Espagne: Une Marocaine voilée remporte son procès contre une société aéroportuaire

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Une Marocaine voilée remporte son procès contre une société aéroportuaire | Alberto Vera / El Mundo
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JUSTICE - Ana Saidi Rodriguez a manifestement eu raison de poursuivre son ancien employeur. Sanctionnée à plusieurs reprises pour avoir porté son voile au travail, la justice espagnole vient de donner raison à cette ancienne employée aéroportuaire de Palma de Majorque.

Lundi 13 février, une juge du tribunal des affaires sociales de la ville a estimé que la femme, la quarantaine, Marocaine par son père et Espagnole par sa mère, avait le droit de garder son voile au nom de la liberté religieuse, rapporte plusieurs médias locaux.

La juge Pilar Ramos s'est référée à l'article 16 de la Constitution espagnole qui garantit le droit à la liberté religieuse, autorisant cette femme à se couvrir les cheveux sur son lieu de travail.

Article 16 de la Constitution espagnole

1. La liberté idéologique, religieuse et des cultes des individus et des communautés est garantie. Elle n’a pour seule limitation, dans ses manifestations, que celle qui est nécessaire au maintien de l’ordre public protégé par la loi.

2. Nul ne pourra être obligé à déclarer son idéologie, sa religion ou ses croyances.

3. Aucune confession n’aura le caractère de religion d’État. Les pouvoirs publics tiendront compte des croyances religieuses de la société espagnole et entretiendront de ce fait des relations de coopération avec l’Église catholique et les autres confessions.

12.500 euros à verser

Son ancien employeur, la société Acciona Airport Services, a été condamné à lui verser 12.500 euros dont 8.000 en guise DE dommages et intérêts, et près de 4.500 euros de salaires non versés.

Ana Saidi Rodriguez travaillait pour le compte d'Acciona depuis 2007. Elle était chargée d'assister les passagers qui se présentaient au comptoir du prestataire espagnol à l'aéroport de Palma de Majorque pour demander des informations.

En décembre 2015, elle a demandé à son supérieur si elle pouvait porter dorénavant son foulard au travail. Celui-ci l'y a autorisé dans un premier temps, en lui précisant qu'il devra toutefois consulter le siège, à Madrid, explique l'AFP.

L'entreprise a finalement refusé, arguant que son voile ne faisait pas partie de l'uniforme adopté par le personnel et qu'il portait atteinte à "son aspect professionnel". Ana continue toutefois à se couvrir les cheveux. Elle est alors sanctionnée à plusieurs reprises entre 2015 et 2016 par son employeur. Ce dernier est allé jusqu'a suspendre le versement de son salaire pour "faute grave". Ana Saidi Rodriguez décide alors de poursuivre la société pour "discrimination au travail pour motifs religieux", souligne El Pais.

Pour sa défense, la société a fait valoir qu'elle ne faisait que respecter le code vestimentaire de l'entreprise qui s'applique à l'ensemble de son personnel. Celui-ci interdit tout "symbole religieux et politique" dans le travail pour n'autoriser que le port de l'uniforme officielle de l'entreprise, rapporte de son côté El Mundo.

"C'est humiliant"

Pour la juge qui a rendu le verdict, les sept sanctions prononcées dans le passé par Acciona contre Ana Saidi Rodriguez relèvent de "l'illégalité". "C'est humiliant. Des collègues portent des croix bien visibles. Pourquoi moi je n'aurai pas le droit de porter le voile?", confiait-elle dans un entretien au journal El Mundo en 2016.

Acciona peut toujours faire appel de la décision rendue par le tribunal des affaires sociales. Pour l'instant, la société n'a pas réagi au jugement rendu.

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