Huffpost Maroc mg

Ces 4 graphiques prouvent que le bilan économique de Barack Obama n'est pas si bon que ça

Publication: Mis à jour:
Imprimer

ECONOMIE - L'heure n'est pas à l'auto-critique. Ce 10 janvier, Barack Obama doit prononcer son dernier discours de président des Etats-Unis. Une lettre publiée le 5 janvier esquisse son état d'esprit: la défense de son bilan, y compris le redressement économique.

Et pourtant... "Huit ans après la crise financière, le chômage est à 5%, les déficits baissent, le PIB augmentent. Pourquoi tant d'électeurs s'estiment laissés-pour-compte?" Dans une analyse prémonitoire du bilan économique des deux mandats Obama, le New York Times a planté le décor dès le mois d'avril. Alors qu'est-ce qui cloche dans le bilan d'Obama alors que tous les indicateurs semblent au vert?

Car il est clair que les Américains n'y ont pas trouvé leur compte. Ce n'est pas un hasard si Donald Trump a gagné le 8 novembre grâce aux Etats traditionnellement démocrates de la région des Grands Lacs. Le candidat républicain a trouvé les mots pour séduire les laissés pour compte de l'industrie automobile.

Cela n'a pourtant rien d'intuitif. Entre la prise de fonction d'Obama en janvier 2009 et fin 2016, le chômage a baissé de 8,3% à 4,9%, après un pic à presque 10% en 2010. Depuis la récession de 2009, la croissance du PIB oscille entre 1,6 et 2,6%. C'est beaucoup moins que dans les années 90 et 80, mais un François Hollande rêverait de pouvoir en dire autant.

Pour le président qui a hérité des Etats-Unis juste après la chute de Lehmann Brothers, il y a de quoi avoir le sentiment du devoir accompli. Surtout si l'on considère "que les choses auraient pu être bien, bien pire", comme il l'a confié au NYT.

Mais derrière ce panorama réconfortant, voilà quatre graphiques qui permettent de comprendre pourquoi les électeurs de gauche ont lâché Hillary Clinton et le parti démocrate.

PIB : Mieux que la France,à jeu égal avec le Royaume-Uni et l'Allemagne

Faire mieux que la France de François Hollande, toujours engluée dans des records d'impopularité, est-ce vraiment une performance? Depuis son arrivée à la Maison Blanche, l'Amérique de Barack Obama a toujours affiché une croissance supérieure à la France, parfois d'un rien (0,1 point de plus en 2011).

En revanche, le bilan est moins glorieux si on fait entrer le Royaume-Uni et l'Allemagne dans la danse. En dehors de la récession, les Etats-Unis n'ont fait mieux qu'en 2012 et 2016. Au final, c'est un match nul avec ces deux grandes puissances européennes: l'Allemagne a fait très fort en 2010-2011, le Royaume-Uni en 2013-2014.

Croissance annuelle du PIB en %. Source: OCDE.

Chômage : une baisse en trompe-l'œil

Voilà un phénomène qui semble inimaginable en France: voir la population active diminuer. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle n'a cessé d'augmenter partout en Europe, notamment grâce à l'arrivée des femmes sur le marché du travail.

Pourtant, aux Etats-Unis, malgré la croissance économique, malgré l'immigration, elle ne cesse de baisser. Plus précisément, c'est le taux de participation à la population active qui baisse, c'est-à-dire la part des Américains qui font partie de la population active (travailleurs et chômeurs en quête d'emploi). Il est au plus bas depuis 1985.

Comme le taux de chômage est calculé en rapportant le nombre de chômeurs à la population active, plus celle-ci est petite, plus le taux est bas.

Ce phénomène traduit une réalité cruelle. "Les conditions sur le marché de l'emploi semblent donc pousser de nombreux Américains vers l'inactivité", concluent les économistes Raphaël Bécanne et Pierre Sabatier. Initié à la fin des années 90 par le vieillissement de la population et l'allongement des durées d'études, il s'est aggravé avec la crise.

A force d'échouer dans leur quête d'emploi, les chômeurs cessent d'actualiser leur situation auprès de l'administration. Cela se traduit parfaitement dans l'explosion du nombre de travailleurs découragés recensés par le Bureau of Labour Statistics. Après un boom de 165% entre 2008 et 2010, il ne reflue que lentement...

La précarité bat des records

La précarité, les Américains connaissent, non? Tout le monde a en tête ces employés qui arrivent au bureau le matin, et repartent le soir avec leurs affaires sous le bras. "You're fired!", comme le disait si bien Donald Trump dans "The Apprentice" ("Tu es viré!").

Pourtant, même les Américains ne sont pas habitués à de tels niveaux de précarité. Entre 2008 et 2013, le nombre de personnes contraintes de travailler à temps partiel faute de mieux a explosé de 87%, passant de 1,38 à 2,6 millions.

Si leur nombre a commencé à refluer, cette précarisation a fait des dégâts parmi les moins diplômés. "De plus en plus d'Américains sont devenus locataires. Le taux de propriété est au plus bas depuis 30 ans", explique l'économiste Olivier Delamarche, fondateur de Platinium Gestion.

LIRE AUSSI: Piratages durant la présidentielle: Obama annonce des représailles contre la Russie