Education islamique: Bras de fer idéologique entre Benkirane et les profs de philo

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ÉDUCATION - Le débat autour des nouveaux manuels d'éducation islamique fait boule de neige. Après la mise au point du ministère de l'Education nationale, c'est au tour du chef de gouvernement de publier un communiqué pour répondre à la grogne des professeurs de philosophie qui dénoncent une "wahhabisation" de certains manuels.

"Les nouveaux manuels d’éducation islamique, élaborés conformément aux hautes instructions royales, sont le fruit d’un travail collectif d’une équipe de pédagogues et de membres du conseil supérieur des oulémas", affirme Abdelilah Benkirane. Une réforme "supervisée par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, selon une approche nationale consensuelle irréversible".

Lors du conseil des ministres tenu à Laâyoune en février 2016, Mohammed VI avait exhorté le gouvernement à réviser les programmes et manuels d'enseignement de l'éducation religieuse dans les établissements publics et privés afin "d'accorder une plus grande importance à l'éducation aux valeurs nobles de l'islam, dans le cadre du rite sunnite malékite, qui prônent le juste-milieu, la modération, la tolérance et la cohabitation avec les différentes cultures et civilisations humaines", souligne le communiqué.

Selon le chef du gouvernement, le débat a porté sur un seul manuel scolaire (sur les 29 révisés) "à cause d’une phrase faisant référence à la philosophie, sachant que ce passage a été introduit dans le but de démontrer la pensée extrémiste de son auteur en vue de la débattre".

Fin décembre, des professeurs de philosophie avaient organisé des sit-in dans plusieurs lycées pour dénoncer, entres autres, la présence d'un texte du penseur salafiste du XIIIe siècle Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri dans le manuel d’éducation islamique de la première année du baccalauréat. Il décrivait la philosophie comme une matière contraire à l'islam et synonyme de dépravation.

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"L’objectif n’a été en aucun cas de porter atteinte à la pensée philosophique", ajoute Abdelilah Benkirane, qui rappelle que "le Maroc est réputé être l’un des rares pays à enseigner la philosophie pendant les trois années de l’enseignement secondaire".

Des arguments également avancés par le ministère de l'Education nationale, mais jugés insuffisants par l'Association marocaine des enseignants de philosophie (AMEP). "Nous n'avons pas remis en cause la présence d'un seul texte mais les trois manuels d'éducation islamique du niveau secondaire en général, sur lesquels souffle l'idéologie wahhabite", expliquait Abdelkarim Safir, président de l'AMEP au HuffPost Maroc.

"Le ministère met de côté le vrai problème. Nous attendions une refonte totale de l'éducation islamique pour en faire une éducation religieuse, ouverte aux autres religions, pour donner aux élèves la chance de se libérer des préjugés", avait-il ajouté.

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