Les messages de Mohammed VI à l'assemblée de l'UA

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MOHAMMED VI
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DIPLOMATIE- Parachèvement d’une stratégie initiée il y a plus d’une dizaine d’années, la réintégration de l’Union africaine par le Maroc prend une dimension supérieure. Au lendemain du vote en faveur du retour du Royaume, le roi Mohammed VI a prononcé un discours poignant avec, en filigrane, des messages envoyés à ses alliés mais, surtout, à ses adversaires. Florilège.

- Réintégration ne veut pas dire regrets

Après la reconnaissance de la «RASD», Hassan II avait pris la décision de quitter les instances de ce qui s’appelait alors l’Organisation de l’Union africaine. Mais l’actuel souverain ne désavoue pas son père. Bien qu’il ait commencé son discours avec le ton réjoui de celui qui retrouve sa "maison", son "continent", il rappelle néanmoins que "le retrait de l’OUA était nécessaire (…) il a permis de recentrer l’action du Maroc dans le continent, de mettre aussi en évidence combien l’Afrique est indispensable au Maroc, combien le Maroc est indispensable à l’Afrique".

- Le Maroc a naturellement sa place au sein du concert des nations africaines

"Au moment où le Royaume compte parmi les nations africaines les plus développées, et où une majorité de pays-membres aspirent à notre retour, nous avons choisi de retrouver la famille". Pour séduire la nouvelle élite africaine, Mohammed VI a choisi la rhétorique des chiffres. "Depuis l’an 2000, le Maroc a conclu, dans différents domaines de coopération, près d’un millier d’accords avec les pays africains. A titre de comparaison, savez-vous qu’entre 1956 et 1999, 515 accords avaient été signés, alors que depuis 2000, il y en a eu 949, c’est-à-dire près du double !". Il rappelle à ce titre les résultats de la politique de régularisation des citoyens subsahariens, ou encore le projet de Gazoduc atlantique initié avec le Nigéria.

- L’ère des énergies fossiles est révolue

Durant son discours, le roi du Maroc a tenu à ce que l’Afrique recentre ses priorités. "Nous le savons: ce ne sont ni le gaz, ni le pétrole qui satisferont les besoins alimentaires de base !". Ce message subliminal au voisin algérien fournissait une bonne transition pour parler du véritable défi : La sécurité alimentaire. "C’est le sens de l’Initiative pour l'Adaptation de l’Agriculture Africaine au changement climatique, dite "Initiative Triple A", que nous avons promue lors de la COP.22. Elle vise à lever un financement plus important au profit de l'Adaptation de la petite Agriculture Africaine. Elle constitue une réponse innovante et extrêmement concrète aux défis communs posés par les changements climatiques".

- La main tendue pour relancer l’UMA

Tout en rappelant que le Maroc compte siéger activement au sein de l’Union africaine, Mohammed VI regrette la quasi-absence d’intégration maghrébine. Et encore une fois, c’est la rhétorique des chiffres qui prime: "Aujourd’hui, nous constatons avec regret que l’UMA est la région la moins intégrée du continent africain, sinon de toute la planète : Alors que le commerce intra-régional s’élève à 10% entre les pays de la CEDEAO, et à 19% entre les pays de la SADEC, il stagne à moins de 3% entre les pays du Maghreb. De même, tandis que la Communauté Economique d’Afrique de l’Est avance dans des projets d’intégration ambitieux, et que la CEDEAO offre un espace fiable de libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, les pays du Maghreb sont, eux, à un niveau de coopération économique très faible". Mohammed VI appelle donc de ses voeux d'honorer la mémoire de la génération des années 50, dont l'idée a été, selon lui, "trahie".

- Aucune leçon à recevoir des puissances occidentales

Mohammed VI a réservé la partie la plus virulente de son discours à l’occident. "Pendant longtemps, nous avons tourné notre regard ailleurs, pour prendre une décision, un engagement. N’est-il pas l’heure de faire cesser ce tropisme ? N’est-il pas l’heure de nous tourner vers notre continent ? De considérer ses richesses culturelles, son potentiel humain ?". Tout en valorisant la crédibilité des institutions africaines, il donne le coup de grâce: "Depuis plusieurs années, le taux de croissance de certains pays du Nord ne dépasse pas celui de certains pays africains ; la faillite de leurs sondages révèle combien ils ont perdu toute capacité de comprendre les aspirations de leurs peuples ! Et pourtant, ces pays à la situation sociale et économique défaillante, au leadership faiblissant s’arrogent le droit de nous dicter leur modèle de croissance !".

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