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Maroc Telecom sous pression suite à une méga-amende au Burkina Faso

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AHIZOUNE
Maroc Telecom Chairman Abdeslam Ahizoune gestures during the full-year results news conference in Casablanca February 23, 2010. REUTERS/Rafael Marchante (MOROCCO - Tags: BUSINESS) | Rafael Marchante / Reuters
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TÉLÉCOMS - Près de 18 millions d’euros, soit près de 200 millions de dirhams. C’est la bagatelle dont devra vraisemblablement s’acquitter ONATEL, la filiale de Maroc Telecom au Burkina Faso, au terme de la seconde amende en moins de six mois qui vient de lui être infligée par l’exécutif burkinabé.

La nouvelle est tombée tel un couperet au terme d’un conseil des ministres tenu le 1er février à Ouagadougou, l’État Burkinabé a en effet annoncé que le ministère des Finances allait procéder aux discussions préalables au recouvrement de près de 7 milliards de FCFA (plus de 110 millions de DH) de créances douanières auprès d’ONATEL, l’opérateur historique contrôlé par Maroc Telecom.

Cette méga-amende intervient après une enquête diligentée par les finances suite à l’éclatement d’un conflit entre l’opérateur et les douanes burkinabées portant sur des « taxes et droits non négociables ». Elle fait suite à une autre amende intervenue en octobre 2016 à l’encontre d’ONATEL, émanant cette fois ci de l’autorité de régulation (ARCEP) pour "manquements à ses obligations de disponibilité, de continuité et de qualité de service".

Un « profit warning » en vue ?

À ce jour, aucune réaction officielle de la part de l’opérateur, bien que ces deux amendes subies coup sur coup auront selon toute vraisemblance un impact sur les résultats consolidés du groupe. Du côté de la tour de Maroc Telecom, dans le quartier de Hay Riad à Rabat, le top management serait en train d’évaluer la réponse "adaptée" à cette situation, selon des sources proches de la direction.

Parmi les options qui s’offrent à Maroc Telecom, le provisionnement de ces amendes dans les comptes de l’opérateur panafricain. Reste que cette option semble pour l’instant déplaire au patron de Maroc Telecom, Abdeslam Ahizoune, car elle impliquerait que l’opérateur, côté en bourse au Maroc et à Paris, serait dans l’obligation d’émettre une alerte sur ses résultats – un profit warning – qui impacterait le versement de dividendes et le cours de bourse.

L’Afrique comme réservoir de croissance

Dans ce contexte, toujours selon les mêmes sources, Ahizoune "répugne à dégrader le résultat consolidé de Maroc Telecom, dans un cadre où la croissance des filiales africaines constitue le réservoir principal de progression de ses résultats". De surcroit, ajoute-t-on, "l’activité au Maroc étant beaucoup plus mature et marquée par un regain de compétition de la part d’Inwi et d’Orange sur fond de polémique autour du dégroupage, l’inamovible patron de Maroc Telecom souhaite se ménager autant que possible une marge de manœuvre africaine".

Pour cela, selon des informations fiables obtenues par le HuffPost Maroc, Maroc Telecom compte jouer la montre en épuisant tous ses recours légaux pour contrer l’offensive de l’Etat Burkinabé. En effet, le Burkina Faso n’a pas fermé la porte aux négociations relatives au volume de l’amende, comme le précise le communiqué sorti à l’issue du conseil des ministres.

Transformer les amendes en investissements ?

À un niveau encore plus stratégique pour l’opérateur, Maroc Telecom ne souhaite surtout pas que cette vague d’amendes issue du Burkina Faso puisse donner des idées aux autres gouvernements et "essaime" auprès de ses autres filiales africaines. Selon un observateur du secteur des télécoms : "Il y a beaucoup à parier que l’opérateur mettra tout son poids dans la balance pour trouver une issue qui ne l’oblige pas à affecter ses résultats au Burkina. Par exemple, Abdeslam Ahizoune pourrait répondre favorablement à l’appel du Président Christian Kaboré formulé en juillet dernier, qui l’invitait à intensifier ses investissements, sachant que le traitement des investissements dans un bilan est très différent de celui des amendes".

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