Les salariés de la Samir privés de prestations sociales

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SOCIAL – Avec une dizaine de repreneurs potentiels, comme le rapporte le syndic judiciaire, la Samir attise les convoitises. Mais pendant que les cols blancs et leurs conseils discutent gros sous pour définir l’avenir du raffineur national, mis en liquidation judiciaire en mars 2016 par le Tribunal de commerce, les salariés, eux, vivent dans un état de stress permanent.

Au-delà des préoccupations professionnelles liées à l’avenir de leur industrie, et donc de leur carrière, les employés de la Samir ont vu leur situation sociale se précariser depuis la mise en vente judiciaire de la société. Syndic judiciaire en charge de la cession de la Samir dans le cadre de la liquidation, Mohammed El Krimi assure en conférence de presse, jeudi 9 février, que le personnel "perçoit son salaire", mais qu'il n'en est rien des autres prestations sociales. Les mandataires judiciaires ont en effet bloqué les cotisations liées aux assurances maladies, privant ainsi les salariés de la moindre couverture médicale (AMO et complémentaire).

Même les retraités ne sont plus couverts

Si l’alerte est venue de Latifa Benouakrim, responsable syndicale à la Samir, la suspension des cotisations a été confirmée au HuffPost Maroc par une source auprès de l’assureur Saham, qui refuse, légitimement, de couvrir les charges médicales des employés… mais également des retraités.

Ahmed El Gharbi, ancien salarié de l’ancêtre de la Samir, la Société chérifienne du pétrole, en a fait les frais. Lors des deux derniers mois, ce retraité a demandé un devis estimatif et subi une intervention chirurgicale qui a coûté la bagatelle de 187.425 DH, sans savoir au préalable qu’aucune assurance ne prendrait en charge le règlement de la facture.

C’est également le cas d’Abdellah Aoud et Abdelfettah Erreghay, respectivement salarié et retraité de la société. Ces derniers se sont vu refuser la demande de remboursement concernant des interventions aux coûts exorbitants.

Avec des salaires ou des pensions variant entre 4.000 et 6.000 DH, ils ont ainsi dû contracter des crédits bancaires ou encore des emprunts particuliers pour couvrir leurs soins médicaux. Une situation "intenable" selon les responsables syndicaux, qui appellent les intervenants de la procédure judiciaire à revoir leurs priorités.

Une activité à haut risque

Cette situation est d’autant plus inquiétante quand on rappelle les risques sanitaires liés à la raffinerie. Les hydrocarbures aliphatiques des carburants (kérosène, essence, gazole, ...) ont une toxicité avec des effets communs : leur inhalation répétée ou prolongée conduit à des manifestations telles que maux de tête et vertiges.

À forte concentration, ils entraînent aussi des troubles du système nerveux et du système digestif. Sur le long terme, ils peuvent s’avérer cancérigènes et avoir un impact sur la reproductivité. Aussi, les vapeurs des alcanes liquides agissent sur le système nerveux central (céphalées, nausées, somnolence), sont irritantes pour les muqueuses pulmonaires et la peau.

L’urgence d’un repreneur

Le seul à pouvoir répondre à ce besoin urgent en couverture médicale, en raison de la nature même de l’industrie de la raffinerie, c’est le syndic judiciaire. Mais ce dernier ayant décidé de liquider la société, livre par conséquent le sort du personnel à un repreneur potentiel. Les employés attendent donc la validation d’une offre afin d’avoir, enfin, un interlocuteur.

Les industriels étrangers et les fonds d’investissement intéressés devront se hâter pour déposer leurs offres, le syndic nommé par le juge ayant défini, à partir du 8 février, un délai de 30 jours pour le dépôt des dossiers. À noter que lors de la présentation du cahier de charges fixant les modalités de cession, le mandataire du juge a précisé la "nécessité de conserver les acquis sociaux du personnel".

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