Pourquoi ces Tunisiens n'ont plus ni l'envie ni la possibilité de faire l'amour avec leur partenaire?

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Le désir sexuel, cette tension vers le désirable, la plénitude, cette âme du corps et son moteur, une pulsion, une quête de jouissance qui constitue la bride du couple. Elle est son flambeau, son bâtisseur.

Une fois le couple uni dans la durée, la flamme du désir, qui était si intense il n'y a pas si longtemps, se consume parfois. C'est humain, la lassitude est naturelle, indépendamment du degré d'attachement à son partenaire, à l'amour qu'on voue pour lui? Comment maintenir la flamme éveillée, vivace? Comment éviter qu'elle s'éteigne complètement et n'ébranle la solidité du couple? Car ce risque est là, camouflé parfois, non-dit, comme en témoignent l'histoire de Ali, 34 ans et des autres, recueillis sous couvert d'anonymat.


"80% de nos désaccords proviennent du sexe"

Ali est sur le point de se séparer avec sa femme avec qui il a vécu six ans. Une union qui a enfanté un petit garçon. "Nos désaccords sont devenus persistants et inéluctables. Ils sont divers mais le facteur de la sexualité ou du manque d'une sexualité épanouie y est pour beaucoup. Je dirai même que 80% de nos désaccords proviennent de là", a confié Ali.

La lassitude sexuelle s'est installée entre eux dès leur deuxième année de mariage "mais je suis resté pour mon enfant", lance-t-il. Ça ne l'a pas empêché de voir ailleurs entre-temps: "Pour moi le sexe c'est un jeu où on prend notre temps, on le fait vite et on tourne le dos mais on doit expérimenter de nouvelles choses où il n'y a pas de tabous, ni d'interdits. Or ma femme ne concevait pas les choses de la même manière, elle m'écoutait sans jamais prendre en compte mes envies. Avec le temps, une distance s'est installée et elle n'est pas que corporelle, elle est psychologique également. C'est pour cela que je suis parti ailleurs", a-t-il expliqué.

Voir ailleurs, c'est le chemin emprunté par Fouad, 55 ans, depuis des années, il est resté marié "sur les papiers", tient-il à préciser. Plus de vingt de mariage et deux enfants. C'est pour ses enfants qu'il dit tenir à préserver son mariage. Fouad fait chambre à part avec sa femme depuis des années. Des années émaillées par des infidélités mutuelles, entamées par des conflits permanents "qui ont pris la place des mots doux".

"Ça devient alors des accrochages constants autour de l'argent, des enfants. Il y a des désaccords ordinaires dans tous les couples mais, parfois les problèmes deviennent structurels et on s'aperçoit qu'on n'a pas la même vision des choses. Le désir se dissipe comme l'amour. Ce qui nous unit, ce sont les enfants, ce qu'on a construit comme biens et pour ne pas les perdre, on reste tout en ayant une autre vie ailleurs".


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Ali comme Fouad évoquent des épouses qui se laissent aller, ne s'entretiennent plus, excessivement tournées vers leurs enfants. Chose qu'admet Sawssen, 31 ans, mariée depuis sept ans: "Au début, on fait l'amour tous les jours, puis ça devient une fois par semaine puis c'est une fois par mois, comme c'est mon cas aujourd'hui", dit-elle avec le sourire.

La jeune femme tout en reconnaissant que c'est souvent elle qui n'a pas envie, tient à en expliquer les raisons: "Je travaille dans le secteur privé, ce qui signifie que je suis trop prise par mon travail, je rentre fatiguée, et j'ai encore du boulot à faire à la maison avec un mari qui n'aide en rien, entre la préparation du dîner, le ménage, les enfants (qui insistent à dormir avec nous dans le même lit) etc. Comment veut-il que je sois coquine et portée vers le sexe après cela".

Sawssen prend tout d'un coup un air grave: "On en rit parfois mais pour mon cas, ça devient préoccupant au bout de deux ans, mon mari devient de plus en plus exaspéré face à mon désintérêt, même si les mots d'amour n'ont jamais manqué".

Yasmine, 27 ans, mariée depuis deux ans, en a gros sur le coeur sur le sujet, irritée par le fait qu'on reproche souvent aux femmes leurs négligence en la matière sans parler du rôle des hommes: "Que font-ils eux pour demeurer désirables, rien! ", s'exclame-t-elle.

Et de poursuivre: "Oui les femmes se laissent aller après le mariage mais les hommes aussi, ils grossissent, le ventre rebondi, le corps mou, se baladant avec des survêtements moches et un pantoufle de grand-mère, etc. Pourquoi ils ne s'efforcent pas à s'entretenir un peu, les femmes aussi en ont besoin même si elles ne l'avouent pas", explique-t-elle.

Face à la peur de Sawssen et l'exaspération de Yasmine, Rym tend à prendre les choses avec sérénité: "Après quelques années de mariage, une lassitude s'installe inéluctablement, on dépasse la phase de l'émerveillement, on voit plus les défauts de notre partenaire, on en devient plus irritable, donc avec plus de problèmes mais l'épanouissement sexuel est le reflet de l'harmonie entre les deux dans le caractère, dans la conception des choses, qui, quand elle est là, véhicule une certaine fluidité, qui fait qu'on dépasse nos conflits, qu'on fait chacun un effort, qu'on en parle, et qu'on finit toujours par des ébats intenses", explique-t-elle.

Pour elle, en couple depuis des années, la solution est d'être capable de parler à son partenaire de ses envies sans tabous, d'entretenir la séduction, de ne jamais penser que c'est "un acquis" même si cela demande un effort constant qui n'est pas toujours évident face à certains tracas de la vie quotidienne".

Même recette pour Bayrem, 28 ans, qui explique que pour maintenir l'étincelle du désir: "La sexualité doit être une constante découverte de soi, du corps de son partenaire, où il explore la nouveauté, de nouvelles positions sexuelles, des jeux, etc".

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L'éducation sexuelle, le noeud du problème

Une envie de concrétiser ses fantasmes qui n'est pas toujours comprise par l'un des partenaires, explique Ines Trablesi Jdidi, psychiatre, sexologue, spécialisée dans la thérapie du couple, au HuffPost Tunisie.

La spécialiste avance qu'environ 70% des conflits entre les couples émanent de la sexualité: "Le sujet demeure tabou pourtant, c'est souvent un des partenaires qui vient consulter sans vouloir alerter son conjoint. Il y a un manque de communication énorme qui fait que chacun se recroqueville sur lui et a peur d'en parler".

Et d'ajouter que c'est l'éducation sexuelle ou plutôt son absence qui est le noeud du problèmes: "On a des hommes qui aiment réaliser des fantasmes et en face des femmes réticentes, timides, à qui on a inculqué à maîtriser ses désirs dès le plus jeune âge et pour qui c'est difficile de s'en libérer facilement, ce qui cause un désintérêt pour le sexe, des idées fausses, une rigidité, parfois un vaginisme".

On a aussi des hommes qui ne savent pas comment procéder, ignorent les préliminaires, sont dans la précipitation et dans la brutalité. On voit souvent cela pour les hommes qui ont un problème d'éjaculation précoce qui ne veulent pas faire durer la phase d'excitation engendrée par les préliminaires et passent directement à l'acte, il y a aussi des hommes très influencés par la pornographie, qui veulent calquer dans la réalité, ce qui émane du virtuel donc de l'exagéré et du brutal parfois", a renchéri Ines Ines Trablesi Jdidi.


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