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Blocage gouvernemental : et si l'impasse était (une partie) de la solution ?

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MOROCCAN PEOPLE
People from the Moroccan community welcome French president and the Prince of Morocco as they arrive to take part in a ceremony marking 70th anniversary of the liberation of the French Mediterranean island of Corsica, in Bastia, October 4, 2013. REUTERS/Miguel Medina/Pool (FRANCE - Tags: POLITICS ANNIVERSARY) | Lucy Nicholson / Reuters
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POLITIQUE- Le Maroc vit au rythme des interminables tractations pour la constitution d’une majorité, suite à la nomination de Abdelilah Benkirane le 10 octobre dernier au poste de chef de gouvernement.

Si de nombreux observateurs insistent sur le coût politique et économique de ce blocage dont le point d’orgue a été l’annonce de la fin des discussions entre Benkirane et Akhannouch dimanche soir, peu s’intéressent aux potentiels effets positifs que pourrait avoir cette période de transition pour le pays. Certes, l’on peut regretter les retards que prendra la commande publique, dont dépendent nombre d’entreprises, ainsi que l’atonie d’administrations ministérielles dépourvues de leadership. Mais au delà de ces aspects conjoncturels, trois enseignements positifs peuvent malgré tout être retenus de cette période.

Enseignement 1# : Le modèle marocain est résilient

Au terme de 100 jours de négociations difficiles, ponctuées de rapports de force, de roman-feuilleton autour de la participation de l’Istiqlal, puis de l’UC et de l’USFP, un constat s’impose : le Maroc a traversé cette période sans escalade entre les acteurs, à l’exception de joutes verbales ou de « guerre des communiqués », qui semble être devenue le nouveau médium de communication des partis politiques. En bref, le pays a continué à avancer.
Si cela est d’abord à mettre au crédit du pôle de stabilité institutionnelle que constitue la monarchie, il faut aussi souligner que le Maroc est en train de vivre une expérience nécessaire pour son cheminement démocratique et pour « faire vivre » la constitution de 2011. Cette dernière, somme toute, est encore très jeune, et avait peut-être besoin qu’apparaissent des tensions entre partis politique pour souligner certaines de ses insuffisances. En trois mois, constitutionalistes, acteurs de la société civile, et autres penseurs ont exprimé leurs points de vue – souvent contradictoires- mais auront contribué à faire avancer le débat.

Enseignement 2# : La politique marocaine peut encore réserver des surprises

Mal aimé, souvent conspué par les marocains sur les réseaux sociaux, l’homo politicus marocain a perdu énormément de crédit au cours de la décennie passée, comme l’illustre le faible taux de participation aux élections. Pour certains, les partis politiques marocains feraient tous partie d’une vaste symphonie dont la partition serait écrite à l’avance. Les récents évènements viennent de batte en brèche cette théorie, illustrant la capacité de certains hommes politiques de prendre l’opinion à contre courant.
De surcroit, depuis le scrutin du 7 octobre, l’on assiste à ce qui ressemble à une prise de conscience collective qu’un renouvellement des personnels politiques est désormais inévitable. Entre l’arrivée de Aziz Akhannouch, présenté comme nouvel homme providentiel d’un front commun RNI-UC, les volte-face de Hamid Chabat et ses errances sur la Mauritanie, la politique est à nouveau sur le devant de la scène, tenant en haleine l’opinion publique.

Enseignement 3# un modèle plus efficace peut émerger de la crise

Bipolarisation. C’est le mot sur toutes les lèvres suite au blocage des négociations pour la composition d’une majorité de gouvernement. Evoquée brièvement par feu Hassan II au début des années 90, elle est présentée comme la solution idoine à la fragmentation du champ politique marocain par certains experts. Sans aller jusque là, les évènements récents ont montré la nécessité d’organiser des alliances entre familles idéologiques avant la tenue des élections, pour éviter au pays le spectacle de marchandages de boutiquiers. De cette crise pourrait donc, peu à peu, émerger un système d’alliances plus efficace qui irait dans le sens de la création de deux grands pôles. Toutefois, dans cette configuration, une inconnue – de taille- subsiste. En effet, il ne resterait à la gauche marocaine que très peu d’espace pour exister. Cette dernière serait prise en tenaille entre deux mouvements (d’un côté PJD-Istiqlal, de l’autre RNI-PAM-UC-MP) qui partagent un socle néo-libéral autour de la conception de l’économie, mais qui divergent sur le modèle sociétal. Au final, l’aspect le plus salutaire de cette crise réside dans le fait que les marocains semblent s’intéresser à nouveau, à la politique…

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