Ilyas El Omari: "Le gouvernement n'a pas tenu compte des recommandations de l'IRCAM" sur la loi sur l'amazighe. Vraiment?

Publication: Mis à jour:
ILYASS EL OMARI
MAP
Imprimer

LOI ORGANIQUE - Ce mardi 21 février, le groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM) à la Chambre des représentants a organisé une journée d'étude sur le projet de loi organique relative à la mise en oeuvre du caractère officiel de l'Amazighe.

Cette journée d'étude, qui s'inscrit dans le sillage d'une communication accrue du PAM concernant la loi organique en question, a été précédée de la participation du secrétaire général du PAM, Ilyas El Omari, à une conférence organisée à l'Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC) sur le sujet, aux côtés du militant et intellectuel Ahmed Assid et de la présidente de l'association Voix de la femme amazighe Amina Zioual, vendredi dernier.

Le secrétaire général du PAM affirme que le gouvernement n'a pas tenu compte de l'avis de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) lors de la phase d'élaboration du projet de loi. Qu'en est-il réellement?

Au lendemain de la publication du projet de loi organique, le HuffPost Maroc a recueilli l'avis d'Ahmed Boukous, directeur de l'IRCAM. L'Institut avait fait part au chef du gouvernement de sa vision et de ses recommandations, et celles-ci ont été largement prises en considération selon Boukous. Dans son article premier, le projet de loi organique définit l'amazighe comme la totalité des "dialectes parlés dans les différentes régions du royaume", ainsi que "la production linguistique et lexicale amazighe émise par les institutions compétentes", en tête desquels l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM). "Sur ce point, le projet de loi va au delà de ce que nous avons demandé et inclut aussi les parlers locaux. Il insiste également sur l'égalité entre les différentes formes d'expression amazighes, ce qui est excellente chose", nous déclarait Ahmed Boukous, qui considère que "pour la généralisation progressive de l'amazighe, les délais ont été bien pensés: le court-terme correspond à cinq ans, le moyen-terme 10 ans, et le long-terme s'étend à 15 ans".

En revanche, "la non-obligation d'enseigner l'amazighe dans le secondaire est problématique", relevait le directeur de l'IRCAM, poursuivant qu'"on aurait aussi souhaité que le projet de loi parle de la nécessité de créer de départements de langue amazighe dans l'enseignement supérieur (dans sa mouture actuelle, l'article 6 projet de loi dit qu'il "est possible" de créer des cursus et des départements d'amazighe dans les établissements d'enseignement supérieur ndlr). Cela peut s'avérer très préjudiciable".

Amazighe dans le travail parlementaire?

Pour Ahmed Boukous, "si l'amazighe n'est pas forcément considéré comme une langue de travail dans le travail législatif, ce que le projet de loi propose est déjà bien. En effet, l'amazighe pourra être utilisée lors des réunions des commissions parlementaires ainsi que durant les séances plénières. II s'agira, donc, d'un usage oral et non écrit de l'amazighe", ce qui signifie qu'en dehors du Bulletin du parlement, les projets et les propositions de lois ainsi que les rapports des commissions parlementaires ne seront probablement pas traduits en amazighe.

"Dans les médias et la création culturelle, il s'agit surtout d'une consécration de l'existant", notait le directeur de l'IRCAM, rappelant les acquis en la matière, notamment la création de la chaîne amazighe, ou encore le soutien apporté aux créateurs et aux chercheurs, sans oublier le soutien apporté à la chanson et au film amazighes, dans le cadre des prix organisés par le ministère de la Communication.

Reconnaissance des dialectes locaux

Ahmed Boukous relevait, par ailleurs, que la reconnaissance de la diversité des dialectes locaux "vient corriger les raideurs du rapport de la Commission consultative de la régionalisation (CCR)", qui a constitué une base pour la mise en place de la régionalisation avancée, et qui plaçait en second rang les spécificités linguistiques et culturelles des régions.

Concernant le suivi de la mise en oeuvre de la loi organique, Ahmed Boukous se réjouissait de la création, en vertu du projet de loi, d'une commission interministérielle permanente chargée du suivi et de l'évaluation de la mise en oeuvre du caractère officiel de l'amazighe. Toutefois, "vu l'importance de cette loi, elle nécessite véritablement un plan stratégique", estimait Boukous. "Nous insistons aussi sur la nécessité de promulguer les décrets d'application dans les délais. La loi organique peut très bien passer, mais si elle n'est pas consolidée par des textes d'application qui en assurent véritablement l'effectivité, nous aurons beaucoup de problèmes, et nous devrons attendre, peut-être longtemps, avant de voir des textes d'application promulgués", concluait le directeur de l'IRCAM.

LIRE AUSSI: