Maroc: Comment lutter contre la violence sur les réseaux sociaux?

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RÉSEAUX SOCIAUX - Le phénomène est préoccupant. Au Maroc, comme dans plusieurs pays du monde, les réseaux sociaux sont devenus pour certains un défouloir de haine et de violence. Récemment, les victimes marocaines de l'attentat qui a visé une discothèque à Istanbul, la nuit du nouvel an (39 morts), en ont fait les frais.

Comment expliquer cette violence digitale et que faire pour en finir? C'est la question qui a animé le débat organisé jeudi 26 janvier à Casablanca, par le Comité parité et diversité de 2M et 2M.ma, en présence de plusieurs spécialistes du sujet.

Pour Marouane Harmach, consultant en stratégie digitale et auteur de plusieurs études au sujet de la communication politique sur les réseaux sociaux, "la violence numérique n'est pas un phénomène marocain".

"Le trolls, les haters, les harceleurs et les extrémistes existent partout, c'est un fléau mondial. En revanche, la nature de cette violence digitale diffère en fonction du pays, de la religion et d'un certain nombre de choses. Dans certains pays, la violence est plutôt misogyne, c'est le contexte qui pousse à cet aspect là. Chez nous, la violence est plutôt contre la femme et les personnes qui sont en position de faiblesse. Elle est dans la stigmatisation ou le refus de l'autre", explique-t-il au HuffPost Maroc.

Une extension de la violence réelle?

Pour ce dernier, la violence exprimée sur les réseaux sociaux n'est que le reflet de ce qui existe déjà dans la société. "Ce n'est finalement qu'une extension de ce qui se passe dans le monde réel. Cette violence est peut-être amplifiée et exprimée sous de nouvelles formes, mais elle est la continuité naturelle de ce qui se passe dans le réel", a-t-il poursuivi.

La sociologue Nezha Guessous, également présente à la conférence, est du même avis: "La violence digitale est un prolongement de la violence qui existe déjà dans la vie réelle, sauf que dans le web il y a une libération de la parole. C'est un espace dans lequel la censure n'opère pas. Bien sûr, on peut signaler des propos haineux, mais il n'y a pas de mécanismes réels de censure. Ce n'est pas comme sortir dans la rue et faire un discours".

"Cette liberté d'expression ou de parole, n'étant pas encadrée sur le plan juridique mais éthique aussi, donne lieu à une désinhibition d'un certains nombre de choses. On se met à se croire autorisé de dire tout et n'importe quoi", a-t-elle analysée.

Femmes dans le viseur

Revenant sur la vague de commentaires haineux qui a visé les victimes marocaines d'Istanbul, la sociologue marocaine a estimé que le traitement qui leur a été réservées ressemble à celui subi par les victimes de viol.

"Les internautes et même certains médias électroniques se sont comportés avec les victimes de l'attentat comme avec des femmes violées. On leur a demandé ce qu'elles faisaient là-bas au lieu de dénoncer les faits. Si ces victimes étaient des hommes, auraient-ils été traités de la même façon? Je ne pense pas", a-t-elle regretté lors de son intervention.

Autre exemple cité par Nezha Guessous, les critiques dont a fait l'objet Loubna Abidar, l'actrice de "Much Loved" de Nabil Ayouch. "Pourquoi les hommes qui ont joué dans le film n'ont pas été ciblés par les critiques?", s'est-elle interrogée.

Selon elle, "la femme est déjà une cible de discrimination et de violence dans la vie réelle, c'est quelque chose de séculier. Ce n'est pas spécifique à notre société, ça existe dans le monde entier: une femme sur trois a été violentée au moins une fois dans sa vie. C'est donc un prolongement encore une fois démultiplié de la violence".

"Actuellement, il y a un retour vers un certain rigorisme et traditionalisme. Il y a également une radicalisation de toutes les extrêmes, laïques et religieuses. Les premières composantes de la société qui sont ciblées sont les femmes. C'est en elles où se croisent toutes les frustrations et les conflits", conclut-elle.

Une responsabilité commune

Que faut-il donc faire pour lutter contre cette violence? Pour Marouane Harmach, "l'action doit être multiple. C'est la responsabilité de l'Etat, de l'école, de la famille. Les médias ont aussi un rôle à jouer parce que, malheureusement, il y en a qui contribuent dans le nivèlement par le bas dans la recherche du clic et du profit".

harmach

Selon lui, "tout un travail d'apprentissage doit être fait par la société civile pour comprendre les enjeux de ce qui se passe sur le web pour qu'ils puissent contribuer de manière positive à l'éducation de la nouvelle génération pour un usage plus responsable d'Internet".

"On peut avoir tout l'arsenal juridique qu'il faut mais c'est avant tout une question de mentalité et de sensibilisation. Ça commence au sein de la famille, ensuite il y a l'école, la société, la société civile, les médias. C'est vraiment une responsabilité commune et partagée. Nous devons tous transmettre à nos enfants une éducation sans haine, arrêter de juger l'autre", a assuré de son côté Khadija Boujanoui, présidente du Comité parité de 2M, dans une déclaration au HuffPost Maroc.

Selon le dernier rapport Medianet, qui présente les indicateurs clefs sur les réseaux sociaux en Afrique, 13 millions de Marocains utiliseraient Facebook, soit 39% de la population.

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