Youssef Chahed : "A ceux qui préparent les technocrates pour 2019, la Tunisie n'a pas besoin de ces calculs personnels"

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CHAHED
Facebook/ElHiwar Ettounsi
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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a effectué, samedi, un remaniement ministériel partiel qui a, entre autres, entraîné le limogeage du ministre de la Gouvernance et de la Fonction publique, Abid Briki, après que ce dernier ait menacé de quitter son poste au cours de la semaine dernière. Au cours d’un entretien accordé à la chaîne privé El Hiwar Ettounssi, Youssef Chahed est revenu sur ce remaniement partiel et sur d’autres sujets en relation avec l'actualité du pays.

Remaniement ministériel:

"Abid Briki est un homme d’État qui a joué un rôle majeur au sein de l’équipe lors, entre autres, de la discussion de la loi des Finances. Toutefois, il demeure un ministre comme tous les autres. Récemment, il a dévié de ses devoirs en tant que ministre et cela m’a amené à le limoger".

"Pour la nomination de Khalil Ghariani à sa place, je veux rappeler que l’UTICA, tout comme l’UGTT, a joué un rôle majeur dans toutes les étapes du pays. Khalil Ghariani est un homme compétent qui est connu dans son domaine. Nous l’avons nommé pour cela surtout que nous visons, au sein de notre gouvernement, sur les jeunes compétences. La Tunisie n’a pas besoin de ce genre de conflit, nous avons besoin d’union nationale".

Communiqué de l'UGTT:

"N’importe quel chef du gouvernement au monde qui se respecte aurait fait la même chose; le prestige de l’État doit être prioritaire sur toutes les autres données. J’ai eu une discussion avec le Secrétaire Général de la centrale ce matin, un homme d’État, et je lui ai expliqué qu’il n’existe aucun message chiffré destiné à l’UGTT".

Future remaniement?

"Le remaniement, selon la Constitution, revient essentiellement au chef du gouvernement. Tous les ministres sont soumis à des évaluations continues. Si l’on constate que l’un des ministres ou des secrétaires d’État est défaillant, il sera limogé".

Bilan du gouvernement:

"Nous avons beaucoup de difficultés et les chiffres que j’ai annoncés lors de la séance de vote à l’ARP ne peuvent pas changer en six mois. Toutefois, trois indices marquent des avancées:

  • Le secteur sécuritaire: les pays européens commencent à lever leur interdiction de voyage envers la Tunisie.
  • La production: phosphate et la croissance qui commence à progresser
  • Le tourisme: les tours opérateurs relancent leurs activités pour la Tunisie

Toutefois, ces indices positifs ne veulent pas dire que la situation est devenue meilleure".

"Pour la crise de confiance, je suis conscient que les jeunes sont en pleine crise et qu’ils se dirigent de plus en plus vers l’immigration clandestine. Nous travaillons dessus, les jeunes sont une de nos priorités".

Loi 52:

"Rien ne se passe sans polémique aujourd’hui en Tunisie. La loi 52 a détruit la vie de milliers de jeunes et de familles durant les dernières années. Il est devenu vital de remédier a cette loi relative à la consommation du cannabis. Ces jeunes ne doivent plus aller en prison; il faut qu’ils soient suivis médicalement. Par contre, en allégeant la punition contre les consommateurs, il faut absolument la durcir contre les dealers".

Médias et circulaire n°2017-4 relative au droit d’accès à l’information publique:

"Cette circulaire est un rappel d’un décret paru en 2014 qui a été adopté pendant les deux dernières années. C’est une règle qui vise à régulariser la relation entre les médias et les responsables d’État. Aujourd’hui, ce décret ne sied plus avec les nouvelles lois du pays et nous sommes prêts à négocier avec les professionnels du métier afin qu’il soit révisé (...) Notre gouvernement est le gouvernement qui a le plus attribué d’avantages aux journalistes et nous continuerons à le faire".

Mouvements sociaux:

"Les mouvements sociaux et la pression de la rue sont là parce qu’il existe encore des difficultés économiques. Nous sommes là pour éteindre les incendies et nous comptons encore communiquer avec le peuple afin d’être dans une politique directe. Nous avons proposé plusieurs solutions aux chômeurs, dont, entre autres, des minis projets pour qu’ils puissent lancer leurs projets et commencer à vivre. C’est un projet rapide puisque cela ne prend que trois semaines pour quelqu’un d’avoir l’argent et de commencer à travailler".

"Toutefois, nous n’avons pas fait qu’éteindre les incendies; nous avons, aussi, donné une vision pour le pays pour au moins les trois prochaines années. Nous avons, aussi, initié plus de mesures urgentes pour que cessent les problèmes quotidiens des citoyens. On peut citer à titre d’exemple, le projet du premier logement. Nous travaillons beaucoup sur la classe moyenne".

Lutte contre la corruption:

"La lutte contre la corruption est une lutte sur tous les fronts. Je passe des heures à étudier les dossiers qui me parviennent. Deux cent milliards de saisie dans le cadre de la lutte contre la contrebande ont été enregistrés. Aujourd’hui, nous avons créé une nouvelle instance de lutte contre la contrebande et nous lui avons donné des prérogatives qu’aucun gouvernement n’a osé donner".

"Nous travaillons sur une nouvelle loi qui sera dédiée à ceux dont les origines des fortunes ne sont pas claires".

"Le système judiciaire est appelé à coopérer dans cette lutte et nous savons que ce même système a beaucoup de problèmes et que les conditions dans lesquelles il travaille sont très difficiles".

Échec économique:

"Rien ne s’est passé sur le plan économique depuis la révolution. Nous n’avons pas travaillé et c’est ce qui explique cet échec.
Les hôpitaux sont dans un état déplorable, les jeunes des quartiers populaires n’ont pas les mêmes occasions que les autres et ceci n’est pas admissible pour un pays comme le nôtre. Je persiste et signe, ce gouvernement va concrétiser toutes ses promesses parce que ce gouvernement ne promet pas quelque chose qu’il ne peut réaliser".

Réformes de l’administration :

"Les hauts cadres exceptionnels seront payés mieux que les autres, nous allons créer la Fonction publique supérieure parce qu’il n’est plus admissible que le fonctionnaire qui travaille et celui qui ne travaille pas perçoivent le même salaire. Il n’est plus possible que tout le monde vise à travailler dans la Fonction publique, un secteur qui ne peut plus absorber".

"L'État ne peut plus continuer à faire partie des secteurs compétitifs: ces institutions doivent être restructurées et il n’y a aucun mal d’aller vers la privatisation. Nous avons, aujourd’hui, trois banques publiques; est-ce que la Tunisie a réellement besoin de trois banques étatiques? Ne sont-elles pas plutôt devenues une grande charge pour l’État? N’oublions pas que l’État a été obligé de verser 700 millions à la STB pour qu’elle ne coule pas et je suis sûr que d’ici quelques temps, on sera obligé de lui verser une nouvelle grande somme".

Caisses sociales:

"La réforme est claire: soit on élève l’âge de la retraite, soit on élève les cotisations. On a besoin de ces réformes pour pouvoir préserver le modèle social tunisien. Il ne faut pas qu’on oublie les classes faibles et nous comptons d’ailleurs augmenter le SMIG. Ces réformes seront appliquées au cours de cette année".

Situation sécuritaire:

"La situation sécuritaire est stable aujourd’hui en Tunisie. Je tiens à saluer tous les corps sécuritaires qui travaillent, sincèrement, sous une grande pression. L’important étant que le citoyen se sente en sécurité. Nous n’oublions pas que les conditions dans lesquelles travaillent les forces armées empirent avec les mouvements sociaux qui les déstabilisent. Les ressources humaines et les ressources matérielles se sont nettement améliorées au cours de ces deux dernières années".

"En ce qui concerne le retour des terroristes, c’est un sujet qui préoccupe le monde entier; plusieurs responsables européens se sont, aussi, penchés sur le sujet mais la Tunisie a une avancée sur ce dossier là. N’oublions pas que nous avons une loi de lutte contre le terrorisme qui nous permet d’emprisonner tout individu qui rentre des zones de conflit. Nous avons les chiffres exactes, ils sont, exactement, 2929 personnes".

"Plusieurs d’entre eux sont morts ou emprisonnés et nous mettons à jour ce nombre. Toutefois, la menace terroriste ne provient pas uniquement de ceux qui se trouvent dans les zones de conflit (...) Il faut qu’on ait confiance en l’institution sécuritaire en Tunisie. Les pays européens sont de plus en plus demandeurs de la coopération de notre pays en matière de renseignements parce qu’ils savent que nous avons une bonne expérience dans le domaine (...) Il n’y aura aucune loi de repentir!"

Camp de réfugiés:

"Nous refusons cette question en partant d’un principe: le peuple tunisien est un peuple souverain et ce pays ne s’achète pas avec de l’argent et ce en dépit de la crise que nous vivons. La Nation impose le respect lorsqu’elle défend ses principes".

Critiques politiques:

"La démocratie est basée sur l’opposition et le pouvoir (...) J’étais en train de vous parler des réformes; ceux qui sont en train de tirer à boulets rouges sur nous n’ont, jusqu’à maintenant, présenté aucune proposition. Ceux qui préparent les technocrates pour 2019, je leur rappelle que le pays a besoin d’eux aujourd’hui pas dans deux ans. La Tunisie a besoin de toutes ses forces et de tous ses enfants, elle n’a pas besoin de ces petits calculs personnels".

"C’est Youssef Chahed qui gouverne et non pas Hafedh Caïd Essebsi. Je collabore avec lui comme je collabore avec tous les chefs de partis signataires du pacte de Carthage. Pour le palais, je tiens à informer tous les concernés que je collabore avec Béji Caïd Essebsi, président élu par le peuple et soixante ans d’expérience politique. Nous collaborons avec Carthage mais nous ne sommes pas effacés. Je suis à la tête du pouvoir exécutif et j’exerce, pleinement, toutes mes prérogatives et uniquement mes prérogatives telles que stipulées dans la Constitution".

Présidence de Nidaa Tounes:

"Mes priorités aujourd’hui c’est la Tunisie. Nidaa Tounes est une équation importante sur la scène et il a réussi à créer l’équilibre dans le pays. Le mouvement vit une crise de leadership ce qui a conduit à un clivage. Il est important que Nidaa Tounes revienne à ce qu’il était et cela n’est pas lié au fait que je préside ou pas le mouvement".

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