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Ces déclarations qui montrent que le passage de Barack Obama à Donald Trump va changer le monde du tout au tout

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DONALD TRUMP PUTIN
Pedestrians cross the street behind a billboard showing a pictures of US president-elect Donald Trump and Russian President Vladimir Putin in Danilovgrad, Montenegro, November 16. 2016. REUTERS/Stevo Vasiljevic | Stevo Vasiljevic / Reuters
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INTERNATIONAL - Les ennemis deviennent amis et inversement. L'arrivée ce vendredi 20 janvier à la Maison Blanche de Donald Trump, novice en politique et jugé imprévisible, ouvre une période de grande incertitude pour le monde en général et l'Europe en particulier.

Les dernières déclarations du président élu américain, mais aussi celles du président russe Vladimir Poutine, du secrétaire d'Etat américain en place John Kerry ou du vice-président Joe Biden, montrent que l'ordre mondial va drastiquement changer, comme ne s'y est pas trompé le magazine français Le Point avec sa dernière couverture. Voire prendre un virage à 180 degrés.

Dernier en date, Joe Biden a animé le World Economic Forum de Davos ce mercredi 18 janvier, avec des propos forts sur la Russie:

La principale menace (...) provient d'acteurs externes qui s'emploient à fracturer l'ordre libéral international. Je ne vais pas mâcher mes mots, ce mouvement est conduit principalement par la Russie."

Le démocrate a ensuite rappelé que "malgré certaines déclarations récentes, l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique nord, NDLR) bénéficie d'un immuable soutien bipartisan aux Etats-Unis". Une déclaration en réponse à la position de Donald Trump au sujet de l'Alliance atlantique, qu'il avait qualifiée "d'obsolète" et "dépassée" avant son élection. Bref, le vice-président actuel tient publiquement un discours diamétralement opposé à celui de Trump, qui sera président dès ce week-end.

Avant cela, Joe Biden, qui aura effectué dans son intégralité les deux mandats aux côtés de Barack Obama, avait commencé son discours à Davos par une annonce promettant de potentielles révélations dans un futur proche.

Ukraine, Russie et Syrie

En attendant la semaine prochaine et les prises de positions sans langue de bois du futur-ex-vice-président, on se contentera de ce qu'il dit aujourd'hui. Et on est déjà loin d'une passation dans la continuité et la cohérence.

En ce début de semaine, Joe Biden s'est effectivement rendu à Kiev pour une dernière visite officielle en Ukraine. Une venue loin d'être anodine, visant à soutenir ce pays, comme l'a fait Barack Obama tout au long de la crise qui l'a opposé à la Russie. "Les Américains et les Ukrainiens sont unis par des liens profonds", a affirmé Joe Biden, ajoutant que "l'Ukraine, comme tout pays en Europe, a le droit de définir sa propre voie [et que] la Russie semble nier ce choix". "Oui, l'agressivité actuelle de la Russie est une menace de premier ordre, à la fois pour les Etats-Unis et l'Ukraine", a alors renchéri le président ukrainien Petro Porochenko.

Problème: Donald Trump, qui a prôné à plusieurs reprises un rapprochement avec le Kremlin, avait provoqué l'inquiétude de Kiev, qui accuse la Russie de soutenir les séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine, ce que Moscou dément. Ici aussi, les discours des administrations Obama et Trump semblent incompatibles.

Comparé à Barack Obama, Donald Trump ne cache pas en effet sa sympathie pour Vladimir Poutine et s'est montré longtemps réservé sur la thèse des services de renseignement américain d'une ingérence russe à son profit dans l'élection du 8 novembre.

Autre signal de rapprochement: Trump pourrait lever des sanctions décrétées contre la Russie et renforcées il y a quelques jours encore par Obama. En retour, Vladimir Poutine défend le président élu américain. Mardi 17 janvier, il a balayé les informations diffusées par certains médias américains selon lesquelles les services secrets russes ont espionné Trump à Moscou dans le but de le faire chanter. Pour Poutine, ces informations détenues dans un rapport visent simplement à "saper la légitimité du président élu" malgré sa victoire "convaincante".

