Les Marocains sont toujours aussi peu syndiqués

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SYNDICATS - Les chiffres sont révélateurs de l'ampleur de la désertion des syndicats. D'après le Haut-commissariat au plan (HCP), qui a publié récemment les résultats d'une enquête portant sur l'emploi, 96,6% des actifs occupés, soit 10.282.000 personnes, ne sont pas affiliés à une organisation syndicale ou professionnelle. Seuls 6% des actifs occupés en milieu urbain adhèrent à une organisation syndicale ou professionnelle, et uniquement 1% en milieu rural.

Parmi les salariés, la proportion d'actifs non-syndiqués atteint 94% au niveau national, soit 4.672.000 personnes, dont 92,4% en milieu urbain et 98,3% en milieu rural.

Faible confiance

Dans une étude intitulée "l’ordre sociopolitique et la confiance dans les institutions au Maroc", l'Institut royal des études stratégiques (IRES) avait, il y a quelques années, mis le doigt sur le peu de confiance accordé par les citoyens aux syndicats.

Les facteurs explicatifs sont nombreux. La situation difficile traversée par le syndicalisme marocain a à voir avec "la crise des appareils syndicaux qui se manifeste par l’absence de démocratie interne", écrivait Abdeljalil Aboulmajd, doctorant en droit syndical, dans les colonnes de l'Economiste. Car "malgré la diversité des organes au sein des syndicats, ceci n’implique pas nécessairement une distribution équilibrée du pouvoir de décision et des compétences entre les différentes instances, bien au contraire, le centralisme est le principe qui se manifeste".

D'autre part, l'éclatement du champ syndical "s’est répercuté sur l’action syndicale qui a perdu son efficacité, et d’autre part sur le taux de syndicalisation qui est en chute continue. Ainsi sa division, son fonctionnement et son organisation souvent bureaucratique lui portent préjudice. La crise a eu pour conséquences, entre autres, la perte de l’utilité du syndicat pour aussi bien les salariés que les fonctionnaires", poursuivait Abdeljalil Aboulmajd.

Du politique au syndical, et vice-versa

La promiscuité du politique et du syndical fait également partie des problématiques qui affectent le travail syndical au Maroc. Pour les partis politiques, les syndicats constituent un excellent réservoir électoral. Canal d’influence politique, les syndicats leur permettent de toucher un électorat qui ne partage pas forcément leur idéologie, mais dans la mesure où le programme politique de certains partis promet ce que leur syndicat revendique, cela constitue un point de rencontre.

Pour d’autres partis, le "syndicat attaché" est un outil de légitimation, que l’on sort pour appuyer une décision, ou pour lui conférer une dimension sociétale alors qu’elle est, avant tout, politique ou idéologique. Or, la politisation du syndical apporte un dommage collatéral non négligeable: les syndicats doivent non seulement résoudre les luttes de pouvoir qui leur sont propres, mais aussi subir celles qui traversent le parti auquel ils sont affiliés, quand les deux ne sont pas liées: en témoigne la crise traversée par la Fédération démocratique du travail (FDT), qui a connu une scission consécutive à la crise de leadership de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), lors du conflit opposant le courant dirigé par feu Ahmed Zaidi à Driss Lachgar.

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