Huffpost Maroc mg

Droits humains: 2016, une "année de réforme et de répression au Maroc" selon HRW

Publication: Mis à jour:
PROTESTATION MOROCCO
A demonstrator holds a sign as she takes part in a demonstration in the city of Casablanca, on February 25, 2016. Teachers protest through the streets against the two new decrees reducing their stipends and job security during a demonstration organised by trainee teachers. The sign reads, "Do not persecute teachers". REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
Imprimer

DROITS HUMAINS - Si en 2016, le Maroc a promulgué des lois visant à promouvoir la libre expression et les droits des travailleurs domestiques, entre autres, il a aussi "restreint les activités" des associations locales et organisations internationales de défense des droits humains.

C'est en somme le constat dressé par Human Rights Watch (HRW) sur la situation des droits de l'homme dans le royaume pour l'année écoulée.

Dans son "Rapport mondial 2017", rendu public jeudi 12 janvier, l'organisation internationale commence par rappeler qu'un nouveau code de la presse a été adopté par le Parlement marocain en juillet dernier. "L'élimination de la peine de prison comme sanction représente une avancée par rapport au code de la presse de 2002".

Les "lignes rouges"

Le nouveau code punit toutefois "encore de nombreux délits d’expression non violente par des amendes et des suspensions judiciaires de publications ou de sites web", regrette HRW, soulignant que le code pénal marocain punit toujours une "variété de délits d’expression non violente".

Mais encore. "Cinq jours avant l'adoption du nouveau code de la presse, le parlement a renforcé les dispositions du code pénal, imposant la prison aux personnes qui franchissent les 'lignes rouges' marocaines de longue date - 'causant un préjudice' à l'islam, à la monarchie, à la personne du roi, à la famille royale, et à l'intégrité territoriale du Maroc", relève l'organisation internationale.

La réforme juridique a aussi maintenu la prison pour punir les insultes à l’égard des corps constitués et pour "apologie du terrorisme". La prison pour diffamation et insulte à des dignitaires étrangers et pour la publication de mauvaise foi de 'fausses nouvelles', a cependant été éliminé, se félicite HRW.

Des journalistes étrangers expulsés

Dans son rapport, l'organisation s'est également penchée sur l'expulsion des journalistes étrangers du Maroc comme c'était le cas en avril dernier, avec une équipe du "Petit Journal" de Canal Plus. Celle-ci voulait faire un reportage dans la ville de Beni Mellal, sur le procès des deux homosexuels arrêtés après avoir été violemment agressés par leurs voisins.

Après avoir filmé quelques scènes, le journaliste Martin Weill et son caméraman se sont faits interpeller par les autorités marocaines dans la ville. Ils n'avaient pas demandé d'autorisations de tournage, à cause de la longueur de la procédure. Après plusieurs heures à la préfecture de Beni Mellal, les deux journalistes ont passé la nuit au poste de police de l'aéroport de Casablanca avant d'être renvoyés vers la France le lendemain matin.

L'expulsion en novembre 2015 de Rik Goverde, journaliste indépendant pour les quotidiens néerlandais NRC et AD, "au motif qu'il n'avait pas de carte de presse" est également évoquée. Pourtant, Goverde "avait fait des demandes réitérées pour obtenir une carte depuis son arrivée au Maroc en octobre 2013, mais il n'a jamais reçu de réponse", souligne l'organisation.

Outre l'expulsion des médias étrangers, HRW remet en cause la "liberté d'assemblée et d'association" au Maroc.

Selon elle, "les autorités marocaines ont maintenu des restrictions étroites à l’égard de l’Association marocaine des droits humains (...) entravant la plupart des activités de ses nombreuses sections locales, tout en refusant à Human Rights Watch et à Amnesty International la permission de mener des missions de recherche officielles au Maroc".

Pour ce qui est des rassemblements, les autorités "ont toléré de nombreuses manifestations et rassemblements réclamant des réformes politiques et protestant contre les actions gouvernementales, tout en dispersant certaines, malgré leur caractère pacifique", écrit HRW dans son rapport.

L'article 489 dans le viseur

Parmi les points noirs cités dans le rapport, il y a aussi l'application de l'article 489 du code pénal marocain qui interdit les" actes impudiques ou contre nature avec un individu du même sexe".

Les tribunaux marocains ont continué à emprisonner des personnes pour conduite homosexuelle en application de cet l’article, rappelle HRW, citant notamment le cas des deux hommes victimes de lynchage à Béni Mellal et des deux adolescentes arrêtées à Marrakech, "signalées pour avoir échangé des caresses dans un domicile privé".

Pour HRW, la "pénalisation de l'adultère et des relations sexuelles consensuelles entre personnes non mariées" a aussi un "impact discriminatoire en matière de genre, les victimes de viol risquant ainsi de faire l’objet de poursuites si leurs accusations ne sont pas maintenues".

Les avancées que le Maroc a réalisées dans le domaine des migrations, avec notamment la délivrance à plus de 500 réfugiés de permis de résidence, ou encore des droits des femmes, avec le passage de l'âge minimum légal du mariage de 15 à 18 ans, ont également été citées dans le rapport de HRW.

Par ailleurs, sur le plan mondial, l'organisation s'inquiète de la "montée dangereuse du populisme dans le monde". Pour elle, l'arrivée au pouvoir de "dirigeants populistes" aux Etats-Unis, en Europe et dans le monde menace la démocratie et les droits de l'homme.

La campagne électorale de Donald Trump, élu le 8 novembre dernier, est une "illustration frappante des politiques d’intolérance", a estimé l'association.

Les hommes politiques comme lui "s’en prennent aux réfugiés, aux immigrés et aux minorités et les accusent de tous les maux.La vérité est souvent l’une de leurs premières victimes", conclut le rapport.

LIRE AUSSI: