Tunisie: Près de 100 mille élèves abandonnent les bancs de l'école chaque année, selon le ministère de l'Education

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TUNISIA SCHOOL
TO GO WITH AFP STORY BY INES BEL AIBA - Tunisian children carry their schoolbags as they are heading to school in the impoverished village of Daouar Slatniya which lies at the bottom of the Mount Mghilla on December 15, 2015 between Kasserine (some 360 kilometres south of Tunis) and the central town of Sidi Bouzid. AFP PHOTO / FETHI BELAID / AFP / FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images) | FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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“Chaque année, près de 100 mille élèves quittent les bancs de l’école,” a déclaré Tijani Gmati, directeur général des programmes au ministère de l’Education sur les ondes d’Express Fm.

“C’est terrifiant,” a-t-il commenté en précisant que durant l’année scolaire 2014 -2015, le nombre des élèves ayant décroché du système éducatif a atteint 110 mille pour passer l’année suivante à 96 mille.

Gmati a noté que d’après une étude faite par l’ONU, 63% des élèves décrocheurs n’avaient exprimé aucun remords. “C’est exceptionnellement grave,” a-t-il renchéri. Il a fait savoir, par ailleurs, que l’étude a révélé que 35% des décrocheurs estiment que l’ambiance et le traitement au sein de l’institution éducative est parmi les principales raisons de leur abandon scolaire.

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“Les méthodes de traitement ne sont pas adaptées aux attentes des élèves. Elles doivent impérativement être revues,” a-t-il indiqué.
Beaucoup d’autres facteurs poussent les élèves à abandonner l’école, a noté Gmati en citant à titre d’exemple les problèmes d’ordre économique, social et sécuritaire. Il a dévoilé, à ce sujet, que le problème d’intégration et d’adaptation principalement pour les élèves de la 7 ème de base.

Gmati a indiqué que le décrochage scolaire touche particulièrement les élèves qui passent du primaire au collège. “Certains se trouvent choqués,” a-t-il dit en appelant à réformer le système pour accorder “une adaptation plus souple”, à ces élèves.

Le nouveau plan d’action, notamment à travers le projet l’école de la deuxième chance qui a été mis en place depuis deux ans, a permis le retour de 10 mille élèves sur les bancs des écoles, a fait savoir Gmati. Il a ajouté qu’une commission nationale réunissant plusieurs ministères a été créée, en vue de préparer un programme pour l’appui des réformes éducatives en Afrique du Nord, et ce après que la Tunisie a été choisie parmi dix pays pionniers en la matière par l’Union africaine.



Des chiffres alarmants

Une étude menée en 2015 par le Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux, l'Observatoire National de la jeunesse et le Forum des Sciences Sociales a démontré les raisons de l'abandon scolaire et ses taux.

Basés sur l'opinion des parents et des familles d'élèves, les résultats ont montré que 44% des élèves quittent l'école après avoir redoublé tandis que 29,9% à cause de problèmes familiaux.

Kasserine est le gouvernorat le plus touché par l'abandon scolaire

L'abandon scolaire diffère d'une région à l'autre car il est lié à plusieurs facteurs tels que: le manque de soutien de la part du cadre éducatif, le modèle de société, le bagage culturel et linguistique familial. Mais les facteurs les plus influents demeurent le travail des mineurs et le mariage précoce, indique l'étude.

Le gouvernorat de Kasserine est en tête du classement en matière d'abandon scolaire, selon la même étude. Au niveau de l'école primaire, on comptabilise un taux d'abandon de 36,4%. Quant au niveau secondaire, c'est Kebili et Sidi Bouzid qui sont en haut du classement, avec respectivement 66,7% et 55,2%.

Une amende allant jusqu’à 2000 dinars pour les parents qui refusent d’envoyer leurs enfants à l’école

Pour limiter ce phénomène, un projet de loi relatif aux principes de base de l’éducation et de l’enseignement sera prochainement soumis au conseil de ministres.

” Tout parent qui interdit à son enfant d’aller à l’école à l’âge de cinq ans ou qui le retire de l’établissement scolaire avant l’âge de 16 ans est passible d’une amende de 200 à 1000 dinars “, prévoit le projet de loi.

Ce projet de loi, réalisé en concertation avec toutes les parties intervenantes dans le domaine, souligne que l’enseignement de base est obligatoire et gratuit.


De nouvelles mesures en vue

Ce projet de loi qui comporte 83 articles répartis sur 11 chapitres, interdit, aussi, d’exclure définitivement un élève âgé de moins de 16 ans de tous les établissements éducatifs sauf après présentation d’un rapport détaillé et justifié émanant du ministre de l’Education.

En outre, l’Etat permet aux élèves qui ont échoué dans leur scolarité de bénéficier d’une formation pour qu’ils puissent avoir un rôle agissant dans la société et afin de les protéger contre la délinquance, l’extrémisme et le crime.

L’enseignement de base devra s’étendre sur une période de 10 ans répartie sur trois cycles complémentaires, à savoir, l’année préparatoire obligatoire dès l’âge de 5 ans, le cycle primaire qui est couronné par un examen national et le cycle préparatoire (collège) sanctionné par un examen national diplômant (diplôme de fin de l’enseignement de base). Le cycle secondaire est, quant à lui, sanctionné par l’obtention du diplôme du baccalauréat après le passage d’un examen national.

Sensibilisation

"Mes études, je ne les laisserai jamais tomber", c'est le slogan de la vidéo de la campagne du ministère de l'Éducation nationale en partenariat avec l'UNICEF qui vise à prévenir et lutter contre le décrochage scolaire. Une vidéo a été conçue dans ce cadre afin de convaincre les élèves de ne pas quitter les bancs de l'école et ce, sous la bannière: "l'école est votre amie, porteuse d'espoirs...ne l'abandonnez pas".

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