Blocage gouvernemental: un scrutin, deux hommes, trois possibilités

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AKHANNOUCH BENKIRANE
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TRACTATIONS - Comme dans un mauvais roman-feuilleton, le film des tractations pour la composition d’une majorité de gouvernement au Maroc n’en finit pas de rebondir, aboutissant cette fin de semaine sur un énième blocage suite au refus du chef du gouvernement désigné, Abdelilah Benkirane, d’intégrer dans la coalition l’UC et l’USFP, tous deux alliés avec Aziz Akhannouch, patron du RNI.

Ce dernier devait, en principe, donner au chef du gouvernement une réponse définitive quant à sa participation au gouvernement suite à la mise à l’écart de l’Istiqlal en début de semaine, censée ouvrir la voie aux discussions techniques pour composer l’exécutif.

Las, la volonté de Abdelilah Benkirane de rendre coup pour coup après le bras de fer imposé par Akhannouch autour de la participation de l’Istiqlal place désormais les deux hommes face à leurs responsabilités et ne laisse plus que trois possibilités pour sortir de la crise qui prévaut. En effet, près de 100 jours après les élections législatives, c’est peu dire que le temps joue désormais contre les protagonistes en place.

Scénario 1# Benkirane accepte l’entrée de l’UC et de l’USFP

"Inimaginable" selon des sources proches du chef du gouvernement, l’entrée de l’UC et de l’USFP au sein de la coalition gouvernementale permettrait probablement la composition d’un gouvernement dès la semaine prochaine. Sauf qu’elle consacrerait Akhannouch comme co-gestionnaire du gouvernement et celui dont dépend la solidité de l’alliance.

Pour Benkirane, cela signifierait une fragilisation importante de sa position alors même que les relations entre les deux hommes – bien qu’ils s’en défendent - n’ont jamais été fluides. Si une mission de bons offices a été confiée à Nabil Benabdallah, chef du PPS, chargé de rapprocher les points de vue, le flou le plus total plane quant aux chances de succès de cette dernière.

Scénario 2# Akhannouch refuse d’entrer au gouvernement, une autre majorité se compose

Peu probable, ce scénario verrait un retour à la case départ, lorsque Abdelilah Benkirane tentait de composer une majorité incluant l’Istiqlal. Sauf que dans cette configuration, il lui manquerait les sièges du Mouvement Populaire et de l’USFP pour espérer atteindre la majorité. Or, ces deux partis ont désormais lié leur sort à celui du RNI et il serait risqué pour eux d’opérer une énième volte-face, au risque de perdre le peu de crédit qu’il leur reste aux yeux de l’opinion.

Scénario 3# Benkirane jette l’éponge

Alors que le quotidien Akhbar Al Yaoum, réputé proche du leadership du PJD, se faisait l’écho aujourd’hui du fait que Abdelilah Benkirane aurait d’ores et déjà signé sa démission, et que cette dernière n’attendrait plus que son paraphe, l’on voit mal comment le chef du gouvernement désigné pourrait éviter de rendre son tablier s’il n’arrivait pas très rapidement à composer une majorité de gouvernement.

Outre une opinion publique exaspérée, et un pays entier suspendu au redémarrage de l’exécutif, il est désormais clair que le Palais ne laissera pas perdurer un mois de plus cette phase de négociations. Il y a deux semaines, Mohammed VI envoyait deux de ses conseillers intimer au chef du gouvernement de se dépêcher. Cette fois, si Abdelilah Benkirane devait recevoir à nouveau la visite d’émissaires du chef de l’Etat, ce serait vraisemblablement pour réceptionner cette fameuse lettre de démission, écrite mais non signée.

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