Dans une interview à TF1 et Europe 1, Bachar Al-Assad accuse la France de soutenir les terroristes en Syrie

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BACHAR AL ASSAD
Alain Nogues/Corbis via Getty Images
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"La politique de la France depuis le premier jour a consisté à soutenir les terroristes en Syrie, et est directement responsable des tueries dans notre pays", affirme le président syrien Bachar al-Assad, dans une interview accordée à Europe1 et TF1 ce jeudi 16 février.

Le président, qui a regretté la "diabolisation" de la Syrie par "les principaux médias et les milieux politiques occidentaux", a plusieurs fois présenté la France, ainsi que les pays occidentaux comme responsables de la situation en Syrie.

"Ce sont eux qui le disent, je ne les accuse pas", a affirmé Bachar al-Assad en prenant comme argument des déclarations du président Hollande. "Ils ont dit à plusieurs reprises avoir soutenu la guerre. Hollande a même récemment déclaré que ça avait été une erreur de ne pas avoir déclenché la guerre en 2013. Ce sont eux qui ont envoyé de l'armement à ce qu'ils appellent des groupes modérés et qui sont en fait des terroristes."


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Cette déclaration "choc" n'est pas pourtant une première. En novembre 2015, Bachar al-Assad avait ainsi accusé la France d'avoir "contribué à l'expansion du terrorisme".

Plus largement, le quinquennat Hollande a été marqué par quelques tensions diplomatiques entre la France et la Syrie. Après avoir fait du départ de Bachar al-Assad un préalable aux discussions sur la situation syrienne, François Hollande est revenu sur sa position, sans pour autant que les relations ne s'améliorent entre les deux dirigeants.

Mais visiblement, le président syrien n'y accorde pas d'importance. "Je ne me soucie aucunement de lui et de ses 11% de popularité" a ainsi déclaré Bachar al-Assad, s'amusant de la côte de popularité de François Hollande qu'il estime avoir "touché le fond". Mais ce n'est pas tant la politique intérieure française qui intéresse Bachar al-Assad que l'engagement des occidentaux à l'international.

"En fait, il s'agit avant tout d'une affaire entre moi et les terroristes, et entre moi et quiconque soutient les terroristes", précise-t-il avant d'indiquer suivre la campagne présidentielle française "dans les grandes lignes". "En fait nous ne misons pas sur les élections dans les pays occidentaux, pour la simple raison que nous ne prenons pas les dirigeants occidentaux au mot quand ils font campagne. Ce qu'ils disent c'est pour gagner les électeurs, et non dans l'intérêt de leur pays."

Sarkozy, Kadhafi et la souveraineté nationale

"Est-ce que nous pouvons aller enquêter sur l'argent que Sarkozy a reçu de Kadhafi?" Pour justifier son refus d'observateurs internationaux sur le sol syrien, Bachar al-Assad n'a pas choisi son exemple au hasard. Dans cette interview, le président syrien ne s'est pas privé d'une petite allusion à l'affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

En ligne de mire, un rapport d'Amnesty International paru le 6 février 2017 sur la prison gouvernementale de Saydnaya et dénonçant la mise à mort, dans des conditions inhumaines, de quelque 13.000 personnes entre 2011 et 2015, essentiellement des civils, considérés comme des opposants au "régime".

Des révélations que le président a farouchement démenti, estimant que le rapport de l'ONG était sans fondement. "Amnesty International, c'est une organisation mondialement connue, il est honteux qu'elle se mette à bâtir un rapport sur la base de simples allégations", dénonce Bachar Al-Assad.

"Si vous venez devant un tribunal dans votre pays, et vous en avez des tribunaux, vous avez un système judiciaire, est-ce que ce tribunal prendrait une quelconque décision sur la base d'allégations, ou est-ce qu'il exigerait des preuves? Ce rapport est bâti sur des allégations! Pas un seul document ; pas une seule preuve."

De son côté, l'ONG précise que son rapport se base sur des entretiens avec 84 témoins, au nombre desquels des gardiens, des détenus et des juges.


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Les observateurs internationaux, une question de "souveraineté"

Le rapport de l'organisation dénonce également les conditions de détention au sein de la prison: privations alimentaires, viols, "règles spéciales" jugées dégradantes. Mais là encore, le président réfute toute utilisation de la torture, illégale en Syrie. "La question est: pourquoi torturer? (...) Pour obtenir des informations ? Nous avons toutes les informations qu'il nous faut. Donc nous ne recourons pas à la torture. Ça ne fait pas partie de notre politique", affirme Bachar al-Assad, qui prend comme témoin le "soutien populaire".

"Si nous commettons de telles atrocités, cela fera le jeu des terroristes, et ils seront les gagnants. Or, il s'agit de gagner les cœurs dans la population syrienne. Si nous avions commis de telles atrocités, à n'importe quelle étape de ce conflit, nous n'aurions pas le soutien populaire que nous avons au bout de six ans", insiste-t-il.

Pourquoi, dans ce cas, ne pas autoriser la venue des observateurs internationaux? A en croire Bachar al-Assad, ce serait avant tout une question de "souveraineté". Et pour appuyer ses dires, il n'a pas hésité à utiliser l'affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

"Est-ce que vous accepteriez, si vous le demandez à votre gouvernement, qu'une délégation syrienne soit envoyée chez vous pour enquêter sur les raisons pour lesquelles votre armée sous Sarkozy puis sous Hollande a attaqué les Libyens, et tué des dizaines ou des centaines de milliers d'entre eux? Est-ce que nous pouvons aller enquêter sur l'argent que Sarkozy a reçu de Kadhafi? C'est une question de souveraineté. Non, nous ne permettrons pas à Amnesty de venir ici. Sous aucun prétexte, ou pour quelque raison que ce soit."

Cet article est un mix de deux articles parus sur le Huffington Post France: "Bachar al-Assad juge la France "directement responsable des tueries" en Syrie" et Bachar al-Assad ironise: "Est-ce que nous pouvons aller enquêter sur l'argent que Sarkozy a reçu de Kadhafi?"

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