Droits de l'Homme: Amnesty International dresse un bilan en demi-teinte du Maroc

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MOHSINE FIKRI
Amnesty International dresse un bilan en demi-teinte pour le Maroc | Reuters
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DROITS DE L'HOMME - Au Maroc, la situation des doits de l'Homme est toujours inquiétante, malgré quelques avancées réalisées. C'est en somme la conclusion du dernier rapport d'Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde.

Dans son rapport, l'organisation internationale commence par rappeler qu'en mars dernier, les Nations unies avaient été "contraintes par les autorités marocaines de fermer un bureau de liaison militaire de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara (MINURSO) et de retirer des membres de leur personnel civil".

La fermeture du bureau avait en effet été décidée suite à une déclaration de Ban Ki-moon, l'ancien secrétaire général des Nations unies, faisant référence à une "occupation" du Sahara par le Maroc. Depuis, le Maroc a accepté le retour du personnel civil et politique de la mission de l'ONU au Sahara.

Amnesty rappelle également dans son rapport qu'en 2016, des "revendications socioéconomiques ont eu lieu en octobre dans différentes régions" du royaume, notamment celles liées à la mort de Mohcine Fikri, le marchand de poisson broyé "en tentant de récupérer sa marchandise confisquée par des agents de l’État à Al Hoceima".

"Les protestations ont baissé d’intensité au bout de quatre jours, quand les autorités ont inculpé 11 personnes liées à la mort de Mouhcine Fikri", souligne le rapport.

Poursuite des réformes judicaires

Dans le volet "système judicaire", l'ONG reconnait que les autorités marocaines ont poursuivi le processus de réforme.

"En février, le Parlement a adopté des lois relatives au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et au statut des magistrats, qui n’ont toutefois pas instauré l’indépendance du pouvoir judiciaire", lit-on dans le rapport, alors qu'"en juin, le Conseil de gouvernement a approuvé un avant-projet de loi visant à modifier et à compléter le Code pénal".

"Ce texte contenait des dispositions progressistes mais ne remédiait pas aux lacunes importantes du code actuel concernant, entre autres, la peine de mort et les restrictions injustifiées de la liberté d’expression et de religion. Ce projet de loi n’avait pas encore été adopté à la fin de l’année. Un avant-projet de loi portant modification du Code de procédure pénale était toujours en cours d’examen", précise le rapport.

Des journalistes poursuivis

Amnesty déplore par ailleurs la poursuite par les autorités marocaines de certains "journalistes et détracteurs du gouvernement qui n'avaient fait qu’exercer pacifiquement leur droit à la liberté d’expression".

Les cas d'Ali Anouzla, inculpé pour apologie du terrorisme et de sept autres journalistes et militants poursuivis pour "atteinte à la sûreté intérieure de l’État" et "manquement au devoir de signaler des financements étrangers" sont cités, entre autres, dans le document.

L'ONG se félicite toutefois de l'adoption en août dernier d'un nouveau Code de la presse, avec la suppression des peines d’emprisonnement pour "exercice de la liberté de presse", un mois après la modification du Code pénal qui "érigeait en infraction certaines formes d’expression pacifique".

Le rapport d'Amnesty International sur le Maroc s'est également intéressé au "blocage" par les autorités de "l’enregistrement officiel de plusieurs organisations de défense des droits humains, notamment des branches locales de l’Association marocaine des droits humains, de Freedom Now et de la Coordination maghrébine des organisations des droits humains".

À travers son rapport, l'ONG lance par ailleurs un appel poignant aux peuples du monde entier: "Ne laissons pas les discours de peur, de division et de haine miner nos espoirs de construire une société ouverte et équitable. Si chacun d’entre nous prend position et agit pour protéger les droits humains, nous pouvons inverser la tendance".

Pour Amnesty, l’année 2016 a été marquée par les discours clivants et le comportement de plusieurs dirigeants qui ont pointé du doigt certains groupes de personnes, les assimilant à une menace pour les intérêts nationaux. "Donald Trump, Viktor Orban, Recep Tayyip Erdogan, Rodrigo Duterte… de plus en plus de responsables politiques se déclarant anti-système défendent des programmes nocifs qui s’acharnent sur des groupes entiers de population, les désignent comme boucs émissaires et les déshumanisent", prévient Salil Shetty, le secrétaire général de l’organisation.

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