Abdessalam Ouaddou : "Je fais partie de la dernière génération de joueurs dotée d'un certain esprit patriotique"

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ABDESSALAM OUADDOU SOUS LES COULEURS MAROCAINES
Abdessalam Ouaddou sous les couleurs marocaines | DR
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INTERVIEW- Ex-pensionnaire de la sélection marocaine entre 2000 et 2010, Abdessalam Ouaddou revient sur son passé de défenseur central chez les Lions de l'Atlas. Interrogé par le HuffPost Maroc, il livre une analyse pointue de la situation actuelle du football marocain et précise les tenants et les aboutissants de la nouvelle organisation de la Coupe du Monde de football qui prend effet en 2026, passant de 32 à 48 nations participantes.

Puisque l’actualité s’y tient, une question s’impose: en tant qu’ex-joueur des Lions de l’Atlas, avez-vous un commentaire concernant la défaite du Maroc lors du 1er match de la CAN 2017 face à la RDC ?

Nous n'avons pas fait une bonne entrée en matière. Je considère pourtant que la RDC est un adversaire largement à notre portée. Nous avons manqué de réussite, notamment avec la frappe sur la barre de Boussoufa dès l'entame de match. Mais il faut avouer que les Congolais ont été plus efficaces que nous. En perdant la première rencontre on a grillé un joker. Le match de vendredi est déjà crucial pour la suite de la compétition, je doute qu'un match nul nous suffise pour nous qualifier.

Vous qui avez servi la sélection pendant 10 ans, comment voyez-vous l'avenir des Lions de l'Atlas, accusent-ils en ce moment une période de crise ?

Je ne dirais pas qu'on est en crise, le mot est trop fort. Après une période intéressante entre 1986 et 2004, oui nous sommes rentrés dans une sorte de récession, et là il faut se poser les bonnes questions. Il faut que les cadres de la Fédération arrivent à développer le football sur le sol marocain. Malheureusement la société évolue, aujourd'hui il y a 98% de joueurs formés dans les centres de formation européens.

Ça n'était pas le cas au début des années 2000…

Non puisque la troisième génération de la diaspora établie en France avait toujours un pied au Maroc. Quand on faisait appel à eux, ils venaient avec beaucoup d'entrain pour représenter leur pays. À mon sens, je fais partie de la dernière génération de joueurs dotée d'un certain esprit patriotique. On pouvait compter sur nous pour relever le drapeau national et porter avec fierté les couleurs du Maroc. Aujourd'hui la quatrième, la cinquième génération a grandi en France, en Italie, en Espagne ou en Hollande. C'est donc tout à fait légitime de vouloir représenter leurs pays natals. C'est toute la problématique de l'émigration vers l'Europe, on se retrouve avec des binationaux qui doivent faire un choix difficile. L'exemple le plus récent se résume avec le cas de Sofiane Boufal.

Quel est le problème avec les binationaux ?

Quand on choisit un pays, on doit le choisir avec fierté, avec détermination, avec l'envie vraiment de se battre à 1000% pour le pays qu'on choisit. On ne doit jamais choisir un pays par défaut, généralement ce genre de choix à long terme n'aboutit pas à une réussite. Prenons le cas d'un joueur franco-marocain, il va forcément se poser la question de l'Équipe de France, et c'est légitime parce qu'il est né en France. Il se sent donc autant Français que Marocain. Mais si c'est pour venir à reculons, il est déjà dans l'erreur.

Le fait de faire appel sans cesse à des binationaux ne relève-il pas un autre problème ?

Si, bien sûr ! Il va falloir à un moment donné que le Maroc sorte de cette dépendance et se mette à former son joueur local, de manière à se créer un vivier national. Je sais que la FRMF a pour projet de construire 5 pôles fédéraux, répartis dans 5 régions du Maroc. J'ai également appris que 11 centres de formation allaient bientôt voir le jour. Mais pour mener à bien tous ces projets, il va falloir également des dirigeants compétents pour gérer toutes ces infrastructures, des cadres techniques, et des managers dans l'unique but de former de bons joueurs marocains.

Que pensez-vous du passage à 48 participants pour la Coupe du Monde ?

D'un point de vue attractif c'est dommage parce que ça fait perdre du prestige et du niveau. Ça va être très pauvre parce qu'il y aura forcement des équipes qui n'ont pas le niveau international.
C'est ce qui se passe en Ligue des Champions, on a permis à des clubs d'un niveau moyen d'y accéder et on voit souvent des scores démesurés entre les grosses et les petites équipes. C'est ce qui se passera à coup sûr quand la FIFA aura adopté cette nouvelle formule.

Ne pensez-vous pas que c'est la seule solution pour faire évoluer le football africain ?

Si certains pays développent les infrastructures alors oui. Mais pour le moment, il y a très peu de nations africaines qui sont compétitives sur le plan international. Le jour où la FIFA aidera l'Afrique à développer son football, alors certaines équipes éclateront au grand jour, c'est certain. Je pense et j'espère que l'organisation à 48 va permettre de représenter l'Afrique à une plus grande échelle.

Aujourd'hui quelle est la place des nations africaines à la Coupe du Monde ?

Si l'on regarde la répartition des participations, la Coupe du Monde n'est vraiment pas équitable. A chaque édition, le continent européen présente 13 équipes, alors que le continent africain qui comptabilise 56 fédérations de football ne présente que 5 équipes. On peut dire ouvertement que la politique de la FIFA est en quelque sorte discriminatoire. Mais pour moi, le football prône d'autres valeurs que le business.

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