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Brexit: Les 4 menaces voilées du discours de Theresa May

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THERESA MAY
POOL New / Reuters
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BREXIT - La première ministre britannique Theresa May a tenu ce 17 janvier un discours très attendu sur sa vision du Brexit. Sortie du marché unique, contrôle de l'immigration, nouveaux accords douaniers... Comme elle l'avait dit, il sera "hard".

Mais elle s'est surtout employée à présenter le Brexit sous un jour positif, comme un vote ouvert et tourné vers l'avenir, plutôt que comme un repli identitaire et sur le passé. "Nous quittons l'Union européenne, pas l'Europe", a-t-elle déclaré, ajoutant que le Royaume-Uni veut être son "meilleur ami et voisin".

Un ton bonhomme qui ne doit pas faire oublier l'essentiel. Le Royaume-Uni est prêt à défendre ses intérêts coûte que coûte, comme le montre le douzième et dernier point de son plan, qui conclut son discours par un avertissement.

Ce serait "un acte d'autodestruction calamiteux" si un Etat membre de l'UE cherchait un accord punitif sur le Brexit

Si la prospérité du Royaume-Uni dépend de l'Union européenne, Theresa May a pris soin de rappeler que la réciproque est vraie.

Une lecture attentive de son discours montre que, derrière les déclarations de bonnes intentions, il est en réalité truffé de menaces plus ou moins voilées envers l'Union européenne. Si Bruxelles veut lui mettre des bâtons dans les roues, Theresa May sait déjà comment lui répondre.

1. Nous pourrons peut-être faire un effort pour le budget de l'UE
  • Le discours

"Et parce que nous ne serons plus membres du Marché unique, nous ne serons pas tenus de verser des sommes énormes au budget de l'UE. Il y a peut-être des programmes européens spécifiques auxquels nous pourrions vouloir participer. Si c'est le cas, et ce sera à nous d'en décider, il est raisonnable que nous apportions une contribution appropriée."

  • La réalité

La sortie du Royaume-Uni de l'UE sera un choc pour son budget, entraînant un déficit de plus de 10 milliards d'euros par an, présageant un "marchandage difficile" entre les 27 pour le combler, selon une étude de l'Institut Jacques Delors, publiée le 16 janvier.

Sauf... Si le Royaume-Uni continuait de participer à certains programmes européens et donc d'apporter une contribution, comme la Norvège. C'est cette carotte qu'agite Theresa May, avec peut-être quelques milliards d'euros par an à la clé.

2. Et si nous traitions les ressortissants de l'UE comme n'importe quels immigrés...
  • Le discours

"La Grande-Bretagne est un pays ouvert et tolérant, nous sommes toujours favorables à l'immigration, (...). Mais le message du public avant et pendant le référendum a été claire: le Brexit doit signifier le contrôle du nombre de personnes venant d'Europe en Grande-Bretagne, et c'est ce que nous allons faire."

"Nous voulons garantir les droits des citoyens de l'UE qui vivent déjà en Grande-Bretagne (...). J'ai dit aux autres dirigeants de l'UE que nous pouvions donner aux gens la certitude qu'ils voulaient tout de suite et conclure un tel accord maintenant."

  • La menace

Quand on pense quota d'immigration, on pense toujours aux pays pauvres, à la main d'œuvre peu qualifiée... Pas forcément aux travailleurs européens. Pourtant, le nombre de ressortissants intra-UE a explosé ces dernières années.

Selon l'Office of national statistics, équivalent de l'Insee, environ 830.000 Polonais résident au Royaume-Uni aujourd'hui, contre 58.000 en 2001. Mais aussi 286.000 Allemands, 162.000 Italiens, 153.000 Français, 140.000 Portugais, 125.000 Espagnols... Tous en forte augmentation ces cinq dernières années.

Dans le pire des scénarios, le Royaume-Uni aurait le pouvoir non seulement de restreindre les nouvelles arrivées, mais aussi d'en renvoyer chez eux.

3. Si vous touchez à la City, gare à votre industrie automobile
  • Le discours

"Cet Accord peut reprendre des éléments de l'actuel Marché unique dans certains domaines - par exemple l'exportation de voitures et de camions ou la liberté de fournir des services financiers au-delà des frontières nationales - tant il est absurde de repartir de zéro quand la Grande-Bretagne et les Membres restants de l'Union ont adhéré aux mêmes règles pendant tellement d'années."

  • La menace

Ne touchez pas à mes banques, je vous laisse tranquille avec vos voitures. Les "exemples" de Theresa May sont particulièrement bien choisis. La City rêve de conserver son accès privilégié au continent. La question du passeport européen y est centrale, c'est lui qui permet aux banques étrangères installées à Londres de vendre leurs services dans toute l'Union.

En face, l'industrie automobile est au moins aussi vitale à l'économie allemande. Volkswagen, BMW, Mercedes, Porsche, ou Opel, représentent près de 40% de ses exportations, et emploient près d'un salarié sur sept. Or, le Royaume-Uni est le deuxième client à l'export de l'Allemagne (14%), juste après les Etats-Unis (16%).

Il serait vraiment dommage de voir ce chiffre fondre sous l'effet des barrières douanières, ou d'une chute excessive de la livre sterling... Une menace qui concerne aussi l'Espagne et la France.

4. Et surtout, n'oubliez pas l'importance de notre armée...
  • Le discours

"Je suis fière du rôle que la Grande-Bretagne a joué et continuera de jouer dans la sécurité européenne. La Grande-Bretagne a mené l'Europe aux mesures nécessaires pour maintenir notre continent en sécurité - soit en appliquant des sanctions contre la Russie suite à son action en Crimée, œuvrant à la paix et la stabilité des Balkans, ou en sécurisant les frontières extérieures."

"La Grande-Bretagne et la France sont les deux seules puissances nucléaires d'Europe. Nous sommes les deux seuls pays européens dotés d'un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Les forces armées britanniques sont un élément crucial de la défense collective de l'Europe."

  • La menace

Il n'y a pas de défense européenne qui vaille sans la Grande-Bretagne. Son armée bénéficie du premier budget militaire européen (52,4 milliards d'euros en 2015), devant la France (43,7 milliards), et l'Allemagne (34,2 milliards).

Comme Theresa May le rappelle subtilement, seul ce duo a la capacité opérationnelle pour contenir les poussées de fièvre de l'armée russe (62 milliards d'euros de budget).

Cet aspect du Brexit est moins mis en avant que les accords commerciaux et l'immigration, il est pourtant tout aussi important. "Sur un plan stratégique, cela va affecter l'Union européenne, a confié Olivier de France, spécialiste des questions de défense et de sécurité européenne à l'IRIS, à 20 Minutes. Une Union à 27 sans le Royaume-Uni qui est un des seuls pays avec la France à avoir l'arme nucléaire et une armée de pointe, sera forcément amoindrie au niveau diplomatique."

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