Huffpost Algeria mg

"Un boycott légitime", un livre de défense du mouvement BDS contre "l'Etat d'exception" israélien

Publication: Mis à jour:
LA FABRIQUE
Couverture du livre
Imprimer

La campagne systématique d’Israël contre le mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) déclarée "menace stratégique majeure", fortement relayée en France jusqu’au niveau du gouvernement, rencontre une vive résistance.

De manière tardive, Fédérica Mogherini, Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, a déclaré en octobre dernier en réponse à une question d’une députée européenne que l’UE "se situe fermement dans le soutien à la liberté d’expression et d’association conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui s’applique sur le territoire des Etats membres de l’UE, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire".

Le livre "Un boycott légitime" d’Eyal Sivan (réalisateur israélien) et d’Armelle Laborie (productrice) publié fin octobre 2016 par les éditions "La Fabrique" est une contribution importante à cette entreprise de déconstruction de la campagne contre le mouvement BDS menée par Israël et ses soutiens en Europe, notamment en France, qui n’ont pas hésité à sortir, une fois de plus, l’accusation infamante – et galvaudée – "d’antisémitisme".

La campagne BDS qui s’inspire très clairement du combat anti-apartheid en Afrique du sud est une action pacifique contre une entreprise de colonisation expansionniste qui avale de plus en plus de territoires palestiniens rendant totalement impossible la solution des deux Etats.

Dans le traitement "spécifique" réservé à Israël en Occident qui le dispense du respect du droit international, les campagnes BDS ont remis les choses à l’endroit malgré une forte propagande hostile et même des incriminations juridiques qui attentent frontalement à la liberté d’opinion et d’expression.

Si l’idée de refuser d’acheter les avocats ou les oranges venus d’Israël ou de ne plus investir dans ce pays, tant que l’occupation militaire et la colonisation de la Palestine perdureront, a fait son chemin, celle de boycotter les institutions culturelles et académiques israéliennes ne va pas de soi en Europe.

La culture et la science sont souvent perçues comme des havres de neutralité, voire des ponts de dialogues, qu’il ne faudrait surtout pas affaiblir. Le livre d’Eyal Sivan et d’Armelle Laborie explique pourquoi ce boycott culturel se justifiait et pourquoi faut-il l'appliquer.

"Pour l’État d’Israël, la principale source d’exportation vers l’Occident n’est pas faite de mandarines ou d’avocats, ni même d’armement ou de systèmes sécuritaires ; l’essentiel, c’est la promotion d’une image, celle de l’ "énergie créative" pour tout ce qui touche à la culture, les produits israéliens comme la littérature, la musique, la danse, le cinéma, l’art, la gastronomie, la science et les technologies, l’architecture etc…" soulignent-ils

Véritable manifeste en faveur d’un boycott culturel et universitaire de l’Etat d’Israël, les auteurs du livre, à coup d'arguments et d'exemples apportent la démonstration que les appels au boycott "ne vont pas à l’encontre de la liberté critique ou de la liberté d’expression, ils en font partie".

Pour eux, "la vitrine culturelle israélienne, comme le prestige international de l’université israélienne, masquent une tout autre réalité : les liens entre cette université et l’institution militaire, le rôle de l’université dans la recherche de nouveaux outils de combat et de renseignement, la discrimination des étudiants palestiniens, l’absence de protestation contre les guerres menées à Gaza…"

En 2015, dixième anniversaire de la campagne BDS, le gouvernement israélien l’a déclarée "menace stratégique majeure" et a investi des efforts considérables, financiers et diplomatiques, pour la contrer.

La campagne BDS a pris une ampleur extrêmement importante sur les plans artistique et universitaire partout dans le monde, surtout aux Etats-Unis, en Angleterre et dans les pays scandinaves.

Au Royaume-Uni par exemple, le Syndicat national des étudiants (NUS), qui représente 7 millions d’étudiants, a adhéré à 100% à la campagne de boycott au point de pousser Israël a lui consacrer toute une stratégie pour la freiner et la mettre en échec.

