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Ahmed Abbadi: "Il faut donner aux jeunes les moyens de déconstruire les discours extrémistes"

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AHMED ABBADI
Ahmed Abbadi: "Il faut donner aux jeunes les moyens de déconstruire les discours extrémistes" | Capture d'écran
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DÉRADICALISATION - Après sa plateforme "Arrabita Academy", visant à diffuser des points de vue "éclairés" sur le savoir religieux, la Rabita Mohammadia des Oulémas vient de lancer un site interactif dédié à la jeunesse pour lutter, entre autres, contre les discours extrémistes. A travers le site Chababe.ma, l'instance entend "démystifier" les messages de haine diffusés par les groupes terroristes comme Daech, notamment via Internet et les réseaux sociaux. Entretien avec Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita.

HuffPost Maroc: Vous avez lancé le site Chababe.ma. A qui s'adresse-t-il?

Ahmed Abbadi: C'est un travail de longue haleine. Nous souhaitons, à travers ce site interactif, nous adresser à la jeunesse marocaine pour combattre les comportements à risque, notamment les discours haineux ou extrémistes, mais également les "fake news" ou alerter sur les maladies sexuellement transmissibles. Il s'agit d'informer et de conscientiser les jeunes à travers des capsules vidéo, des émissions radio, des court-métrages et des articles. On a besoin de donner à notre jeunesse des moyens de déconstruire et démystifier certains discours en offrant un discours alternatif. On ne peut plus se permettre de rester passifs à l'heure où le virtuel prend le pas sur le réel. Ce n'est pas un site donneur de leçons, mais un site de partage et d'inspiration mutuelle.

Le combat pour lutter contre ces discours extrémistes doit-il passer uniquement par Internet pour toucher la jeune génération?

Non, nous avons également développé des jeux vidéos, des bandes dessinées et des dessins animés autour des mêmes thématiques, qui seront bientôt lancés. Nous sommes également en train de travailler pour communiquer davantage sur ces initiatives.

Suite à l'attentat qui a visé une boîte de nuit d'Istanbul le 1er janvier dernier, une avalanche de commentaires haineux s'est abattue sur les jeunes victimes marocaines présentes. Comment peut-on lutter contre ce genre de messages?

Ici, on appelle cela les "réfractions perceptionnelles". Une réfraction, c'est lorsqu'un rayon passe d'un niveau (l'air) à un autre niveau (l'eau). Il y a une rupture entre les deux. On ne perçoit pas de manière juste la nature de ce rayon qui passe d'un niveau à un autre. C'est la même chose lorsque quelqu'un analyse mal un événement, comme celui de l'attentat d'Istanbul. Notre travail, c'est de corriger cette réfraction, pour que les gens puissent percevoir les événements et les problématiques d'une manière aussi juste que possible. Ces internautes n'ont pas perçu la réalité de la chose. Ils se sont basés sur des stéréotypes, des préjugés, pour émettre des jugements, des commentaires ou des tweets extrêmement violents.

Les discours de haine ne sont pas seulement présents sur internet. La radicalisation peut également se faire dans d'autres lieux physiques, comme les prisons, qui sont difficilement contrôlables...

Nous sommes justement en train de travailler de manière très étroite avec l'administration pénitentiaire. On a des programmes de formation d'éducateurs, des "oulémas-relais", envoyés auprès des détenus mais aussi des employés de prison. 1.300 cadres agissent ainsi au sein du milieu pénitentiaire pour pouvoir faire face aux discours de haine qui ont été plantés dans les cerveaux des détenus, mais aussi de certains fonctionnaires travaillant dans les prisons. Des kits de formation ont été ainsi élaborés et on projette d'avoir 22.000 personnes formées à la fin de l'année 2017.

Au niveau des écoles, quel travail la Rabita fait-elle pour alerter sur ces discours de haine?

On a une unité qui travaille avec l'enfance, jeune et moins jeune, au sein des jardins d'enfants, des écoles primaires, des collèges et des lycées. Les outils de travail diffèrent en fonction des publics concernés. Cela peut être des activités collectives, des bandes dessinées, des jeux vidéos mais aussi des missions de terrain au sein de milieux défavorisés ou pour venir en aide aux jeunes dans les villages reculés.

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