A l'honneur en Italie, la Tunisie sort des faits divers: 5 questions à Moez Sinaoui (Interview)

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"La Tunisie sort des faits divers et s'affiche autrement ici", c'est dans ces propos que Moez Sinaoui, ambassadeur de Tunisie en Italie, depuis quelques mois, a qualifié la visite d'Etat qu'effectue le président de la République, Beji Caïd Essebsi, dans ce pays, à l'invitation de son homologue italien Sergio Mattarella.

Concernant cette visite et d'autres sujets en relation avec ce pays voisin, Moez Sinaoui répond aux questions du HuffPost Tunisie. Interview.

HuffPost Tunisie: Beji Caïd Essebsi entame aujourd'hui une visite de deux jours en Italie. Quels seront les moments clés de cette visite?

Moez Sinaoui: Tout d'abord, permettez-moi de rappeler que c'est une visite d'Etat, c'est la plus haute des distinctions et une marque de respect envers la Tunisie.

Cette visite connaitra une première dans la vie parlementaire italienne: un président prendra la parole devant les présidents des deux chambres et les commissions des affaires étrangères des deux chambres au Sénat.

Lors de cette visite, le côté économique sera à l'honneur avec la présence d'une délégation d'hommes d'affaires tuniso-italienne. C'est un format original qui réunira autour de la même table le président de la République, trois ministres qui l'accompagnent, deux ministres italiens, des hommes d'affaires représentant le patronat tunisien et d'autres représentant celui italien, la Confidustria.

Réunir des ministres, deux patronats et le monde du business, c'est cela l'originalité que j'évoquais. Seront abordés, lors de cette rencontre, les potentialités de collaborations et le suivi des projets présentés lors de Tunisie 2020.

Six accords seront signés, à l'occasion de cette visite, dont un accord de coopération développement de 165 millions d'euros et d'autres accords en relation, notamment, avec la culture, le transport terrestre, la santé, l'environnement et le tourisme. Une déclaration conjointe des deux ministres des Affaires étrangères constituera un des moments forts de cette visite également.

Vous accueillez BCE, celui dont vous avez été l'un des plus proches collaborateurs à un moment, mais de l'autre côté de la Méditerranée, sous une autre bannière. Quelle particularité présente cette visite pour vous?

Commencer ma mission en Italie par une visite d'Etat, c'est très important. Je perçois comme une opportunité le fait de débuter ainsi mon mandat. Je me saisis, d'ailleurs, de cela pour tracer mon chemin et commencer l'exécution de ma feuille de route.

J'ai vécu aux côtés de Béji Caïd Essebsi des moments historiques au lendemain de la révolution et après. Je le rencontre aujourd'hui autrement, lui le grand diplomate et moi le diplomate de carrière. Autrement, mais avec un objectif toujours le même: le bien de la Tunisie.

L'Italie est si proche géographiquement, mais en matière d'échanges économiques et même culturels, il y a des potentialités à développer encore et des relations à consolider. Quelles sont les perspectives pour les relations tuniso-italiennes, selon vous?

Ce sont près de 860 entreprises italiennes qui sont installées en Tunisie. L'Italie est un des premiers pays partenaires de la Tunisie. Mais la coopération culturelle entre les deux pays ne correspond pas à la proximité humaine et géographique entre nous. Il est désormais facile de "vendre" la Tunisie politiquement mais le plus gros travail est économique et culturel. Et il est facile de travailler ensemble dans ce sens car les Italiens nous connaissent, des liens historiques nous lient.

Comment y travaillez-vous au quotidien et en ayant en vue quels objectifs?

Je connais l'Italie pour y avoir exercé auparavant. Mon expérience dans la sphère politique a été un enrichissement par ailleurs. Du tout, j'ai tiré une feuille de route qui me permettra d'avancer et d'agir pour le bien de mon pays.

Une des priorités est, sans conteste, de regagner la confiance des Italiens en la Tunisie. Il faut savoir que celle-ci a été altérée aux lendemains de la révolution et qu'elle a été fortement ébranlée après l'attentat du Bardo où 11 Italiens ont perdu la vie. Restaurer l'image de notre pays qui s'affiche en Italie au gré des faits divers est une nécessité. Au lieu des campagnes marketing, c'est le contact direct et les actions qui y sont corollaires qui seront privilégiés.

La culture, à titre d'exemple, et non des moindres, est un champs d'action à explorer d'une manière accrue. La culture, ce n'est pas une action de ministres, elle n'est pas centrale: en Italie, chaque région a ses spécificités, ses atouts, ses richesses propres. Chaque région avec sa particularité peut constituer une piste de coopération avec la Tunisie. Nous y oeuvrons et des projets sont en cours.

Nous travaillons, actuellement, à faire venir en Italie l'exposition l'Eveil d'une Nation, une exposition qui a permis de faire parler de la Tunisie, bien autrement. J'ai vu qu'un article lui a été consacré il y a quelques jours au The NewYork Times.

C'est pour nous une excellente opportunité pour afficher positivement notre pays à l'étranger.

Quant aux Tunisiens d'Italie, la deuxième communauté de Tunisiens installés à l'étranger, elle est aussi une de nos priorités. Rétablir les liens de ces milliers de Tunisiens avec leur pays et ses institutions, voilà l'objectif à atteindre.

La question migratoire est abordée en Italie, mais elle est abordée d'une manière plus humaine que dans d'autres pays d'Europe. L'Italie a connu l'émigration, vers d'autres pays d'Europe et même vers notre pays, à une période de son histoire. Lors du protectorat pas moins de 100 000 Italiens étaient installés chez nous. Nos relations tuniso-italiennes sont donc ancrées historiquement.

L'Italie siège au Conseil de Sécurité et présidera le G7, c'est un pays qui a sa place "géopolitiquement", c'est un pays qui nous connait. Nos actions viseront à jalonner le chemin vers une concrétisation nouvelle de cette proximité, pour le bien de la Tunisie.

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