Huffpost Maroc mg

Les enjeux du retour du Maroc dans l'Union Africaine (Interview)

Publication: Mis à jour:
MOHAMMEDBENHAMMOU2135
Les enjeux du retour du Maroc dans l'Union Africaine (Interview) | DR
Imprimer

Analyse - "Voilà je déplore l’heure de nous séparer". 1984. C’est par ce message du roi Hassan II que le Maroc quittait l’Organisation de l’Union africaine, deux ans après l'adhésion de la RASD. 33 ans plus tard, le roi Mohammed VI est à Addis Abeba à l'occasion du 28e sommet annuel de l'Union africaine. Pourquoi ce retour du Maroc dans l'UA : l’analyse de Mohamed Benhammou, président du Centre marocain des études stratégiques (CMES).

Pourquoi vouloir revenir aujourd’hui dans l’Union Africaine?

HuffPost Maroc: Il y a un nouveau contexte politique économique, stratégique et géopolitique en Afrique qui fait que les conditions qui ont poussé le Maroc à quitter l’Union africaine en 1984 sont en train aujourd’hui de changer et il y a des opportunités nouvelles qui font que le Maroc, acteur économique principal sur le continent, acteur de développement, acteur pr la sécurité, la stabilité et le maintient de la paix en Afrique voit en ces changements une opportunité pour réintégrer l’UA. On le sait l’Afrique est le continent sur lequel se joue l’avenir du Monde, le Maroc a beaucoup investi en tant que pays africain, il a payé le prix de son absence pendant trois décennies. Ses adversaires ont exploité cette absence pour nuire à ses intérêt et à ce qu’il a pu mettre en place sur ce continent. C’est donc le moment que choisit le Maroc pour revenir au sein de l’Union africaine.

Qu'est-ce que le Royaume peut attendre de ce retour ?
Il y a plusieurs dimensions dans ce retour: économique – le Maroc investit sur le continent et a des intérêts économiques importants dans toutes les régions du continent ; politique – le Maroc ne peut pas être le seul pays africain en dehors d’une organisation régionale importante telle l'Union Africaine ; et puis le Maroc ne peut pas laisser un espace libre dans lequel ses adversaires lui créent des problèmes, essentiellement sur la question du Sahara. Le temps est venu pour que le Maroc défende ses intérêts par lui même et pour que le Maroc cherche à faire évoluer ce contexte de l'intérieur de l'UA. On ne peut faire changer les choses que quand on est membre, pas de l'extérieur.

Vous parliez d'un changement de contexte, lequel plus précisément ?
Nous ne sommes plus dans le contexte de la Guerre Froide avec l'affrontement de deux blocs, nous ne sommes plus dans la logique des alliances en Afrique. Nous avons de nouvelles élites africaines beaucoup plus pragmatiques, réalistes, ouvertes sur l'avenir. Nous avons aujourd'hui des Etats africains qui agissent dans le respect de leurs intérêts, loin de toute volonté de se soumettre à une quelconque directive de certains Etats. Nous ne sommes plus dans la logique des grands et petits Etats. Il y a un contexte qui permet de nouer un nouveau dialogue, dans un contexte culturel, politique, international nouveau.


Certains craignent que cette décision soit interprétée finalement comme une forme d'acceptation de la RASD?

Non, il n’y a pas de reconnaissance. Le Maroc adhère à une organisation régionale. Ratifier un accord d’adhésion ne veut nullement dire reconnaitre des entités existantes. Nous avons d'ailleurs dans l’UA des Etats comme le Sénégal, le Gabon et d’autres qui sont membres et ne reconnaissent pas la RASD.
Si le Maroc veut faire changer les choses, il faut qu’il soit membre. Mais le Maroc ne réintègre pas l'UA seulement pour repousser la RASD mais parce que c'est un espace naturel qu'il doit intégrer en tant qu'Etat, parce qu'il a une politique qui fait que ses investissements, ses intérêts, ses orientations sont en Afrique. Le Maroc est concerné par tout ce que l'Afrique connaît comme dynamiques diverses, y compris ce qui touche à la stabilité et la sécurité du continent. Ce n’est pas un choix tactique pour régler la question du Sahara mais un choix stratégique qui a une dimension économique, politique, stratégique et une autre qui a trait à l’intégrité territoriale du Maroc.

LIRE AUSSI: