Huffpost Tunisie mg

In the Mood for Talent: L'idée d'Isabelle Enault pour réunir des créateurs tunisiens autour d'un même objectif

Publication: Mis à jour:
ISABELLE ENAULT
Isabelle Enault Facebook
Imprimer

On aperçoit son logo, lors de certaines expositions organisées à Tunis et ailleurs. Isabelle Enault a lancé, depuis deux ans, In the Mood for Talent, une série d'expositions consacrées aux créations artisanales. Son but: associer ce savoir-faire qui se renouvelle au concept haut de gamme.

HuffPost Tunisie: Comment avez-vous eu l'idée de lancer In the Mood for talent?

Isabelle Enault: In the MOOD for TALENT est un concept stratégique, innovant et haut de gamme, qui allie image de marque, communication et expositions à thèmes. Je suis créatrice du concept, chargée de la communication, conseil en image de marque pour les créateurs qui le souhaitent (c’est inclus dans le tarif de location des stands) et organisatrice des expositions.

L’idée m’est venue tout simplement à force d’être choquée par la manière dont les créations artisanales traditionnelles ou contemporaines était souvent exposées : par terre, dans des salles lugubres, sous des bannières ou sur des tables en plastique, mélangées à des gadgets chinois …


Après plusieurs éditions, êtes-vous sollicitée par les créateurs voulant exposer. Quels sont vos critères de sélection ?

J’ai signé 17 éditions. Les 7 premières à partir de mai 2015 sous le nom MAHLEHA TOUNES. Mon premier concept ayant été plagié jusqu’au détournement du nom, puis massacré (étant donné que les copieurs ne comprennent même pas ce qu’ils volent) j’ai dû repenser ma stratégie. J’ai décidé d’opter pour un nom anglais pour toucher une clientèle plus large, et de choisir des espaces et des prestations encore plus haut de gamme. J’ai donc inauguré la première édition de "in the MOOD FOR TALENT"à DAR EL MARSA***** . C’était l’exposition SIGNATURES en mars 2016.

Dès ma première exposition "MAHLEHA TOUNES", j’ai été submergée de demandes, parce que c’était un nouveau concept, sur un très grand espace à SIDI BOU SAID. Le 10 mai 2015 j’ai exposé 75 créateurs, artisans, peintres, jeunes entrepreneurs, musiciens etc sur 3000 m2.

Cette première exposition était printanière festive, et destinée à montrer le maximum de facettes de la création tunisienne, avec également des invités étrangers.

J’ai ensuite réalisé des expositions plus petites et plus sélectives. J’ai toujours eu de nombreuses demandes, cependant au fil des expositions j’ai dû être toujours plus sélective pour arriver au niveau très haut de gamme et plus axé sur l’univers de la mode "in the MOOD for TALENT"pour ne pas lasser le public.


Vous n'êtes pas la seule à avoir lancé ce type de collectifs. La concurrence est-elle toujours stimulante et agréable à vivre?

Je ne connais aucun autre concept ou collectif qui soit réellement concurrentiel, étant donné qu’aucun des collectifs ou expos existant ne mise sur le VERITABLE haut de gamme, la communication, l’espace et la déco qui va avec, et encore moins sur une stratégie de valorisation à long terme.

Il ne suffit pas de mettre un joli titre sur une expo pour qu’elle devienne un concept stratégique.Il est aussi très indécent de demander aux artisans de baisser leur prix pour qu’un plus grand nombre achète, ou d’accuser les créateurs d’exploiter les artisans.

L’artisanat et la création sont des trésors qu’il faut valoriser et non pas banaliser. Profiter du désarroi d’une femme pour casser le prix de son tapis sur lequel elle a passé 2 mois, ou lui acheter son costume de mariée à 5 % du prix et le découper pour customiser des couffins hors de prix est juste indécent.

Quand j’ai commencé, il y avait déjà des expositions bien ancrées, dans d’autres styles et incontournables :les marchés du SAFSAF, les foires artisanales, et les expos de LA GALETTE, plus axées sur les créateurs. Il y a eu ensuite une très belle expo novatrice de créateurs de EL BAZAR à la Galette.

L’engouement pour les créateurs (et pas seulement le style souk) était déjà enclenché.

Etant publicitaire de formation, j’ai réfléchi longuement à une stratégie permettant aux créateurs d’être exposés et valorisés dans des conditions optimales et à surtout à long terme, pour qu’ils puissent développer une clientèle adéquate, et non pas axer seulement sur la possibilité de vendre beaucoup sur une seule journée. J’ai donc commencé par créer un site internet qui leur est entièrement dédié.

Tous les types d’expositions doivent exister, de la fameuse "fripe"(que j’adore) jusqu’aux expositions très haut de gamme. Mais il ne faut pas mélanger, sinon c’est l’indigestion.

Il y a évidemment de la place pour tous, la seule chose qui est inacceptable pour moi et bien sûr ma déformation professionnelle, c’est de dévaloriser l’artisanat et la création par des promotions, des espaces bas de gamme, faire du faux haut de gamme, du plagiat, et de mélanger des gadgets chinois avec des créations artisanales qui demandent beaucoup de travail et de talent.

Mon concept est de "faire rayonner la Tunisie à travers ses créateurs", mon slogan "from TUNISIA with LOVE", ma devise "toujours plus haut". C’est sur cette devise que je rajoute à chaque expo une prestation innovante pour ce domaine : un shooting professionnel pour NOCTURNES.

Un thème secret pour deux expositions, l’une aux Berges du Lac, l’autre à Sfax.

Un mannequin challenge pour l’exposition GLAM … etc.


Comment perçoit-on le fait qu'en n'étant pas tunisienne, vous vous intéressiez au savoir-faire tunisien?

Je reçois énormément de messages de sympathie de la part des Tunisiens dans leur ensemble. La fidélité du public et de nombreux créateurs exposants est aussi pour moi et surtout mon travail, un témoignage de reconnaissance essentiel.


L'artisanat tunisien tel que revisité par de jeunes créateurs, retrouve l'intérêt des clients. Pourtant l'on ressent le risque de le voir tomber dans le trop commercial (rabaissant la qualité) ou le trop lucratif (l'éloignant de la volonté de le rendre de nouveau populaire). Que faîtes-vous pour empêcher l'une et l'autre tendances?

La sélection, et toujours la sélection.

Toutes les semaines, je reçois des demandes et je dois prendre le temps de « décortiquer leur page » et de voir toutes les photos. Régulièrement, je trouve des photos de mes exposants fidèles (ou pas) … volées et leurs produits copiés et revendus à bas prix.
Je découvre aussi de belles créations très mal photographiées, et des produits horribles et bas de gamme, mélangés à des merveilles….

Il va sans dire que je refuse systématiquement le copiage et le bas de gamme, mais je ne peux pas tout voir et tout enregistrer, je n’ai qu’un seul cerveau !

J’ai exposé à ce jour une centaine de créateurs différents, certains me suivent dans toutes mes expos.

Il faut aussi avoir le réflexe de sortir du "100 % tounsi"trop passéiste. La Tunisie, au même titre que n’importe quel pays, a aussi des créateurs et artistes très contemporains qui ne doivent pas se sentir obligés de reproduire des khomsa , tanit, koffa, et autres houta à l’infini !

Mon concept a été étudié pour que les créateurs puissent valoriser les produits sur lesquels ils ont passé parfois des centaines d’heures, pour que ces créations ne soient plus mal photographiées, posées par terre, exposées à côté d’un cendrier plein ou d’une bouteille en plastique … Pour qu’enfin quand on pense "produit tunisien" on ait le réflexe de penser "haut de gamme".

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.