La reconnaissance, en France, des crimes commis lors de colonisation est un "problème de génération"

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BENJAMIN STORA
Algerian born historian and writer Benjamin Stora poses on May 6, 2010 at his home in Asnieres-sur-Seine, a Paris suburb. Stora is one of 12 intellectuals who published a text on yesterday replying to accusations of colonial history 'falsifications' in the Franco-Algerian film 'Hors-la-loi', by Rachid Bouchareb to be presented at the Cannes Film Festival this month. AFP PHOTO BERTRAND LANGLOIS (Photo credit should read BERTRAND LANGLOIS/AFP/Getty Images) | BERTRAND LANGLOIS via Getty Images
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La reconnaissance ou pas des actes commis par la colonisation française est un "problème de génération", a affirmé jeudi l’historien français Benjamin Stora, soulignant qu’il y a un décalage entre la jeunesse française et une partie de la classe politique.

"Les excuses, c’est une chose que les Américains ont faite sur le Vietnam, ce qui leur a permis de rouvrir une ambassade et de devenir le premier partenaire commercial du Vietnam. C’est un pragmatisme qui ne s'applique pas à la France", a expliqué l’historien dans une interview à Libération en réaction à la polémique provoquée par la qualification d’Emmanuel Macron de la colonisation française de "crime contre l’humanité".

Pour le spécialiste de l’histoire d’Algérie et du mouvement national algérien, "au fond, c’est un problème de génération", expliquant que pour un jeune d’aujourd’hui, de 25, 35 ans, "il y a une évidence dans la reconnaissance des actes qui ont été commis, c’est comme le rapport à l’esclavage, à la Shoah, ce sont des séquences historiques admises".

Il a indiqué que pour la guerre de libération de l’Algérie et la colonisation, "on n’en est pas là". Il fait remarquer qu’il existe un décalage entre la jeunesse et une partie de la classe politique. "Il existe un décalage entre la jeunesse et une partie de la classe politique, c’est pour cela que Macron, à 38 ans, l’a dit sur le ton de l’évidence. Et cela soulève de l’embarras à gauche, de la protestation à droite et de la virulence à l’extrême droite", a-t-il dit.

Benjamin Stora a précisé que "la qualification de crime de guerre, de crime contre l’humanité, est une vielle question qui a affleuré sans arrêt dans les débats", citant les avocats français du Front de libération nationale (FLN), l’historien Pierre Vidal-Naquet, le rapport de Michel Rocard, entre autres.

Il a souligné que dans les travaux des historiens consacrés à la colonisation de l’Algérie, où des crimes ont été commis, "il est raconté des massacres, des atrocités, que n’importe quel historien sérieux connaît".

A propos des réactions de la droite, l’historien a estimé que "ce sont des réactions convenues". "Quand on parle de l’histoire française, on parle des Lumières, de l’aspect glorieux, de la République égalitaire, etc. Mais très peu des zones d’ombre alors que l’histoire française en a", a-t-il expliqué, rappelant la loi de 2005 obligeant les professeurs à évoquer l’aspect "positif" de la colonisation.

"Pour la droite et l’extrême droite, l’histoire de France doit être prise comme un bloc. Mais à vouloir prendre l’histoire comme un bloc, on finirait par dire qu’il ne s’est rien passé sous Vichy, ou sous la Révolution française, comme le massacre des Vendéens ! C’est une lecture à géométrie variable. Il y a aussi, à l’extrême droite, le maintien de la mémoire impériale et le refus de l’Algérie indépendante", a-t-il ajouté, précisant qu’on "ne s’intéresse qu’à une fraction, qui a souffert de la fin de cette histoire, les harkis et les rapatriés".

"Il faudrait demander leur point de vue aux anciens colonisés, qui ont vécu dans des sociétés coloniales pendant longtemps", a-t-il soutenu, reprenant à son compte la déclaration de Macron : "c’est vrai que la France a apporté les droits de l’homme et a oublié de les lire".

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