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Qui est Eric Vo Toàn, l'architecte vietnamien qui a conçu le Mausolée Mohammed V?

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ERIC VO TON
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ARCHITECTURE - Eric Vo Toàn, ce nom vous est sûrement étranger mais vous connaissez forcément certains de ses nombreux édifices architecturaux. Le mausolée Mohammed V, le siège de l'agence Maghreb arabe presse (MAP), le complexe culturel d’El-Jadida, la salle omnisports de la capitale ainsi que la mosquée Badr à Rabat en font partie, en plus de nombreuses autres mosquées disséminées dans plusieurs villes du royaume. Retour sur le parcours du plus marocain des architectes vietnamiens, qui s'est éteint en 2004, à l'âge de 80 ans.

Marocco Rabat - Mausoleum Mohammed V

Sa passion pour l'architecture, il en fait la découverte dans sa prime jeunesse. Né en 1924 au Cambodge, fils d'une famille originaire de Hô Chi Minh-Ville --qui, à l'époque, se nommait Saïgon-- Eric Vo Toàn quitte son pays natal en 1945, à l'âge de 21 ans. Il travaille alors dans un paquebot durant plusieurs mois.

En 1946, il débarque en France. "Vo Toàn a eu des débuts un peu difficiles à Paris", rapporte Le Courrier du Vietnam dans un article consacré à la vie de l'architecte. Non-qualifié, n'ayant pas de diplôme, il rêve néanmoins de devenir architecte. Le contexte de l'époque lui en donnera l'occasion, car au lendemain de la seconde guerre mondiale, "la France avait besoin d’architectes. Il a donc tenté le concours d’entrée à l’École des Beaux-arts de Paris, et a été admis", poursuit Le Courrier du Vietnam.

Il saisit l'opportunité de son admission à l'Ecole des Beaux-arts et travaille avec acharnement. Il se distingue des autres étudiants, et ses efforts sont couronnés de succès quand il décroche, en 1954, le Grand Prix de Rome.

Mais l'obtention du prix par un Vietnamien ne reçoit pas un accueil très favorable. Jean-Marie Vo Toàn, fils de l'architecte, explique au journal édité par l'Agence vietnamienne d'information qu'à cette époque, "les Français ont subi une défaite sur le champ de bataille en Indochine, à Dien Bien Phu". Le gouvernement français ne souhaitant pas qu'un vietnamien reçoive une aussi prestigieuse distinction, "une partie du conseil du Prix de Rome a demandé à mon père de prendre la nationalité française, ce qu'il a refusé, par amour envers son pays", rapporte Jean-Marie Vo Toàn.

"Donnez-moi un billet de cinq dirhams"

Malgré l'obtention du Grand Prix de Rome, Eric Vo Toàn ne trouve pas de travail en France. C'est au Maroc qu'une opportunité s'offre à lui en 1961: la conception du stand d'exposition du Vietnam à la Foire internationale de Casablanca. A cette occasion, une rencontre fortuite changera sa vie: le jeune Hassan II, alors fraîchement intronisé, visite le stand. Conquis par la conception et le style du stand vietnamien, il demande à rencontrer l'architecte et lui propose de concevoir un mausolée pour feu Mohammed V. Vo Toàn répond alors au monarque: "Donnez-moi un billet de 5 dirhams, je vous fais un petit dessin tout de suite", rapporte son fils au Courrier du Vietnam.

Il s'agirait plutôt d'un billet de dix dirhams. A l'époque, ces billets comportaient un dessin de la Tour Hassan et de son esplanade, avec, à gauche, un portrait de Mohammed V, et à droite, une zone blanche. C'est dans cette zone blanche qu'Eric Vo Toàn a élaboré, en une demi-heure, une esquisse préliminaire de ce qui deviendra le mausolée Mohammed V.

Un chantier difficile

Quelques mois plus tard, les dessins détaillés sont approuvés par le roi Hassan II, et Eric Vo Toàn est chargé de construire le mausolée.

L'architecte recrute alors environ 400 artisans marocains, qui prennent part au chantier. "Parfois, il tombait malade à cause du travail dans les conditions climatiques assez difficiles du lieu", témoigne son fils. Néanmoins, poursuit Jean-Marie Vo Toàn, il "veillait à ce que chaque partie, chaque décoration, chaque pierre, chaque détail soit parfaitement ouvragé".

En 1971, après dix ans de travaux, la construction du mausolée est finalisée. En plus de la dépouille de Mohammed V, le mausolée a, par la suite, accueilli celles du prince Moulay Abdallah et du roi Hassan II.

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