Suite à leur fermeture, les écoles Gülen traduisent l'Etat en justice

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GULEN CASABLANCA
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EDUCATION - L’information avait fait le tour du web. Le 5 janvier, un communiqué laconique du ministère de l’Intérieur sommait tout simplement les écoles du Groupe «Mohamed El Fateh», lié à l’Imam Fethullah Gülen, de fermer. Selon le communiqué «les investigations (…) ont montré qu’ils utilisent le secteur de l’enseignement pour répandre l’idéologie de ce groupe et des idées contraires aux principes du système éducatif et religieux marocains».

Sauver l’année scolaire de 2500 élèves

«La direction de l’école, soutenue par les parents d’élèves, a alors saisi par écrit le ministère de l’Enseignement afin de trouver une solution alternative pour sauver l’année scolaire des 2500 élèves inscrits dans les différentes écoles», explique au HuffPost Maroc Mostafa Ayar, l’avocat du Groupe scolaire du réseau turc. «Seulement, aucune réponse n’a été notée, laissant ainsi dans le flou total des milliers de familles et des centaines d’employés (corps enseignant et cadres administratifs compris)». C’est ainsi que les dirigeants du groupe ainsi que leurs conseils ont décidé de contester la décision du ministère de l’Intérieur devant trois tribunaux administratifs : celui de Casablanca, de Rabat et de Fès. Ses principaux arguments ? L’avocat explique que le ministère de l’Intérieur n’a «aucune compétence pour décider de la fermeture d’un établissement scolaire puisqu’il n’en est pas l’autorité de tutelle».

Pour lui, il s’agit d’un manquement au principe de base de «parallélisme des formes», qui veut que ce soit l’autorité ayant livré l’autorisation d’exploitation qui devrait prendre la décision de la fermeture». D’après les dirigeants du Groupe Scolaire, l’autorisation leur a été donnée en 1994, et en 22 ans, «aucune remarque quant à l’inadéquation de notre enseignement aux normes du ministère n’a été faite».Il s’agit là d’une contradiction majeure avec les termes du communiqué du ministère de l’Intérieur qui indique clairement que la décision de fermeture fait suite au «non-respect des avertissements du ministère de l’Enseignement quant aux dysfonctionnements enregistrés».

Dysfonctionnements juridiques face à la raison d’Etat

Si plusieurs dysfonctionnements juridiques peuvent effectivement être notés, force est de constater que l’existence d’un «Soft Power» güleniste via les écoles d’enseignement est loin d’être un fantasme du Président turc Reccep Tayyip Erdogan. Si le plus gros du réseau se trouve en Asie centrale, le mouvement de l’Imam turc en exil a créé en Europe des centaines d’associations qui proposent des cours de soutien scolaires à des enfants souvent – mais pas exclusivement – issus de l’immigration turque et de milieux sociaux défavorisés. En plus de travailler à l’intégration des populations les plus vulnérables, des entrepreneurs influencés par les idées de Fethullah Gülen ont créé des écoles privées en France, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas et même en Europe du Nord. Celles-ci dispensent une éducation en conformité avec les normes et les programmes prévus par les autorités nationales. Par ailleurs, le nombre d’étudiants formés dans les écoles de Fethullah Gülen inscrits dans les universités turques, mais aussi américaines, n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui.

La nature religieuse du mouvement n’apparaît pas dans les pays d’accueil. Défenseur d’un islam modéré, Gülen n’a jamais cherché à ériger de mosquée, à ouvrir une madrasa ou à diffuser sa foi dans le monde de manière ostentatoire. Plus que le discours religieux, ce qui intéresse le mouvement c’est d’être influent, d’où la stratégie de séduction des élites partout où il est présent, sans prendre position sur les sujets qui divisent. Le mouvement n’a par exemple pas pris position dans les débats sur le voile ou la place de l’islam dans les sociétés européennes.

Autant dire que les autorités veulent endiguer ce raz-de-marée idéologique mais risquent cependant de se frotter à la logique procédurale des tribunaux. A suivre…

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