"Je suis ordinaire", le court-métrage coup de poing sur le viol conjugal

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Une soirée banale pour un couple comme les autres. Une petite soirée à deux, au lit, devant un bon film. Jusqu'à ce que l'un des deux ait envie d'initier une relation sexuelle. L'autre refuse, mais rien n'y fait. Après tout, elle "avait envie" la veille.

"Si rien ne vous choque, c'est que vous êtes l'un des deux", écrit Chloé Fontaine pour commenter son court-métrage indépendant, Je suis ordinaire, mis en ligne le 26 janvier. Un court-métrage dont le sujet est, vous l'aurez compris, le viol conjugal.

On y découvre un jeune couple, un homme, une femme. "J'ai pas envie, je t'ai dit", affirme-t-elle. "Qu'est-ce qui se passe? Tu m'aimes plus, c'est ça?", demande-t-il. Une question rhétorique puisqu'il n'entend pas, ou plutôt n'écoute pas la réponse de sa copine.

"C'est un viol?"

"Faire ce film est devenu une nécessité pour moi après avoir eu une conversation avec une amie, au sujet d'un garçon avec qui elle avait passé la nuit quelques jours auparavant", raconte Chloé Fontaine auprès du HuffPost. "Elle m'a dit: 'Je n’en avais pas envie non, mais alors pas du tout. Mais je ne voyais pas d'autre moyen pour qu'il me laisse tranquille alors...'" Alors on devine la suite. La réalisatrice et actrice de ce film entend également une autre amie s'interroger: "non je voulais pas, mais je sais pas si c'est un viol du coup? Je pense pas quand même". "Et là je me suis dit qu'il y avait un problème. Réel. J'ai commencé à faire des recherches sur internet. Je suis tombée sur des témoignages poignants de jeunes (ou moins jeunes) filles qui se posaient les mêmes questions", poursuit-elle.

Elle espère, avec ce film de moins de deux minutes, apporter des éléments de réponse à tous celles et ceux qui se questionnent sur ce qu'est un "vrai viol". "Je ne prétends pas leur apporter la vérité. Juste qu'elles voient, d'un point de vue extérieur. Et qu'elles puissent en juger", précise-t-elle avant d'ajouter: "Ce film, je voulais le faire dans l'espoir d'aider quelques-unes de ces filles à y voir plus clair. Quelques-uns de ces garçons à réfléchir sur leurs actes passés, influer sur leurs actes futurs."

En compétition pour le Nikon Film Festival, dont les résultats sont dévoilés le 24 février, ce film a déjà été visionné plus de 62 000 fois sur la plateforme Vimeo.

"Ça n'arrive pas que dans les ruelles sombres, la nuit"

Pour son premier film, la réalisatrice française de 25 ans a choisi de s'attaquer à un sujet de plus en plus décortiqué dans les médias, celui des mythes qui perdurent autour des violences sexuelles, ou encore la culture du viol.

"Le viol est quelque chose de plus courant que l'on ne croit. Ça n'arrive pas que dans les ruelles sombres, la nuit, lorsque l'on marche toute seule parce qu'on a raté le dernier métro pour rentrer chez soi. Attention, je ne dis pas que ça n'arrive pas. Je dis que c'est un pourcentage minime sur la globalité des viols commis en France", explique-t-elle.

Et elle a raison: trois femmes sur quatre ayant subi une forme d'agression sexuelle au cours de leur vie, l'ont vécu au sein de l'espace privé (famille, proches, conjoints et ex-conjoints, petits amis), selon l'enquête "Virage" publiée par l'Ined en novembre 2016. 94% des agresseurs sont des proches, d'après une enquête de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie, avec le soutien de l'UNICEF France, datant de 2015. À l'âge adulte, selon celle-ci, un viol sur deux serait un viol conjugal.

"Il y a des viols qui sont 'admis', qui sont 'tolérés', qui sont dédramatisés, voire décrédibilisés", poursuit Chloé Fontaine. "Les gens ne peuvent pas croire qu'un mari puisse violer sa femme."

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