Portait d'une Tunisienne dominatrice sexuelle: Immersion dans le monde du BDSM en Tunisie

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SEXUALITÉ- Elle a une vingtaine d'années, 28 ans exactement, les formes généreuses, la chevelure envolée, l'air bon enfant, ornée de bijoux fantaisistes. La jeune femme soigne son apparence, le seul point commun entre "sa vie de tous les jours" et son rôle de maîtresse dominatrice dans Tunisian Mistress.

La figure de dominatrice sexuelle comme Wanda von Sacher-Masoch a fait le succès du roman "La Vénus à la fourrure" (1870) et de bien d'autres livres. Elle est fortement présente dans les séries américaines ou dans la pornographie mais elle existe bel et bien dans le réel et elle est cette fois-ci tunisienne. Pour espérer profiter de ses faveurs, il faut compter 50 dinars l'heure pour des sessions qui durent en général entre une heure et trois heures, explique-t-elle doctement au HuffPost Tunisie.

De l'argent donc mais pas que, notre Tunisian Mistress exige du sérieux. Pour cela, elle fait le tri: "Je parle beaucoup avec eux avant de les voir afin de détecter s'ils sont "viables" et ont vraiment envie. Je ne veux pas avoir affaire à des curieux". Des curieux, il y en a beaucoup qu'elle sait détecter après des années d'expérience.

En effet, elle s'est livrée à son "hobbie" depuis des années, elle a beaucoup lu sur le sujet, surtout sur les maîtresses américaines, qui l'inspirent fortement, confie-t-elle.

"Après beaucoup de recherches, lors d'une période de ma vie où j'ai rompu avec mon copain, j'ai commencé à essayer". La jeune femme entame l'expérience sur Skype d'abord et ce, pendant deux années. Du virtuel donc avant de passer aux choses concrètes. Entre-temps, son copain est revenu vers elle mais ça ne le dérangeait nullement, au contraire, "il trouvait cela funny tant que ça n'implique pas du sexe", lance-t-elle.

C'est à Athènes que Tunisian Mistress a essayé, pour la première fois, "dans un pays conservateur et religieux où cette pratique constitue aussi un tabou", explique-t-elle.

Revenue en Tunisie, elle enchaîne, se plait à faire "ce jeu" et la demande suit: "On est deux femmes vraiment dominatrices en Tunisie, les autres sont des arnaqueuses, qui tendent à extirper de l'argent aux hommes". Car la jeune femme prend les choses vraiment avec panache, joue bien le rôle: "Une vraie dominatrice sait entretenir le mystère, s'habille comme cela l'exige, ne boit pas lors des sessions, ne permet pas à son partenaire de la tutoyer et aime vraiment dominer, maîtriser son sujet et le contrôler. Elle doit être une psy souvent aussi vis-à-vis de ces hommes".

Car du malheur, il y en a beaucoup derrière ces parties de plaisir: "Ces personnes souffrent d'incompréhension, se cherchent. Il y a ceux qui dépriment, ceux en rupture avec leur copine ou leur femme qui les rejettent. En Tunisie, le manque d'éducation sexuelle fait que certaines n'intègrent pas le fait qu'il y a des hommes qui aiment se faire sodomiser sans être pourtant forcément des homosexuels. Encore plus, s'ils jouissent en étant dominés par une femme puisqu'on a une idée faussée de la virilité".

Et les drames ne sont pas que psychologiques, ils sont aussi physiques: "L'amateurisme fait que certains sont victimes parfois de déchirures anales, de blessures, etc". À ceux là, Tunisian Mistress livre souvent des conseils. Cette fois-ci, c'est gratuit et elle le déplore avec le sourire car elle y gagnerait beaucoup plus en étant rémunérée.

La jeune femme dépense beaucoup de son argent dans l'achat des accessoires (sextoys et autres) et son énergie aussi, avance-t-elle, "mais je sens que c'est une mission: j'aime aider surtout les plus jeunes d'entre eux car ce sont eux qui en ont le plus besoin", ajoute-t-elle. Et de poursuivre: "Ma mission principale est d'instaurer une culture du BDSM et d'orienter les âmes perdues".

Une clientèle diversifiée

Les clients de Tunisian Mistress sont nombreux, certains sont connus, glisse-t-elle, sans en dire plus, des jeunes et des grands, des gens qui occupent des postes importants dans leurs entreprises et autres. "Souvent, ils ont besoin de ce défoulement, de perdre le contrôle pour quelques temps, d'inverser le rôle par la domination que j'exerce sur eux, d'être rabaissés, humiliés, négligés, frappés, qu'on leur urine dessus...". La domination peut être physique, psychologique ou même intellectuelle ,selon les goûts de chacun.

Certains adorent la domination religieuse par exemple. La jeune femme était érigée ainsi en objet de dévotion, confie-t-elle.

Des limites à cela? "On a un safe word. Le rouge signifie qu'il faut arrêter, l'orange de baisser le rythme", explique-t-elle. Autre seuil que Tunisian Mistress ne franchit pas: les problèmes de santé: "Je dois connaitre leurs problèmes de santé au préalable. Un diabétique ne cicatrise pas rapidement par exemple", précise-t-elle.

Car il faut vraiment aimer et avoir de l'endurance pour accepter par exemple d'être rattaché, sans pourvoir bouger alors que la jeune femme est sortie se promener, comme elle l'a fait avec l'un de ses soumis.

Des anecdotes comme celles-ci ne manquent pas à la vie de dominatrice de la jeune femme: "J'ai eu une fois quelqu'un qui est venu avec un couteau ou un autre cachant son argent dans ses chaussures par peur de moi", raconte-t-elle riante.

Il y a aussi les jaloux, les possessifs, ceux qui veulent tester sa patience, les récalcitrants qui n'obéissent pas vraiment car dans le jeu, la jeune femme est otage de son extase de domination. Et cela, elle veut le vivre pleinement sans que cela ne prenne une tournure sexuelle: "Je me sentirais comme une prostituée sinon", explique-t-elle.

Etre dominante, pénétrer sans être pénétrée c'est aussi gratifiant pour elle et ça lui suffit: "J'ai toujours aimé tout contrôler, avec mes amis, j'adore m'occuper de tout, être celle qui planifie, qui organise", précise-t-elle pour expliquer son penchant vers la domination. Celles qui ont ce caractère ne deviennent pas toutes des dominatrices ou portées vers ce jeu, précise-t-elle. Après insistance, la jeune femme concède qu'elle a gagné, avec ce qu'elle fait, beaucoup de confiance en elle, chose qui lui manquait avant.

"Je souhaite que ces hommes aient confiance en eux aussi, qu'ils assument leurs envies comme moi. Il faut sortir du déni pour briser les tabous autour de cette pratique sexuelle", conclut-elle.

LIRE AUSSI: Tunisie: En l'absence d'éducation sexuelle, les jeunes tunisiens doivent se débrouiller seuls

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