Huffpost Maroc mg

Nabila Mounib: "Pour que l'ouverture du Maroc sur l'Afrique réussisse, il faut renforcer le front interne" (INTERVIEW)

Publication: Mis à jour:
MOUNIB
DR
Imprimer

DIPLOMATIE - Ce mardi 31 janvier, le roi Mohammed VI a prononcé, à Addis-Abeba, un discours à l'occasion de la réintégration du Maroc à l'Union africaine, (UA), signant ainsi le retour du royaume dans le giron de l'organisation panafricaine.

Dans cette interview, Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU) et présidente de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) livre son point de vue sur le retour du Maroc à l'Union africaine et sur les défis qui se posent aujourd'hui au niveau continental. Elle apporte une lecture sincère des enjeux qui se posent au front interne, afin de consolider le positionnement du Maroc dans le continent.

Le HuffPost Maroc: Quel regard portez-vous sur le retour du Maroc à l'Union africaine?

Nabila Mounib: Nous considérons que le retour du Maroc au sein de l'Union africaine est positif, dans la mesure où il s'agit, d'abord, de corriger une erreur: celle commise en 1984, lorsque le Maroc a décidé de quitter l'Organisation de l'unité africaine (OUA).

L'Union africaine est le cadre naturel du Maroc, à partir duquel nous pouvons œuvrer sur différents fronts et différents théâtres, et pousser vers le développement de notre pays et celui de l'Afrique.

Il s'agit aussi d'avancer sur le dossier du Sahara, ainsi que sur d'autres dossiers.
La résolution de la question du Sahara reste au cœur du projet du développement du Grand Maghreb, qui devrait être ouvert à l'ensemble de l'Afrique. Le Maroc, en réintégrant l'Union africaine, pourra donc défendre sa position et, pourquoi pas, permettre d'avancer vers une solution pacifique et durable du dossier.

Quels sont, à vos yeux, les principaux défis qui se posent aujourd'hui au niveau continental?

Au regard des événements qui se déroulent dans le monde, et plus particulièrement au niveau de notre région et de notre continent, il y a plusieurs questions pressantes: celle de la paix, celle de la poursuite de la lutte contre toutes les formes de fondamentalisme qui, aujourd'hui, tirent notre région vers le chaos, ainsi que la manipulation du religieux à desseins profanes.

Nous avons besoin de sécurité, et pour y arriver, il faut une coopération des Etats, notamment au niveau du Grand Maghreb, ainsi qu'une plus grande ouverture sur l'Afrique. Cette ouverture ne doit pas être uniquement économique. Certes, l'aspect économique est fondamental, l'Afrique étant le continent le plus riche en ressources et paradoxalement le plus pauvre. L'Afrique continue d'offrir des opportunités extraordinaires, notamment en matière de terres cultivables, qui devraient garantir, dans l'avenir, la sécurité alimentaire du continent, et peut-être même au-delà.

Quels rôles pourrait jouer le Maroc dans le continent ?

En matière de sécurité alimentaire, le Maroc pourrait jouer un rôle important, et il a commencé cela, via la ratification de différents accords, notamment avec l'Ethiopie (pour créer une usine de fertilisants ndlr).

La question du développement économique est très importante aussi --le Maroc est déjà présent en Afrique, où il a multiplié les investissements, et il y a un retour sur investissement qui est attendu, et qui est très intéressant pour le Maroc et pour notre région.

Il y a aussi la question de la sécurité spirituelle, si je puis dire, qui revient en force avec la montée des radicalismes, notamment dans la région du Sahel. Le Maroc pourrait jouer un rôle important dans ce sens, vu qu'il présente un modèle d'Islam tolérant qui a su, quelque part, concilier entre modernité et tradition. L'Islam constitue un aspect fondamental de l'identité marocaine.

Y a-t-il des réformes qui doivent être engagées pour consolider le positionnement du Maroc en Afrique?

Au Parti socialiste unifié (PSU), nous considérons que pour donner à cette ouverture du Maroc vers l'Afrique --qui est souhaitable-- toutes ses chances de réussite, il faudrait qu'elle s'appuie sur un renforcement du front interne.

Le Maroc doit s'engager vers un Etat social et démocratique, et mener des réformes structurelles importantes. La question de la construction démocratique demeure, à notre sens, fondamentale pour justement faire en sorte que l'ouverture vers l'Afrique réussisse.

Il s'agit également de développer la démocratie participative, surtout sur des dossiers épineux comme celui du Sahara. En impliquant l'ensemble des acteurs, il sera possible de faire avancer ce dossier, et ainsi apporter plus de stabilité au modèle marocain.

... Manière, aussi, de permettre au Maroc de constituer un exemple au niveau continental?

Le Maroc a tout à gagner en poursuivant les réformes internes, et en allant vers de véritables réformes, pour effectivement donner l'exemple. L'Afrique, aujourd'hui, est en souffrance. Les possibilités de développement du continent sont brimées et limitées par l'interventionnisme extérieur. Il faut prendre la pleine conscience de tous les enjeux inhérents à ces questions, qu'ils soient régionaux ou internationaux, pour construire ensemble une Afrique prospère, qui peut se développer, et compter sur la coopération sud-sud pour sortir de la situation de dépendance où elle est actuellement, et qui est très fragile et précaire.

Nombre de pays africains sont tenaillés par guerres et conflits. Pour nous prémunir contre tout cela, il va falloir que les uns tendent la main aux autres, pour parvenir à un développement économique et humain du continent, ainsi qu'à une démocratisation des Etats africains.

LIRE AUSSI: