Femmes politiques marocaines et françaises, même combat?

Publication: Mis à jour:
UNNAMED
Forum femmes et politique
Imprimer

POLITIQUE - "J'ai été entrepreneure pendant 25 ans, je me suis bagarrée et j'ai arraché des papiers publics à de grandes sociétés", se souvient Hakima El Haite, la ministre déléguée à l'environnement. "Mais je peux vous dire que mon combat en tant que ministre est beaucoup plus difficile".

Comme Hakima El Haite, elles étaient nombreuses à partager leur expérience et débattre des difficultés qui caractérisent le rôle des femmes politiques lors du forum "Femmes et politiques, regards Croisés", organisé par la commission France-Maroc du parti Les Républicains.

"On ne fait pas assez confiance à la femme à des postes de responsabilité. C'est une grosse bataille", indique Leila Doukali, Présidente de la commission organisatrice de l'évènement. Elle estime par ailleurs que les femmes politiques marocaines et françaises "restent confrontées aux mêmes difficultés".

Nous estimons que la femme marocaine n'a pas la place qu'elle mérite dans la sphère politique.

"Nous avons longuement réfléchi avec un comité de participation au sens que nous allions donner à ce forum. Nous nous sommes mis d'accord sur la thématique de regard croisé, femmes et politique", éclaire Leila Doukali. "Des femmes de tous bords, militantes ou non, et qui ont toutes quelque chose à dire, pour profiter des parcours des unes et des autres, en espérant que ce soit vraiment un moteur pour les femmes marocaines. Nous estimons que la femme marocaine n'a pas la place qu'elle mérite dans la sphère politique".

Hommes politiques et femmes politiques, deux poids deux mesures

Sociologues, politologues, journalistes et femmes politiques, marocaines mais aussi françaises, sont venues partager leurs expériences au cours des panels et des tables rondes qui ont animé cette journée de forum. Au Maroc comme en France, toutes ont évoqué les raisons de leur engagement politique, mais aussi les difficultés auxquelles elles ont dû faire face.

"On donne souvent aux femmes des ministères comme celui de la Famille ou de la Santé, mais rarement des ministères régaliens comme l'Intérieur", constate la politologue Armelle Le Bras Chopard. Celle-ci rappelle le cas de l'ancienne ministre française Roselyne Bachelot, qui a fait campagne dans une circonscription "ingagnable" pour la droite. Contre toute attente, l'élection fut remportée, suivie peu après par une saillie d'un collègue masculin : "si on avait su, on aurait mis un homme".

Journaliste et ancienne députée, Fatiha Layadi est longuement revenue sur le deux poids deux mesures qui caractérise les politiciennes marocaines et leurs collègues masculins. "On m'a souvent reproché mes jupes trop courtes et mon rouge à lèvre trop provoquant", déclare-t-elle sur une note plus anecdotique, mais néanmoins parlante.

"On n'invite jamais les femmes politiques sur les plateaux télé au Maroc, sauf le 8 mars"

Fatiha Layadi pointe également le rôle des médias dans le manque de représentativité des femmes en politique. "On n'invite jamais les femmes politiques à la télévision au Maroc, sauf le 8 mars", s'amuse cette dernière. "Le 7 mars, mon téléphone n'arrête pas de sonner avec des demandes pour passer sur les plateaux télé".

Pour Soumaya Naamane Guessous, sociologue et chercheuse, les femmes politiques en France rencontrent certes des difficultés, mais celles au Maroc doivent faire face à des obstacles bien plus importants. Elle rappelle à ce titre que parmi les femmes élues en 2016 aux communales, "67% ont des diplômes supérieurs, alors que du côté des hommes élus communaux seulement 39% ont fait des études supérieures".

La sociologue considère l'environnement politique français comme un peu plus favorable aux femmes. "Au Maroc, nous en sommes encore à justifier nos déplacement. Une mère, une fille, une épouse doit encore se justifier".

La liste nationale des femmes contestée

Plusieurs personnalités politiques marocaines présentes ont profité de l'occasion pour critiquer ouvertement la liste nationale des femmes, jugée inutile voir "clientéliste" par certaines. Pour Najwa Kouskouss, conseillère de la Ville de Casablanca et présidente de la jeunesse du PAM, "cette liste devait être une solution provisoire. Maintenant, elle ne sert plus à rien".

Invitée d'honneur de la conférence, la ministre déléguée à l'environnement Hakima El Haite a aussi taclé cette fameuse liste. "Le quota était pour moi le seul moyen de faire briller les femmes, et cette liste des femmes n'a pas permis à ces dernières de briller". "Si on veut de nous comme objet de communication politique, il nous faut savoir dire non", conclut la ministre.

LIRE AUSSI: