Le Maroc veut rapatrier le squelette d'un dinosaure avant sa vente aux enchères en France

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PATRIMOINE - L'annonce fait polémique au Maroc. Le squelette d'un plésiosaure marin vieux de 66 millions d'années, retrouvé au Maroc en 2011, devrait être vendu aux enchères publiques, le 7 mars prochain à Paris.

C'est l'hôtel Drouot, plus ancienne institution de ventes aux enchères publiques au monde et véritable plaque tournante du marché de l'art français et international, qui organise la vente aux enchères. "C'est une vente qui sera ouverte au public. Tout le monde peut y participer. Les personnes qui ne pourront pas se déplacer peuvent aussi participer en ligne ", explique le service presse de l'hôtel de vente, joint par le HuffPost Maroc.

L'événement, qui sera précédé d'une exposition publique du squelette programmée du 4 au 7 mars, n'est pas passé inaperçu au Maroc.

Un "trésor patrimonial unique"

Dans un communiqué diffusé lundi 27 février, l'Association pour la protection du patrimoine géologique du Maroc (APPGM) est montée au créneau, dénonçant "la mise en vente aux enchères en France" de ce qu'elle considère comme un "trésor patrimonial unique".

L'APPGM indique par ailleurs avoir saisi, le 17 février dernier, le directeur de la Géologie, au sein du ministère de l'Énergie et des mines, pour "savoir si ce spécimen a été autorisé à l'export". "Si tel n'est pas le cas", l'association réclame une intervention "auprès des organisateurs de cette vente pour la restitution du plésiosaure à son pays d'origine, le Maroc".

Le trésor en question, Zarafasaura Oceanis de son nom scientifique (de l'arabe zarafa, girafe, et du grec saurus, lézard) avait été exhumé des bassins de Khouribga en 2011. La valeur du squelette, complet à hauteur de 75%, est comprise entre 350.000 et 450.000 euros, souligne le journal le Figaro. Après quatre ans d'étude, une équipe de spécialistes italiens a pu le reconstituer "dans une position réaliste".

Le "Zarafasaura étant le plésiosaure le plus récemment découvert, décrit pour la première fois en 2011, ces restes sont extrêmement rares", note Drouot dans la présentation de l'objet sur son site web.

"Sortie illégale"

Comment un spécimen aussi rare dans le domaine de la géologie fait aujourd'hui l'objet d'une vente aux enchères en France, alors qu'il a été retrouvé au Maroc? Le ministère des Énergies, des mines, de l'eau et l'environnement est catégorique: "sa sortie de notre pays est illégale".

"Parmi les attributions du ministère, en particulier celles de la direction de la Géologie, il y a la sauvegarde et la préservation de notre patrimoine minéral. Dans le cas des ossements du dinosaure retrouvés au Maroc, leur sortie du territoire national est irrégulière, vu que nous n'avons délivré aucune d'autorisation dans ce sens", indique Ahmed Benlakhdim, directeur de la Géologie au ministère, au HuffPost Maroc.

Selon le responsable, toute sortie ou exportation du genre doit être régie par la loi du commerce extérieur. "À chaque fois, le ministère chargé du Commerce extérieur adresse un questionnaire au département concerné par le produit à exporter qui doit, à son tour, émettre son avis pour voir s'il peut ou non faire l'objet d'une exportation", poursuit-il.

"Pour les vertébrés, c'est un refus catégorique parce qu'ils font indéniablement partie de notre patrimoine national. Nous donnons des avis favorables uniquement pour des déchets, des chutes de minéraux et des petits fossiles qui ont été façonnés".

Selon Ahmed Benlakhdim, son département, saisi par l'APPGM, a déjà sollicité le rapatriement du squelette auprès des autorités françaises. "Nous avons amorcé les démarches administratives depuis une semaine. On attend le retour des autorités compétentes", conclut-il.

Interrogé par le HuffPost Maroc, l'hôtel Drouot nous indique que le dinosaure provient d'un "collectionneur privé italien qui n'a pas souhaité communiquer son nom". "Il a fallu à une équipe de spécialistes italiens près de deux années de restauration pour reconstituer l’animal dont le squelette, très fragmenté, fut extrait de couches de dépôt de phosphate", indique par ailleurs le site web de la maison de vente aux enchères. Selon le service presse de l'institution, la piste d'un éventuel vol reste néanmoins totalement écartée.

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