Zainab Fasiki, la féministe de la bande dessinée marocaine

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ZAINAB FASIKI
Zainab El Fasiki, jeune bédéiste, dénonce les inégalités homme-femme dans ses dessins. | Zainab Fasiki
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PORTRAIT - Marocaine et bédéiste. Elles sont encore trop rares à répondre à cette définition sommaire. Derrière sa courte frange brune et son épais trait d’eye-liner, Zainab Fasiki cumule ces deux caractéristiques, et y ajoute la casquette de future ingénieure en mécanique.
 
À tout juste 22 ans, cette étudiante de l’ENSEM (École nationale supérieure d'électricité et de mécanique) à Casablanca, compte près de 2000 abonnés sur son compte Instagram, et près de 4000 sur sa page Facebook, où elle publie régulièrement de nouvelles créations. Elle devrait bientôt comptabiliser plus de followers avec la sortie de Omor (Des choses), une bande dessinée qui explore les difficultés de la vie d’une femme au Maroc.

Girl Power

Munie d’un redoutable sens de l’observation et de sa tablette graphique (après des années d’entrainements et de papiers froissés, son crayon à mine s’est progressivement transformé en stylet électronique), Zainab dénonce au fil des cases les inégalités homme-femme.

Pour prôner la liberté et l’émancipation de la femme, elle aborde le harcèlement qu’elle subit en allant au marché, la négation de sa liberté sexuelle, ou encore les initiatives féminines dans le milieu artistique, qu'elle souhaiterait beaucoup plus nombreuses. 

L'illustratrice et scénariste donne corps à ces thématiques à travers les personnages de trois jeunes femmes marocaines. "La première a arrêté ses études pour pouvoir se consacrer à son mari et fonder une famille. La deuxième est étudiante, contrainte par ses parents de porter le voile et de consentir à un mariage arrangé. La troisième est célibataire et compte bien le rester. Elle est aussi plus indépendante que ses deux autres copines", raconte Zainab Fasiki au HuffPost Maroc.

zainab fasiki omor
 
Omor est le premier tome de cette nouvelle bande-dessinée qui souhaite briser, non sans un zeste d’humour, les stéréotypes qui collent à la peau des Marocaines, en s’inspirant d'histoires qu’elle entend dans la rue, de celles que lui rapportent ses amies ou voisines, mais aussi en se basant sur l'avis d'un sociologue et d’experts pour tisser avec réalisme son scénario.
 
À travers Omor, qui sera publié sous licence libre et vendu à un prix symbolique, l'auteure cherche en premier lieu à motiver les artistes marocaines. "Mon but est de les encourager à poursuivre leur passion, pour renforcer leur présence dans le monde de l’art, et ainsi les amener à déclencher un changement social à travers leurs différentes expressions artistiques", explicite Zainab au HuffPost Maroc.

Une belle carrière qui se dessine

Forte d'une patente professionnelle de bédéiste et d'illustratrice fraîchement obtenue, Zainab Fasiki se dit heureuse d'avoir enfin trouvé sa voie. Il faut dire qu'une fois le baccalauréat en poche, la jeune auteure a été tiraillée entre une carrière d'ingénieure et celle de bédéiste. "L’une n’empêche pas l’autre finalement", explique Zainab au HuffPost Maroc. "Je suis autodidacte, et j'ai toujours pu dessiner après les cours, même si c’est difficile de jongler avec les deux".
 
Zainab Fasiki est également contributrice à Skefkef, une bande-dessinée qui depuis plus de deux ans regroupe les œuvres de plusieurs artistes marocains. La publication du magazine constitue l'une des rares occasions d'être lue par le public. Le manque d’opportunités pour les bédéistes reste flagrant au Maroc, où le marché de la BD est encore quasi inexistant. 

Pas de quoi décourager pour autant Zainab, qui imprimera la bande dessinée Omor avec ses propres moyens, et continue de chercher associations ou maisons d'édition qui pourraient l'aider à financer ses projets. Les défenseurs de l'égalité homme-femme et amateurs de BD pourront découvrir le premier tome de Omor d'ici deux mois.
 

Bio express

- Juillet 1994 : Naissance à Fès.

- Septembre/Octobre 2016: Invitée au festival égyptien de BD "Comix", et au débat organisé par le Goethe Institute du Caire pour parler de la censure subie par les artistes dans les pays arabes.

- Novembre 2016 : Collabore avec l’association Racines pour publier trois bandes dessinées pour petits et grands lecteurs, pour expliquer la politique au Maroc.

- Février 2017 : Auprès d'autres bédéistes, Zainab présentera ses planches publiées dans le septième numéro de Skefkef, le 19 février à l’Uzine, à Casablanca.

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Zineb Fasiki, la bédéiste qui défend les droits des femmes marocaines
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