Réseaux sociaux: 13 millions d'utilisateurs Facebook au Maroc

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RÉSEAUX SOCIAUX - Les Marocains sont friands de Facebook. C'est ce que confirme en le dernier rapport Medianet sur les indicateurs clefs des réseaux sociaux en Afrique. D'après cette étude, 13 millions de Marocains utiliseraient Facebook, soit 39% de la population. Le pays est ainsi le cinquième plus gros utilisateur du réseau de Mark Zuckerberg en Afrique, derrière l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Algérie et l'Egypte et son son impressionnant 33 millions d'utilisateurs.

Cependant avec ses 39% d'utilisateurs, le Maroc reste loin derrière ses voisins Maghrébins du point de vue du nombre d’utilisateurs en pourcentage de la population. Ainsi 42,99% des Algériens ont un compte Facebook et en Tunisie plus de la moitié de la population est connecté au réseau.

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Les hommes plus connectés que les femmes

Parmi ces 13 millions d'utilisateurs, 65% sont des hommes, contre 35% de femmes. Une différence que nous explique Yasser Monkachi, fondateur de l'agence Social Impulse et consultant digital senior, "ce n'est pas choquant à mon sens de constater cette disparité dans une région du monde que l'on connaît patriarcale par essence".

Entermes de tranches d’âge, les 18-24 ans sont visiblement biens plus connectés que leurs ainés puisqu'ils représentent 39% des utilisateurs Facebook. Les 25-34 ans représentent de leur coté 28% des utilisateurs.

Les autres réseaux à la traine

Si la popularité de Facebook n'est plus à confirmer au Maroc, l’utilisation d’Instagram, l’application spécialisée dans le partage de photos et de vidéo reste assez marginale. Bien que le Maroc soit classé 3ème en Afrique, seuls 1,9 millions de Marocains l’utilisent, soit 5,7% de la population. Il en est de même pour la Tunisie et l’Algérie qui comptent respectivement 8% et 4% d’utilisateurs parmi leur population.
ce qui fait tous de même du pays troisième en Afrique.

L'étude de Medianet évoque également le réseau social professionnel Linked In, qui malgré son utilisation par seulement 29 341 000 d’africains connait cependant une progression de 25% depuis 2015. Contrairement à ses voisins du Maghreb, le Maroc figure au top 5 des pays africains utilisateurs de ce réseau, en 4ème position.

Grand absent de cette étude, Twitter. Une absence qui n'étonne pas Yasser Monkachi "le média reste élitiste sous nos cieux et sur notre toile, ce qui est dommageable car il aurait pu être porteur d'une grande valeur ajoutée informationnelle et communicationnelle".

Pour mieux comprendre la relation des Marocains aux réseaux sociaux, nous avons interrogé Yasser Monkachi, fondateur de l'agence Social Impulse et consultant digital senior. Avec ce dernier, le HuffPost revient plus en détail sur les statistiques révélées par le rapport de Medianet precedemment cité, mais également sur la place qu'occupe Facebook auprès des internautes marocains.

Interview de Yasser Monkachi, consultant et formateur médias sociaux: "Pour certains Marocains, internet c'est Facebook"

HuffPost Maroc: Les hommes sont plus présents sur Facebook que les femmes, comment expliquer cette disparité? Les femmes sont-elles plus actives?

Yasser Monkachi: Ce n'est pas choquant à mon sens de constater cette disparité dans une région du monde que l'on connaît patriarcale par essence. Bien qu'elle soit révélatrice d'un point de vue sociologique, cette disparité est à imputer aussi au niveau de maturité digitale de la société. Le plus important n'est en fait pas la présence mais justement ce que l'on fait d'un réseau social, ce que l'on produit et crée collectivement. Ici, ni le nombre, ni le sexe, ne s'avèrent importants mais l'intelligence sociétale et collective. Un réseau c'est ce que vous en faîte ! Ce niveau de maturité et d'intelligence conduit souvent à des comportements et à des usages peu constructifs avec un manque flagrant de civisme 2.0: chat, troll, conflits, diffamations, bad buzz, ce qui ne rend service en fin de compte à personne sinon à Facebook qui voit le nombre de ses utilisateurs, et par conséquent ses revenus, augmenter exponentiellement.

- Comment expliquer la différence entre le Maroc et la Tunisie où plus de 50% de la population utilise Facebook?

En effet, le taux de pénétration de Facebook est spectaculaire en Tunisie. Notez qu'il l'est aussi en Algérie et au Maroc faisant de cette région l'une des plus connectées au réseau de Mark Zuckerberg. Je ne sais s'il faut s'en réjouir ou s'en inquiéter. Je pencherai plutôt vers le mauvais côté de la chose car d'une part ce n'est ni une compétition ni une ruée ver l'or, c'est tout simplement un nouveau média parmi d'autres, qui a désormais son poids et son importance, mais qui ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. En campant presque exclusivement sur Facebook, les Maghrébins sont de ce fait pénalisés sur le plan de l'objectivité mais aussi de la pluralité. Les marques vont aussi suivre cette tendance en donnant plus d'importance à Facebook et en consacrant son hégémonie, ce qui n'est pas sans conséquence sur le comportement des utilisateurs. Pour certains Marocains, Internet c'est Facebook. Ce dernier n'étant ni un moteur de recherche, ni un journal avec une ligne éditoriale... mais tout simplement un agrégateur de personnes et de contenus qui a réussi à se hisser au rang du réseau social incontesté du grand public.

- Pourquoi Instagram est si peut utilisé? (5,9 % de la population à un compte, plus faible disparité entre les hommes et les femmes)

Pourquoi les Maghrebins sont sur les réseaux sociaux ? Une étude qualitative est nécessaire pour répondre d'une manière scientifique et pragmatique à cette question. Mais je pourrais vous assurer qu'ils ne sont pas, pour la plupart, sur ces réseaux pour produire mais pour consommer du contenu. Ils ne sont pas sur Instagram car d'une part ils sont en masse sur Facebook et qu'ils ne souhaitent pas de redondance quant au partage de photos. D'autres part, faut-il souligner le caractère artistique réechantant le Polaroïd d'Instagram, lequel aurait tendance à freiner bon nombre d'utilisateurs à l'affût de "simplicité" et de contacts plus que de contenu. La force Facebook n'est peut être pas le contenu mais les utilisateurs. Son accessibilité et sa grande popularité fait en sorte qu'il soit prisé par le plus grand nombre. Instagram n'étant pas l'apanage du maghrébin lambda, il l'est pour un bon nombre d'utilisateurs avertis et de communautés d'artistes et de photographes émergeants sur la toile et dont les œuvres inspirées sont à couper le souffle. À noter que Facebook avait déjà mis la main sur ce réseau il y a quelques années déjà.

- Linkedin devient-il un réseau social à part entière?

Après le naufrage de Viadeo, LinkedIn devient LE réseau social par excellence. Ce n'est pas par hasard qu'il a été racheté par Microsoft. Les Marocains utilisent en masse depuis déjà quelques années ce réseaux professionnel pour mettre en ligne leurs CV et désormais pour construire leurs marques professionnelles. Avec ses nouvelles fonctionnalités, LinkedIn permet à tout un chacun de disposer d'une présence en ligne et de co-créer du contenu à travers des statuts, des articles et des commentaires. Le réseau permet aussi de bâtir une réelle eReputation à travers les recommandations et les endorsements. Le paradis pour celles et ceux souhaitant se démarquer et rayonner sur le plan professionnel. D'où l'engouement des Marocains pour ce réseau garantissant un vrai retour sur investissement et minimisant les pertes de temps et d'énergies. Un bon nombre d'utilisateurs de Facebook feraient bien de transférer leurs chantiers digitaux sur Linkedin avant qu'il ne soit trop tard.

- Qu'en est-il de Twitter?

Twitter est sans doute le parent pauvre des médias sociaux au Maroc et au Maghreb. Le nombre d'utilisateurs est par contre assez honorable en Egypte, un peuple que l'on connaît familier de l'écriture comme de l'oral, mais il n'est pas aux propensions occidentales où il est le média d'influence par excellence. Le média reste élitiste sous nos cieux et sur notre toile ce qui est dommageable car il aurait pu être porteur d'une grande valeur ajoutée informationnelle et communicationnelle. Utilisé par une poignée d'initiés, il reste hors de portée d'une bonne partie de la population, qui comme pour Facebook, Hespress ou 2M préfère se contenter d’un seul média référent.

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