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Les participants au premier Comic Con d'Arabie saoudite devront respecter "la morale publique"

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CULTURE - De San Diego à Paris, en passant par Chicago, New York, Shanghaï et maintenant, Jeddah en Arabie Saoudite. Pour la première fois, l'un des pays les plus conservateurs du Moyen-Orient ouvre ses portes au Comic Con, festival couru de la culture pop. Avec derrière un véritable objectif économique, politique mais également, quelques adaptations culturelles et religieuses.

À partir de ce jeudi 16 février, et pour une durée de trois jours, le Take Off Center de Jeddah (sur le littoral de la Mer Rouge), accueille la première édition du Comic Con d'Arabie Saoudite, organisée par la société saoudienne Time Entertainment. Le projet est supervisé par l'Autorité Générale du Divertissement (GEA), en charge de l'ensemble des événements liés au divertissement dans le royaume.

À première vue, la version saoudienne du Comic Con n'a rien à envier à ses équivalents américains ou français. Stands, concours de jeux vidéos, mais aussi invités du monde du cinéma comme Charles Dance et Julian Glover (alias Tywin Lannister et Maestre Aemon dans la série "Game of Thrones"), Giancarlo Esposito (Gustavo "Gus" Fring dans "Breaking Bad") ou encore le néerlandais Mads Mikkelsen. Plusieurs producteurs et auteurs de science-fiction sont également annoncés.

Mais qu'est-ce-qu'un Comic Con sans "cosplays", ces déguisements inspirés des héros de bandes-dessinées? En Arabie Saoudite comme ailleurs, le concours de déguisement a bien lieu, avec cependant quelques spécificités.

Comme dans tous le pays, un espace délimité est réservé aux femmes. Et si le site indique pour les deux sexes que "le costume ne doit pas présenter de symboles indécents ou de logos qui pourraient être jugés contraire à l'Islam ou à la morale publique", il est également précisé que les hommes ne peuvent se déguiser en personnage féminin.

Les femmes quant à elles "ne sont pas autorisées à quitter l'espace qui leur est réservé sans avoir mis leur abaya (robe) et avoir enlevé leur maquillage, leur costume ou tout autres accessoires de leur déguisement." Rappelons que les femmes ne sont pas autorisées à conduire en Arabie Saoudite.

Autre singularité, les deux concours de cosplay, qui récompensent les meilleurs déguisements. En France comme aux Etats-Unis, cette compétition est mixte. Mais pour respecter ses lois nationales, l'Arabie Saoudite a prévu deux cérémonies différentes, une pour les femmes et une pour les hommes.

Une première au Moyen-Orient?

Toutefois, le Comic Con de Jeddah n'est pas le premier du genre au Moyen-Orient. Depuis 2012, la ville de Dubaï se flatte d'accueillir le "Middle East Film & Comic Con" qui se présente comme "le seul événement pour les fans de divertissement et de culture pop au Moyen-Orient". Depuis quatre ans, la renommée de l'événement n'a cessé de grandir, attirant plus de 60.000 visiteurs de toute la région lors de sa dernière édition.

Pour les autorités saoudiennes, qui entendent bien faire de 2017 "l'année du divertissement", l'attrait d'un tel événement est évident. Sans compter l'objectif économique affiché: réduire, dans le domaine du divertissements, les dépenses des citoyens saoudiens, qui ont dépensé environ 20 milliards (80 milliards de riyals).

"Nous cherchons à augmenter les dépenses des familles saoudiennes dans le secteur du divertissement au sein du royaume de 2,9% à 6%", expliquait ainsi Amr al-Madani, sur le site de la chaîne publique Al Alarabiya. L'Autorité du divertissement dit tabler sur la venue de 25.000 visiteurs, ce qui devrait donner un "élan à l'économie locale".

Le mufti d'Arabie saoudite, plus haute autorité religieuse du pays, s'est récemment insurgé contre la possible ouverture de cinémas et la tenue de concerts, affirmant qu'elles seront sources de "dépravation".

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