Winnie Byanyima : "Les artistes sont les meilleurs instruments pour changer les normes sociales"

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WINNIE BYANYIMA
Stephane Mahe / Reuters
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VIOLENCES - La campagne "BARAKA! Ensemble contre les violences", lancée en décembre dernier par Oxfam Maroc, veut remettre en question les stéréotypes basés sur le genre et contribuer, notamment à travers l’expression artistique, à déconstruire les normes sociales nocives qui perpétuent les violences. Une première dans la région MENA.

"Nous en sommes très fiers", déclare Winnie Byanyima, directrice exécutive de l'organisation Oxfam international. À l'occasion de son passage à Rabat, HuffPost Maroc l'a rencontrée afin d'aborder les objectifs de cette campagne, le rôle des artistes dans la lutte contre les violences faites aux femmes et comment chaque individu peut contribuer à cette lutte.

Comment la "déconstruction des normes sociales" peut-elle aider à la lutte contre les violences faites aux femmes?

Il faut comprendre pourquoi cette violence persiste et pourquoi elle est si répandue à travers le monde. Cela touche toutes les ethnicités, toutes les classes sociales, toutes les cultures. À travers le monde, 1 milliard de femmes sont victimes de violences, et nous essayons à Oxfam de comprendre quelle est le berceau de cette violence.
Il y a une acceptation de l'idée qu'un homme est supérieur à la femme, que l'homme doit se montrer dominant et que la femme doit obéir et être dominée. Une acceptation qui est inculquée par la famille, l'éducation, les médias...
Nous avons besoin de lois pour protéger les femmes, et souvent, il n'y en a pas assez. Nous devons donc également nous attaquer au système de pensée.
Cette campagne a pour but de changer les esprits, et de tacler la construction de la masculinité pour pouvoir ensuite en introduire une plus apaisée et pacifique. Tout repose sur un traitement égal des femmes.

En quoi l'art et les artistes peuvent aider à ce changement des mentalités?

Cette campagne a pour but de changer les normes sociales, et les meilleurs instruments pour cela sont les artistes. Musiciens, poètes... ont une immense influence sur leur entourage, notamment les jeunes. Le but de cette campagne est donc de travailler avec les artistes de manière créative, pour qu'eux, de leur coté, puissent influencer les plus jeunes.

Vous avez évoqué l'importance des lois, mais parfois les normes et mentalités sont plus fortes que le législatif ...

Les lois sont très importantes, mais malheureusement pas suffisantes. Il faut vraiment s'attaquer aux racines du problème.
Voyez Donald Trump, qui a dit des choses odieuses sur les femmes. Quand il a été confronté à ces propos durant la campagne, il a déclaré que ce n'était que des "conversations de vestiaires". Aucune loi ne peut l'empêcher de dire ce qu'il a dit, mais les conséquences sont énormes et tendent à une normalisation de ce genre de discours.
Il ne faut pas non plus négliger le travail des organisations de lutte pour les droits de l'Homme, qui sont sur le terrain et récoltent les statistiques, les datas, les histoires... Leur rôle est extrêmement important.
Mais c'est en touchant les esprits des jeunes que cette violence peut prendre fin, les artistes auront une influence sur les jeunes qui, eux, auront un impact sur leurs familles, leurs voisins, leurs amis, leur écoles. C'est comme cela que ça marche.

Le campagne BARAKA! qui s’étalera sur 4 ans, a été réalisée avec l'appui financier de l'Agence Espagnole de Coopération Internationale et de Développement (AECID), en partenariat avec Mouvement pour la Paix (MPDL), Espace Associatif, l'Association ECODEL pour le développement et la Ligue Démocratique des Droits des Femmes (LDDF).
Plusieurs collaborateurs marocains et espagnols se sont également joints au projet dont le ministère de la Culture marocain, l'Agence Catalane de Coopération au Développement (ACCD), le Réseau des Associations de Développement (RADEV), l'Association Madinati, l'Association Mhashas, l'Association des Femmes Promotrices du Secteur Agricole, l'Association Mains solidaires et le Forum de femmes.

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