Larbi Ben M'hidi, un révolutionnaire de la première heure

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Il y a 60 ans, dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, l’Algérie perdait l’un de ses illustres révolutionnaires, Mohamed Larbi Ben M'hidi. À l’occasion de cette date anniversaire de son assassinat, sa famille lui a rendu hommage en coorganisant avec Radio M une rencontre avec le public afin de retracer le parcours de cet homme exceptionnel.

Sa sœur Drifa Hassani et l’écrivain Belaid Abane sont revenus au cours de cet hommage sur son œuvre révolutionnaire et le fondement culturel et idéologique de sa personnalité.

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Né à Ain Mlila, près de Constantine en 1923, l’enfance de Larbi Ben M’hidi a été marquée par une instruction pieuse, qui commence par l’apprentissage du coran.

Pour Belaid Abane, l’islam constituait à l’époque pour les Algériens un substitut de nationalité car l’administration coloniale ne les reconnaissait pas.

“Larbi Ben M’hidi était sincèrement croyant mais l’apprentissage du Coran était également une façon de se sentir pleinement Algérien”, précise-t-il.

Néanmoins cette éducation islamique ne l’a pas empêché de poursuivre ses études dans l’école française, puisque Larbi Ben M’hidi obtient son certificat de l’école primaire et accède à l'enseignement secondaire.

Un engagement précoce et total

À la question si Larbi Ben M’hidi pouvait être autre chose qu’un révolutionnaire? La sœur du martyr, Drifa Hassani, répond de manière indiscutable que l’ancrage révolutionnaire l’habitait au point de prendre toute la place dans sa vie.

"Larbi aimait son pays plus que sa propre vie. Il était mordu de politique, et son engagement était sans surprise pour nous car il ne pouvait pas être autre chose que l’homme qu’il a été", souligne Drifa.

En effet, Larbi Ben M’hidi décide de ne pas prolonger ses études et de rejoindre les scouts. Cette décision pour l’adolescent qu’il était n’était pas improbable c’est le début de son engagement.

"Larbi Ben M’hidi dans sa prime jeunesse était dans les scouts, il pratiquait également le sport et le théâtre. Ces disciplines une fois de plus son une manière de s’affirmer en tant qu’Algérien mais aussi pour Larbi Ben M’hidi le moyen de rentrer en contact avec les bases populaires" souligne l’historien.

Pendant cette période Larbi Ben M’hidi est dans une phase de nationalisme sentimentale. En se joignant au PPA (Parti du Peuple Algérien) a à peine 20ans en 1943 ce qui est assez exceptionnel du fait de l’importance du parti, Larbi Ben M’hidi passe de cette phase sentimentale à une conscience politique, et s’imprègne de ses engagements maximalistes qui prônent le déclenchement de la guerre de libération, relève l’historien.

Cette prise de conscience effective et politique qui représente la matérialisation du militantisme, se forge davantage pour Larbi Ben M’hidi et les jeunes de sa génération comme Ramdane Abane, Mohamed Boudiaf, Didouche Mourad avec les évènements du 8 mai 1945.

“Pour cette frange nationaliste activiste le 8 mai 45 a été une cassure terrible. Pour eux il n’y avait donc plus de place pour l’électoralisme, d’où l’engagement total pour la cause nationale”, indique Belaid Abbane.

La crise du PPA-MTLD

Si aujourd’hui il y a peu de photos de Larbi Ben M’hidi, c’est qu’il les a toutes déchirées, et les faits remontent à la crise du PPA avec MTLD qui oppose les Centralistes aux Messalistes.

Ces deux partis qui avaient mis en place l’organisation spéciale paramilitaire (OS) en 47 pour préparer la lutte armée est dissoute en 1950. Au sein de l’OS, Larbi Ben M’hidi était chef du Constantinois. Cette dissolution du parti a mené à l’arrestation de plus de 400 membres de l’OS par l’armée Française. Larbi Ben M’hidi échappe à l’arrestation.

"Je me souviens qu’en rentrant de l’école ce jour-là, je trouve devant la porte Rabah Bitat qui me donne un bout de papier et me demande de le donner à Larbi. Il me dit : tu le lui donnes dès qu’il rentre, ne le laisse pas enlever ses chaussures ou faire sa prière", se souvient Drifa Hassani.

Comme convenu Larbi Ben M’hidi rentre à la maison, de bonne humeur, il salue ses parents et se dirige dans sa chambre. Sa jeune sœur le rattrape et lui donne le petit papier. Un instant après, il ressort le visage défait, informe sa famille qu’il part en voyage et si jamais la police vient à la maison il fallait répondre que cela faisait un moment qu’il avait quitté, ajoute sa sœur.

