je remercie tous ceux qui m'ont soutenu, mais il est trop tard", a-t-il déclaré, estimant qu'il ne pouvait pas incarner "ce renouvellement que veulent les Français".

Cette annonce intervient alors que le camp Fillon semblait revigoré par la manifestation de soutien organisée hier au Trocadéro, qui a réuni près de 40.000 personnes selon la police et 200.000 selon les organisateurs. Toutefois, les défections s’accumulent depuis plusieurs jours autour de l’ancien Premier ministre, suite à l’annonce de sa convocation par les juges dans le cadre du "Penelopegate", qui pourrait déboucher sur une mise en examen.

Durant le week-end, plusieurs signaux favorables à une candidature Juppé ont été émis, notamment un sondage le plaçant beaucoup plus haut que Fillon, ainsi qu’un entretien téléphonique entre le maire de Bordeaux et Nicolas Sarkozy, que l’entourage du maire de Bordeaux avait pris soin de rendre public, voulant y voir une forme d’adoubement de la part de celui qui est encore considéré comme certains comme le "tôlier" de la droite.

Un "plan B" évoqué dès le lendemain du "Penelopegate"

Le nom d’Alain Juppé avait été évoqué très tôt comme remplaçant potentiel de François Fillon suite aux révélations du Canard enchaîné, relatives au présumé emploi fictif de Pénélope Fillon en tant qu’assistante parlementaire de son époux durant de nombreuses années. Mais le maire de Bordeaux s’est dès le début défendu d’être un "plan B", et a posé officieusement plusieurs conditions pour remplacer au pied levé le candidat de la droite. La première était qu’il soit officiellement adoubé par Fillon comme son successeur, et qu’une sorte de "plébiscite"  au sein de son camp soit organisé dans la foulée.

Avec l’annonce du maintien de la candidature Fillon dimanche soir, ce scénario semblait s’éloigner de plus en plus, faisant planer le risque qu’une bonne partie de l’électorat très droitier de François Fillon ne se déporte sur la candidate du Front national, Marine Le Pen. La seconde condition émise par Juppé était qu’il fasse campagne sur son programme et non sur celui de Fillon, jugé éloigné de celui du maire de Bordeaux, beaucoup plus centriste. Autre point d’achoppement : la présence en nombre des militants de "sens commun" et de la "manif pour tous", qui constituent le noyau dur des militants fillonistes, et qui semblent s’être coalisés encore plus depuis le début des ennuis judiciaires de l’ex premier ministre de Nicolas Sarkozy.

L’envie d’avoir envie

Enfin, restait la question de l’envie. Selon son entourage, Alain Juppé avait été très éprouvé par son échec inattendu à la primaire de la droite et du centre à l’automne dernier, qui avait vu une victoire surprise de François Fillon, qui portait une ligne jugée très dure. Suite à cette épreuve, Juppé ne semblait plus vouloir se présenter à l’élection présidentielle, sauf au cas où un véritable mouvement de fond au sein de son camp venait à le porter.

Tôt ce matin, l’ancien Président Nicolas Sarkozy a proposé de tenir une réunion avec François Fillon et Alain Juppé "dans son bureau" afin de trouver une "voie de sortie digne", confirmant ainsi qu’il pencherait pour une candidature d’Alain Juppé. Une candidature qui, finalement, n'aura pas lieu.

LIRE AUSSI:
Depuis Casablanca, Alain Juppé réitère le soutien de la France au plan d'autonomie du Sahara (INTERVIEW)