En mobilisant sa "Hasbara" "l'explication en hébreu" qualifiée par Noam Chomsky, de "propagande israélienne, exprimant la thèse que la position d’Israël est toujours juste quelle que soit la question considérée, et qu’il est seulement nécessaire de l’expliquer" contre le BDS, Israël implique dans cette guerre aussi bien des universitaires que des artistes.

Les gouvernements israéliens ont décidé de renforcer considérablement ce dispositif de la hasbara en le complétant de méthodes directement issues du marketing. Des experts en communication ont conclu que les vieilles images du sionisme (les pionniers, les kibboutzs, le sort des rescapés de la Shoah, etc) ne sont plus "vendables" et qu’il faut éviter l’image d’un pays en guerre pour la promotion de l'Etat hébreu.

Ils ont élaboré des campagnes marketing à l’intention des "consommateurs" des pays occidentaux présentant Israël comme un produit attractif, en mettant en avant sa créativité et ses capacités d’innovation, ainsi que sa proximité avec l’Europe et l’Amérique. Il s’agit de détourner les regards de la réalité, et de "vendre le sionisme, sans parler du sionisme".

Les auteurs du livre démontrent avant tout le rôle de la culture et des universités dans la promotion des politiques de l'Etat colonial. Eyal Sivan et Armelle Laborie se livrent à un grand travail de déconstruction des arguments sur lesquels s'appuient les détracteurs du boycott culturel.

"La culture ne se situe jamais au-delà du politique et l’Etat d’Israël instrumentalise la culture à ses propres fins. Le Ministère israélien des affaires étrangères assume de sélectionner les œuvres à exporter non pas en fonction de leurs qualités artistiques, mais selon l’intérêt qu’elles présentent pour sa promotion", affirment les auteurs.

Les institutions culturelles israéliennes, expliquent-ils tout au long des 181 pages de ce livre, "collaborent constamment aux politiques du gouvernement." Ils montrent avec précision, que l’université israélienne, loin d’être le lieu d’une culture pluraliste et dynamique, non seulement garde le silence sur l’occupation et les crimes de guerre, mais sert d’auxiliaire à l’armée et fabrique des discriminations.

Etre un partisan du boycott universitaire, ce n’est en aucun cas s’opposer aux libertés académiques, c’est au contraire permettre de les développer, d’autant que tel qu’il est défini dans les directives de PACBI (The Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel), le boycott n’empêche nullement la collaboration avec des universitaires israéliens pris à titre individuel.

La culture israélienne, telle qu’elle s’est affichée jouit d’un grand prestige en Occident alors qu'elle "est en complet décalage avec la réalité israélienne". Les écrivains et les cinéastes considérés comme appartenant au "Camp de la paix", très nombreux selon les auteurs, constituent en quelque sorte une "dissidence officielle" qui participe à la représentation d’un État d’Israël juif et démocratique où régnerait la liberté d’expression.

Israël qui se considère et est reconnu comme une démocratie occidentale, revendique cependant un statut singulier l’autorisant à violer impunément les droits humains. Israël jouit donc "d’un statut d’État d’exception".

C’est précisément cette exception qu’il faut boycotter, en exerçant "une pression citoyenne non-violente" pour forcer cet "État à se plier aux exigences du droit international et devenir ainsi un État normal, qui cesse d’être hors-la-loi", soulignent-ils. La campagne BDS qui exige qu’il soit mis fin à l’impunité d’Israël est donc légitime.

Le livre d’Eyal Sivan et Armelle Laborie est une pièce importante dans le rappel de ce qu’est la réalité de la colonisation et de l’importance du combat civique, pacifique mais sans concessions, contre la situation d’exception concédée à Israël pour opprimer les Palestiniens. Il est d’autant plus utile qu’avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche, Netanyahu "se sent des ailes".

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.