"Le lendemain la police vient effectuer des fouilles à la maison. Ils nous demandent où était Larbi et nous répondions que nous ne l’avons pas vu depuis un mois", souligne Drifa.

Si la police n’a pas réussi à remonter à Larbi Ben M’hidi, c’est qu’il avait pris la précaution de déchirer toutes ses photos. Il était quasiment impossible de mettre son nom sur un visage.

Cette crise à beaucoup affecté Larbi Ben M’hidi et les autres membres de l’OS. Le PPA leur avait demandé de disparaître. Le PPA craignait d’être compromis à cause d’eux. Les activistes de l’OS gardent donc une amertume terrible envers les membres du PPA et les Messalistes. Il quitte donc Biskra où il vivait avec ses parents pour se rendre à Alger.

1 Novembre 1954

Après cette crise, l’OS se reconstitue, la répartition des rôles pour le premier novembre est faite. Lors de la réunion d’octobre 1953, Larbi Ben M’hidi est chargé de l’Oranie, la zone 5. Une région assez complexe selon Belaid Abane.

"L’Oranie était moins structurée que les autres régions sur le plan militaire et politique", souligne-t-il.

Le 3 mai 1954, il va rendre visite à sa famille à Biskra. Drifa Hassani se souvient que le voyage fut une réelle aventure.

C’est Mustapha Ben Boulaid qui l’accompagne à la maison, car à l’époque il était le seul à posséder une voiture. Pour ne pas se faire remarquer, ils choisissent un jour de course de cyclisme. Coup de malchance, ils font un accident sur la route. S’ils s’en sortent avec quelques blessures la police est là. Les deux hommes, dans la précipitation, disent à la police qu’il faut qu’ils rattrapent le cortège. Heureusement pour eux la police ne les retient pas.

Larbi Ben M’hidi passe 15 jours dans sa famille.

Quatre mois après le déclenchement de la lutte armé du premier novembre, Larbi Ben M’hidi se rend au Caire dans l'optique de constituer une base logistique d’armement. Il retrouve là-bas la délégation extérieure notamment Ben Bella et Boudiaf.

"On peut dire qu’à partir de fin 55 au printemps 56, Larbi Ben M’hidi faisait partie de la délégation extérieure. La grande question est pourquoi il est rentré”, se demande Belaïd Abane.

Concernant le retour de Larbi Ben M’hidi, il informe que c’est à cause des discordes avec la délégation extérieure.

Retour à Alger, grève des 8 jours et son assassinat

De retour en Algérie, il passe d’abord par la zone 5 pour ensuite se rend à Alger au printemps 56. Fin 1956 se tient le congrès de la Soummam. Un événement clé dans la maturité de la révolution, où se décident la grève des 8 jours baptisée par la suite la bataille d’Alger, et la création du Comité de coordination et d'exécution organe centrale du FLN.

"Les conviction maximalistes de Larbi Ben M’hidi sont plus que jamais constatées lors du congrès de la Soummam. Il propose une grève de 30 jours. Après maintes discussions ils décident de la ramener à 8 jours", précise Belaid Abane.

Si la bataille d’Alger a été une défaite militaire, la grève des 8 jours a réussi à sensibiliser l’ONU quant à la situation des Algériens, et a bloqué l’économie française.

"Ces deux évènements sont une victoire politique car elles ont propulsé la lutte du peuple à l’international. Celle-ci devient tangible et l’Algérie française devient un mythe", constate l’historien.

Après la bataille d’Alger plusieurs membres du CCE sont arrêtés. Larbi Ben M’hidi, en cavale, se réfugie l’appartement de Ben Khedda à l’avenue Claude-Debussy à Alger,

Nous sommes le 23 février 1957. La police l’arrête à cet appartement. Le colonel Jacques Allaire (à l'époque sous-lieutenant de réserve) rapporte qu’il a été donné par un de ses frères.

Il sera assassiné dans la nuit du 3 au 4 mars dans la Mitidja.

Drifa Ben M’hidi raconte cet évènement avec beaucoup d’émotion. "La thèse du suicide nous a fait beaucoup de mal. Larbi avait la foi, une foi inébranlable, il ne se serait jamais donné la mort ".

Elle conclut en rappelant la pensée du chahid, un homme visionnaire, pieux et cultivé. "Il était contre que son frère monte au maquis, il lui demande de faire des études et de la musique. Il lui disait à l’indépendance on aura besoin de gens instruits", conclut-elle.

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