Des premiers cas d'Iraniens et d'Irakiens empêchés de prendre leur avion pour les Etats-Unis

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Des premiers cas d'Iraniens et d'Irakiens empêchés de prendre leur avion pour les Etats-Unis | Reuters
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INTERNATIONAL - Une famille irakienne a été empêchée d'embarquer à bord d'un vol vers New York à partir du Caire à la suite du décret du président américain Donald Trump interdisant l'entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans, ont indiqué des responsables de l'aéroport ce samedi 28 janvier.

Un couple et leurs deux enfants qui avaient réservé des billets sur un vol de la compagnie EgyptAir ont été informés qu'ils ne pouvaient pas embarquer en raison des nouvelles règles en vigueur aux Etats-Unis, ont indiqué à l'AFP ces responsables. Selon eux, cette famille disposait cependant de visas pour les Etats-Unis.

Plusieurs compagnies aériennes ont par ailleurs refusé d'embarquer des Iraniens munis d'un visa américain sur des vols à destination des Etats-Unis, selon plusieurs sources contactées par l'AFP. Les médias iraniens ont également rapporté samedi plusieurs cas d'Iraniens qui n'ont pas pu embarquer pour les Etats-Unis.

"Nous aurions bien aimé les faire voyager avec nous"

Des responsables de deux agences de voyage à Téhéran ont affirmé qu'ils avaient reçu des instructions de la part des compagnies Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways, de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain car ces dernières refusent de les embarquer à bord.

Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie, devait retourner le 4 février aux Etats-Unis. "J'avais un billet sur Turkish (Airlines) le 4 février prochain, mais il a été annulé", a-t-elle déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

La société aérienne néerlandaise KLM a par ailleurs refusé d'embarquer sept personnes à bord de ses avions, a-t-elle indiqué samedi. "Nous aurions bien aimé les faire voyager avec nous mais cela n'a pas beaucoup de sens, l'entrée du pays leur aurait été refusée", a affirmé à l'AFP une porte-parole de KLM, Manel Vrijenhoek.

Sur les sept personnes, cinq ont pu être prévenues avant leur embarquement, a-t-elle ajouté, refusant de donner des détails sur la nationalité de ces voyageurs, leur aéroport d'origine ou leurs destinations. Deux personnes ont été informées lors d'une escale et KLM leur a offert le voyage de retour, a précisé la porte-parole.

L'Iran décide de représailles

En représailles, l'Iran a décidé d'appliquer la réciprocité, a indiqué le ministère des Affaires étrangères. "La République islamique d'Iran (...), tout en respectant le peuple américain et pour défendre les droits de ses citoyens, a décidé d'appliquer la réciprocité après la décision insultante des Etats-Unis concernant les ressortissants iraniens et tant que cette mesure n'aura pas été levée", a affirmé le ministère dans un communiqué repris par la télévision d'Etat.

Par ailleurs, le bureau du célèbre réalisateur iranien Asghar Farhadi, dont le film "Le client" a été sélectionné aux Oscars 2017, a affirmé que ce dernier n'avait "aucune restriction légale pour se rendre aux Etats-Unis", a rapporté l'agence Isna. "Le réalisateur prendra sa décision d'ici quelques jours", selon son bureau.

Trita Parsi, directeur du National Iranian American Council (qui représente la communauté américano-iranienne) a cependant indiqué que le réalisateur pourrait être empêché d'entrée en raison du décret pris par Donald Trump.

Jeudi, avant que le président américain ne signe son décret, l'actrice iranienne Taraneh Alidousti, 33 ans, à l'affiche du film "Le client" avait annoncé sur Twitter qu'elle boycotterait la cérémonie prévue en février à Hollywood dénonçant une décision "raciste" de Donald Trump.

Les réfugiés également visés

Dans ses restrictions à l'immigration, Washington interdit d'entrer sur son territoire les ressortissants de sept pays musulmans (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) afin de lutter contre les "terroristes islamistes radicaux".

Mais, comme le notent nos confrères du Huffington Post américain, aucun ressortissant de ces pays n'est impliqué dans un attentat sur le sol américain depuis 1975. Par ailleurs, Le Figaro relève que seulement 0,7% des voyageurs se rendant aux Etats-Unis viennent des sept pays visés.

Et ce n'est pas tout. Les Etats-unis vont aussi arrêter pendant quatre mois le programme fédéral d'admission et de réinstallation de réfugiés de pays en guerre, toutes nationalités confondues. Un programme humanitaire ambitieux créé en 1980 et qui n'a été suspendu qu'une seule fois: durant trois mois après le 11-Septembre.

Quant aux réfugiés syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, mais dont seulement 18.000 ont été acceptés aux Etats-Unis depuis 2011, ils seront définitivement interdits d'entrée, jusqu'à nouvel ordre.

Comme l'explique le New York Times, cette situation créé un vide juridique pour certains réfugiés qui étaient dans leur avion pour les Etats-Unis au moment où le décret a été signé. Ils se retrouvent désormais détenus dans des aéroports américains, ce qui pose des problèmes légaux.

Des associations attaquent en justice

Plusieurs associations de défense des droits civiques américaines, dont la puissante ACLU, ont attaqué samedi en justice le décret de Donald Trump.

La plainte contre le président Trump et le ministère de la Sécurité intérieure a été déposée samedi matin devant un tribunal fédéral de New York par l'American Civil Liberties Union et d'autres associations de défense des droits et des immigrés, qui exigent notamment la libération de deux citoyens irakiens interpellés vendredi soir à l'aéroport JF Kennedy sur la base du décret qui venait à peine d'être promulgué.

Selon le texte de la plainte, les deux Irakiens sont détenteurs de visas leur permettant d'entrer légalement aux Etats-Unis, qui attestent que les autorités américaines ont estimé qu'ils ne représentaient pas de menace pour les Etats-Unis. L'un d'eux a travaillé pour des entreprises américaines et pour le consultat des Etats-Unis à Erbil, notamment comme interprète. L'autre devait rejoindre sa femme et son enfant arrivés légalement aux Etats-Unis avec le statut de réfugiés, après que leur famille eut été "associée à l'armée américaine" en Irak.

Des associations de défense des immigrés ont également lancé un appel à manifester au terminal 4 de JFK, rapidement relayé sur les réseaux sociaux. Deux représentants démocrates de New York au Congrès, Jerry Nadler et Nydia Velasquez, se sont rendus sur place pour essayer d'avoir accès aux Irakiens, selon Camille Mackler, une responsable de l'association New York Immigration Coalition, qui participait à la manifestation. Sur Twitter, Jerry Nadler a annoncé que l'un des Irakiens avait été libéré.

Mohamed Eljareh, un chercheur libyen à l'Atlantic Council, craint que le décret n'affecte notamment des gens qui se rendent régulièrement aux Etats-Unis pour leurs études ou travail. "Il est probable que cette mesure ait un impact sur les étudiants libyens aux Etats-Unis et leurs familles, ou des universitaires et chercheurs avec des liens avec les institutions américaines", a-t-il dit à l'AFP.

La compagnie Qatar Airways a indiqué que les citoyens des sept pays concernés par la décision américaine pourront toujours embarquer vers les Etats-Unis s'ils y possèdent un permis de résidence permanent. Mais le département de la sécurité intérieure a fait savoir que les détenteurs de "green cards" étaient également visés par l'interdiction.

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