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Polémique sur les cours de philo: "Le ministère de l'Education met de côté le vrai problème"

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RACHID BELMOKHTAR
Polémique sur les cours de philo: la mise au point (partielle) du ministère de l'Education |
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PHILOSOPHIE - Trois semaines après la levée de boucliers d'enseignants de philosophie contre les nouveaux manuels d'éducation islamique, le ministère de l’Education nationale apporte des précisions. Une mise au point jugée insuffisante par l'Association marocaine des enseignants de philosophie (AMEP).

En 2016, le ministère de l'Education nationale a opéré un vaste "nettoyage" des manuels scolaires. Cette opération visait à retirer tous les contenus sexistes ou violents des programmes éducatifs et à mettre l'accent sur "l'éducation aux valeurs de l'islam tolérant" dans les livres religieux.

Pour le département de Rachid Belmokthar, "des préjugés ont été émis sur les réalisations de cette opération de révision des manuels scolaires, occultant de manière totale les changements profonds qui ont concerné le curriculum de l’éducation islamique", explique-t-il dans un communiqué publié le 10 janvier.

"L’extrait du manuel scolaire objet de la polémique concerne une seule citation présentée dans le module 'foi et philosophie' et utilisée comme illustration d’une position considérée par les auteurs dudit manuel comme violente envers la philosophie", indique le ministère.

Fin décembre, des professeurs de philosophie avaient organisé des sit-in dans plusieurs lycées pour dénoncer, entres autres, la présence d'un texte du penseur salafiste du XIIIe siècle Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri dans le manuel d’éducation islamique de la première année du baccalauréat. Il décrivait la philosophie comme une matière contraire à l'islam et synonyme de dépravation.

"L’utilisation de cette citation fait partie d’un scénario pédagogique encadré par des 'questions orientées' pour amener les élèves à faire des comparaisons entre les contenus de cette position décrite comme violente et des positions différentes qui considèrent que la raison et la pensée sont des outils pour aboutir à la vérité", ajoute le ministère.

Selon Fouad Chafiki, directeur des curricula au sein du ministère de l'Education, le choix d'utiliser un texte de Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri visait à en faire un "objet de réflexion", confiait-il au Monde fin décembre. "Ce n’est pas un enseignement doctrinal, les élèves sont incités à réfléchir, non pas à épouser une seule doctrine. Nous voulons mettre en place un débat social dans les classes", s'était-il justifié.

"Le ministère met de côté le vrai problème"

Des explications qui ne suffisent pas, pour Abdelkarim Safir, président de l'AMEP et inspecteur principal de philosophie. "Nous n'avons pas remis en cause la présence d'un seul texte mais les trois manuels d'éducation islamique du niveau secondaire en général, sur lesquels souffle l'idéologie wahhabite", explique-t-il au HuffPost Maroc.

"Le ministère met de côté le vrai problème. Nous attendions une refonte totale de l'éducation islamique pour en faire une éducation religieuse, ouverte aux autres religions, pour donner aux élèves la chance de se libérer des préjugés", poursuit-il. "Les manuels se sont refermés sur des positions orthodoxes qui n'ont pas leur place dans l'école ni dans la culture marocaine. Ce n'est que comme cela que nous réussirons à former de vrais citoyens du monde", se désole-t-il.

Dans son communiqué, le ministère rappelle que le Maroc est l’un des rares pays qui enseigne la philosophie comme discipline obligatoire pour tous les élèves pendant les trois années du cycle secondaire, à raison de deux à quatre heures par semaine selon les filières et les options.

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