Le volet russe est aussi étroitement lié au conflit syrien. A propos de l'intervention militaire de Moscou aux côtés de l'armée de Bachar al-Assad, Donald Trump "pense (ainsi) que c'est un truc très dur, (que) c'est une très mauvaise chose"."Nous avons eu une chance de faire quelque chose (...) et rien ne s'est passé", constate-t-il dans un entretien publié ce lundi 16 janvier par les quotidiens britannique Times et allemand Bild. Une critique à peine voilée de la passivité assumée de Barack Obama dans ce conflit qui s'enlise, la pire tragédie humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Chine et dollar

En Asie, la position des Etats-Unis à l'égard de la Chine est aussi sujette à des changements sauf si Pékin bouge ses pratiques en matière de taux de change, a averti Donald Trump.

"Tout est sur la table, dont (la politique) de la Chine unique", a-t-il dit dans un entretien donné vendredi 13 janvier au Wall Street Journal. Le président élu justifie son approche ouverte à l'égard de Taïwan et notamment un appel téléphonique avec la présidente de ce pays auquel les Etats-Unis ont "vendu l'an dernier 2 milliards de dollars d'équipement militaire de dernier cri". Et "on ne serait pas autorisé à accepter un appel téléphonique?", s'insurge-t-il.

Parmi les propos récents de Donald Trump susceptibles de bouleverser l'ordre mondial, on retient aussi dans le même entretien au WSJ les inquiétudes du futur chef d'Etat sur la force du dollar, ce qui a eu pour conséquence de déclencher un brusque affaiblissement du billet vert.

Brexit et Berlin

Sur l'Europe aussi, la position américaine semble devoir changer du tout au tout. Dans l'entretien du 16 janvier pour Times et Bild, Donald Trump a déchaîné les passions après avoir estimé que le Royaume-Uni a "eu bien raison" de quitter une Union européenne selon lui dominée par l'Allemagne. Il a prédit que le Brexit serait un "succès" et que d'autres pays quitteraient l'UE. Il même promis un accord commercial "rapidement et dans les règles" avec Londres.

John Kerry a dénoncé des "propos déplacés", François Hollande a répondu sèchement au président élu et Manuel Valls a parlé d'"une déclaration de guerre" à l'Europe.

Il faut dire que ces propos tranchent avec ceux de Barack Obama, qui avait lui annoncé que le Royaume-Uni se retrouverait au bout de la file d'attente pour conclure des accords commerciaux avec les Etats-unis si jamais il quittait l'UE.

Au forum économique de Davos, John Kerry a d'ailleurs transmis ce mardi 17 janvier un message plein de sous-entendus à l'adresse des pays européens: "Je ne sais pas où va la nouvelle administration (américaine). Mais mon message, mes amis en Europe, (...) est que l'Europe doit croire en elle-même."

Dans son entretien à Bild et au Times, Donald Trump a aussi envoyé un tacle à l'Allemagne en particulier, affirmant qu'Angela Merkel avait commis "une erreur catastrophique" en ouvrant son pays aux migrants en 2015.

Face à cette polémique naissante avec l'un des pays leaders à l'échelle mondiale, l'un des membres de l'équipe de transition de Trump a tenté d'éteindre le début d'incendie depuis Davos. "Il (Trump) souhaite avoir une très bonne relation avec Angela Merkel et aussi avec le président russe Vladimir Poutine", a répondu Anthony Scaramucci à des journalistes qui l'interrogeaient sur le sujet. "Dans les six prochains mois, dans le courant de l'année, les relations avec l'UE seront plus fortes que jamais", a-t-il assuré. Rien n'est moins sûr.

Avec le milliardaire comme président, les Etats-Unis "concentreront leur intérêt sur la Chine, la Russie, l'Iran et l'auto-proclamé Etat islamique", prédit en effet le think tank Carnegie Europe. "Et quand bien même Washington s'engagerait avec l'Europe, cela se ferait probablement avec certains pays à titre individuel. Quand un dirigeant s'opposera à son ordre du jour, le gouvernement de Trump pourrait bien chercher à jouer un Européen contre un autre", analysent Stefan Lehne et Heather Grabbe, experts de Carnegie, dans une note publiée récemment.

D'où l'urgence pour les dirigeants européens de s'"unir" pour avoir une voix plus forte, plus assurée sur la scène internationale, comme l'ont fait remarquer nombre d'entre eux, Angela Merkel et François Hollande en tête.

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