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Libéralisation du dirham : Bank Al-Maghrib rassure

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DIRHAM
MAP
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FINANCE- La réforme du régime de change est loin de faire l’unanimité. Alors que le patron du Haut commissariat au Plan avait fait montre d’un certain scepticisme lors de sa dernière conférence de presse, plusieurs industriels ont questionné l’opportunité d’une telle mesure. Chargée en grande partie du dossier, Bank Al-Maghrib (BAM) veut rassurer l’opinion. Une rencontre a ainsi été organisée lundi 13 janvier par la banque centrale afin de "contextualiser" ce chantier.

Actuellement, le Maroc fait partie des États à régime de change dit "fixe". Ce sont donc les autorités qui mettent en place la valeur de la monnaie. Dans ce système, la banque centrale satisfait l’ensemble des besoins en devises, sans limite et sans ajustement sur les prix. "En cas de choc externe, ce système démontre toute ses limites puisqu’il met de la pression sur les réserves, et débouche sur un passage forcé au régime de change flottant", indique au HuffPost Maroc Mounir Razki, directeur des opérations monétaires et de changes. Ce dernier cite ainsi le passif de 1983, lorsque le Maroc n’avait plus que 6 jours de réserves de changes, suite à la hausse des prix pétroliers et des matières premières. Les bailleurs de fonds internationaux ont ainsi requis la mise en place du fameux Plan d’ajustement structurel, qui a eu un impact social historique.

Et c’est justement là que se situent les inquiétudes des industriels, qui devront ainsi s’aligner sur le marché international pour acquérir de la devise, qui ne sera plus l’apanage de Bank Al Maghrib. En effet, le régime de change flottant est basé sur la détermination du cours de change de chaque monnaie par rapport aux autres, via la confrontation de l'offre et la demande des diverses devises sur le marché des changes. Toutefois, en cas de forte instabilité du cours de change, Bank Al Maghrib peut intervenir sur le marché de change, soit en vendant ou en achetant une ou des devises, soit en instaurant le contrôle de change.

Une démarche voulue et graduelle

Dans l’imaginaire collectif économique, le passage d’un système fixe à un système flexible de change renvoie aux exemples chaotiques de la Turquie et de l’Égypte. Ces deux pays avaient connu une dépréciation soudaine de leur monnaie, avec des conséquences catastrophiques sur leur économie. Mais pour les experts de Bank Al Maghrib, la situation n’est en rien comparable. "Ces deux pays se sont vus imposer ce régime du fait de la fragilité de leur situation économique. Or, pour le Maroc il s’agit d’une démarche voulue, basée sur l’importance des pré-requis : une dette soutenue, une faible intrusion des investissements spéculatifs, une inflation largement maîtrisée, une réglementation de change rigide, et un budget global de moins en moins déficitaire", argumente Mounir Razki. Pour comparaison, l'inflation se situe à 2% au Maroc, tandis qu’elle frôle la barre des 20% en Égypte.

Les banquiers de l’État ont cependant rappelé que la mesure est loin d’être imminente. Un travail pédagogique va être entrepris tout au long de l’année 2017 afin de mettre le secteur privé au diapason. Au niveau international, cette transition peut prendre de 7 à 15 ans.

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