La parenthèse enchantée de Soria Zeroula, héroïne du film "Fatima"

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SORIA ZEROUAL
Algerian actress Soria Zeroual poses with her nomination certificate for Best Actress during the nominations event for the 2016 César film awards, on February 6, 2016 in Paris. The 41st Ceremony for the Cesar film award, considered as the highest film honour in France, will take place on February 26, 2016. / AFP / FRANCOIS GUILLOT (Photo credit should read FRANCOIS GUILLOT/AFP/Getty Images) | FRANCOIS GUILLOT via Getty Images
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Elle a repris ses ménages et vit toujours dans sa banlieue ouvrière de Givors, près de Lyon: un an après les Césars qui ont consacré le film Fatima, son héroïne Soria Zeroual pose un regard ému sur cette parenthèse enchantée dans sa vie de femme immigrée.

"C'est arrivé comme ça. C'est le destin, mais je suis toujours la même. Ma vie n'a pas trop changé, je suis toujours agent de service dans des bureaux", confie d'une voix douce cette femme de 47 ans, mère de trois fils de 9, 12 et 13 aCinémans.

Si elle a fait ce film, "ce n'est pas pour l'argent, c'est pour l'histoire", assure Soria, en évoquant ce portrait touchant d'une femme de ménage maghrébine, qui ne parle pas français et élève seule ses deux filles.

"Beaucoup de gens n'ont pas compris pourquoi je n'ai pas déménagé", poursuit-elle, expliquant sans amertume que son cachet ne lui avait pas permis d'acheter une maison. "Ici, c'est calme, j'ai mes amis", ajoute celle qui vit là depuis son arrivée en France en 2002.

Avec l'argent, elle a "fait des cadeaux". Elle n'a "rien mis de côté", mais elle "ne regrette pas".

Elle évoque le jour où son frère, en contact avec la production, est venu lui demander de trouver des femmes ou des jeunes filles pour le casting. Sans même penser à elle!

"J'ai appelé mes voisines, mes copines. On est allé à un casting, à Vénissieux. C'était fascinant, mais je me suis dit +c'est pas pour moi+", raconte Soria. Elle remplit une fiche de renseignements avant de se rendre à son travail, "faire le ménage dans une banque".

Deux autres séances d'essai suivront. Douze jours plus tard, on l'appelle pour lui dire qu'elle est choisie. "C'était irréel", souffle-t-elle, interviewée par l'AFP sur un banc en bord de Rhône.

"Cette histoire de Fatima m'a vraiment touchée, car c'est une histoire vraie et presque tous les Maghrébins vivent ça avec leurs enfants nés ici, qui ne parlent pas l'arabe", souligne-t-elle. Elle-même parle arabe à ses fils qui lui répondent en Français.

Le stress ne l'a pas quittée durant les sept semaines de tournage à l'été 2014 à Lyon et Marseille. "Il y a eu des moments difficiles", notamment lorsqu'elle a refusé d'enlever son foulard pour une scène d'intérieur.

- "J'ai confiance en moi"-

"J'ai dit +c'est le foulard ou pas de film+", raconte-t-elle. La production a donc dû faire venir d'urgence du Canada une perruque imitant sa chevelure pour faire illusion.

Quand elle a vu le film à la première à Cannes, elle a pleuré: "je me suis dit +ce n'est pas moi, il faut être courageuse pour faire tout ça+. J'étais fière et mes enfants aussi".

"Avant, j'avais peur, maintenant j'ai confiance en moi", résume-t-elle.

Pour Soria, "les choses sont arrivées très vite, Cannes, les Césars" et sa nomination dans la catégorie Meilleure actrice en 2016. Elle apprécie d'avoir été invitée aux festivals du film au Maroc et à Dubaï.

Le Festival, c'était "comme un rêve de se retrouver avec des acteurs", dit celle qui n'avait jamais été au cinéma avant.

"Les Césars, j'y suis allée juste pour voir comment ça se passe, pas pour prendre le César à quelqu'un qui a travaillé des années pour ça", assure Soria.

Aujourd'hui la statuette offerte par le réalisateur Philippe Faucon, couronné pour le film, trône dans la chambre de son petit dernier.

Et "c'est pas encore fini", glisse Soria. En juillet, elle a tourné une journée avec des jeunes défavorisés dans un court-métrage de la réalisatrice Charlène Favier: +Amir et Léa+, une histoire d'amour entre un jeune Magrébin et une Française.

A-t-elle envie de faire d'autres films ? "Je sais pas, je dois m'occuper de mes enfants avant". "J'ai fait tout ça pour eux, pour qu'ils fassent mieux que moi et qu'ils continuent leurs études", assure Soria. "Moi c'est juste le destin! Mais eux, il faut regarder plus loin".

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