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Benkirane peut-il se permettre d'avoir un parlement dirigé par l'opposition?

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PARLEMENT MAROCAIN
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MAJORITÉ - Mardi 16 décembre, Habib El Malki, député de l'Union socialiste des forces populaires (USFP) a été élu président du parlement. Soutenu par le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Mouvement populaire (MP), le Parti authenticité et modernité (PAM) et l'Union constitutionnel (UC), il a décroché 198 voix sur les 342 exprimées.

La tactique du président du RNI Aziz Akhannouch de pousser vers l'élection d'El Malki visait, en premier lieu, à faire accepter à Abdelilah Benkirane l'entrée de l'USFP au gouvernement. Si jusqu'à présent, les informations qui circulent laissent à penser que le chef du gouvernement est prêt à accepter l'entrée de l'Union constitutionnelle (UC) au gouvernement, mais pas celle de l'USFP, Benkirane finira-t-il par dire oui à l'entrée du partie de la rose à l'exécutif?

Le fait que les deux chambres du parlement soient dirigées par l'opposition risque "de créer une situation intenable pour le chef du gouvernement", commente une source parlementaire contactée par le HuffPost Maroc. S'il a assuré qu'il se placera "à égale distance de tous les partis politiques", il n'en reste pas moins que Habib El Malki a été porté par une coalition hétéroclite rassemblant les partis politiques du G8 (RNI, MP, UC et PAM), dont les intérêts divergent avec le bloc de négociation formé par le PJD et le PPS, épaulés par l'Istiqlal.

Les parlementaires contactés par le HuffPost Maroc estiment que la présidence de la Chambre des représentants par l'USFP et de la Chambre des conseillers par le PAM pourrait constituer un facteur de blocage. "Je n'irai pas jusqu'à affirmer que le chef du gouvernement perdra tout contrôle sur l'appareil législatif, puisque des membres de son parti sont représentés au bureau de la Chambre des représentants et président des commissions, mais le perchoir est stratégique. C'est un organe de coordination et de prise de décision qui, s'il agit à contre-courant des intérêts de l'exécutif, pourrait faire barrage au gouvernement, voire constituer un facteur de blocage", estime un député de l'Istiqlal.

Ce dernier garde néanmoins espoir de voir la présidence de la première chambre échoir à une autre formation politique, et fait part de deux éventualités qui pourraient accélérer cela. La première est que le Conseil constitutionnel invalide le siège de Habib El Malki. Ce dernier fait l'objet de recours déposés devant le Conseil constitutionnel, dans lesquels il est accusé d'avoir utilisé des drapeaux du Maroc lors de sa campagne. Les lois électorales interdisent l'usage des symboles nationaux lors des campagnes électorales.

Si le Conseil constitutionnel ne donne pas suite aux recours des candidats, ou déboute ceux-ci, il est à attendre que le bloc politique formé par le PJD, le PPS et l'Istiqlal prenne son mal en patience en attendant la session d'avril 2018, au cours de laquelle un nouveau président de la première chambre sera élu.

Le président de la chambre des représentants est officiellement le numéro trois de l'organigramme après le roi et le chef du gouvernement. Il est membre de plusieurs Conseils, dont le Conseil de régence. Il touche un salaire et des indemnités confortables. Il dispose d'une caisse noire et bénéficie de l’immunité parlementaire, entre autres avantages.

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