Carences stratégiques, finances sous perfusion... La Cour des Comptes descend la SMIT

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DRISS JETTOU
Driss Jettou, premier président de la Cour des comptes | Lehtikuva Lehtikuva / Reuters
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TOURISME- Quand il s’agit de relever les carences des établissements et institutions publiques, la Cour des comptes (CC) fait rarement dans la dentelle. La juridiction présidée par Driss Jettou a tout simplement dézingué la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT). Que ce soit au niveau des décisions stratégiques, des résultats de prospection ou de la situation financière, le rapport publié le 17 janvier est une véritable gifle pour le management de l’entreprise publique.

"Les études stratégiques réalisées par la SMIT depuis sa création portaient uniquement sur des actions en relation avec sa propre réorganisation. Elles ne détaillent pas le processus de mise en œuvre des différentes composantes des Visions publiques en matière de tourisme", indique le rapport de la CC. Ajoutant que "les études appelées 'schémas directeurs' ou 'veilles' se limitent à des inventaires des tendances de valorisation et de consommation de produits touristiques au niveau mondial, plutôt que d’être des études spécifiques avec des descriptions détaillées des processus de réalisation de tels produits touristiques sur des sites déterminés au niveau national".

Ce à quoi le département du tourisme, autorité de tutelle de l’établissement, a répondu que "les ressources financières mises à la disposition de la SMIT ne permettent pas à cette dernière de mener l’ensemble des études d’une manière détaillée. En effet, ce n’est qu’une fois le financement acté que les études sont réalisées de manière approfondie".

L’absence de ressources, un argument récurrent

Au niveau de la prospection financière, le rapport de la Cour soutient que les "nouveaux contacts ont été menés essentiellement sur la zone MENA, soit près de 60% de l’ensemble des actions. Les résultats ont été modestes, puisque seulement trois conventions ont été signées".

Le bilan des participations aux forums est néant en termes de conventionnement. "Il a été relevé aussi à ce titre que le site Internet de la SMIT n’est pas encore pourvu en données, même sommaires, concernant les projets touristiques à placer auprès des investisseurs".

Remarque qui a fait tiquer l’autorité de tutelle qui argue que "les indicateurs de performance de réalisation du produit touristique montrent que l’intervention de la SMIT a été d’une valeur ajoutée considérable pour drainer les investissements touristiques et susciter l’intérêt des donneurs d’ordre. La SMIT dispose d’une parfaite maitrise des canaux de promotion et techniques de commercialisation à travers une maitrise du produit et des attentes des investisseurs".

Le département gouvernemental revient encore sur "l’insuffisance des ressources financières mises à la disposition de la SMIT, qui n’ont pas permis à cette dernière d’accélérer la cadence de diversification des marchés émetteurs de l’investissement et de participer plus activement à la promotion des investissements touristiques".

Finances sous perfusion

Le coup de grâce a été l’analyse de la situation financière de l’entreprise. Selon la Cour des comptes : «Sur toute la période 2010-2014, le résultat d’exploitation est négatif malgré l’appui budgétaire annuel de l’Etat. Aussi la SMIT n’assure pas un niveau régulier de produits d’exploitation qui varient sur la période étudiée en dents de scie. Ces derniers suivent en effet le rythme des ventes de terrains dont elle dispose et qui constituent sa principale source de revenus».

En outre, la SMIT reçoit annuellement une subvention du Ministère de tourisme de 19,7 millions de dirhams. En 2014 «celle-ci a reçu 25 millions, en sus de la subvention annuelle, pour financer sa participation au capital de la société STAVOM (Société d’Aménagement de l’Oued Martil)». La tutelle a eu alors pour seule réponse «qu’il est nécessaire de créer pour la SMIT une taxe ou un fonds de recette lui permettant de financer les activités de promotion et d’ingénierie touristique».

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