Huffpost Maroc mg

Gouvernement : ce que cache la reconduction de la majorité gouvernementale

Publication: Mis à jour:
BENKI
DR
Imprimer

TRACTATIONS- C’est au terme d’un faux suspense de 24H que le parti de la Justice et du Développement (PJD) a confirmé par un communiqué laconique hier soir que le chef désigné du Gouvernement, Abdelilah Benkirane, poursuivrait désormais les négociations de composition de l’exécutif en se cantonnant exclusivement aux quatre partis de la majorité sortante : PJD, PPS, RNI, et MP.

De facto, cela signifie que le futur gouvernement ne devrait pas voir figurer en son sein des membres de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) ou de l’Union Constitutionnelle (UC), comme cela avait été un temps envisagé au cours des 100 derniers jours.

Toutefois, par l’une de ces subtilités politiques dont seul le Maroc a le secret, cela ne signifie pas pour autant que ces deux partis basculeront systématiquement dans l’opposition, à l’image du Parti de l’Istiqlal, qui a d’ores et déjà affirmé son soutien au gouvernement bien que n’obtenant aucun maroquin.

Ainsi, de manière arithmétique, si l’on prend en compte uniquement les partis représentés au futur gouvernement, Abdelilah Benkirane dispose d’une majorité très étriquée avec 201 sièges au parlement ( PJD : 125 + RNI : 37 + MP : 27 + PPS : 12). Toutefois, si l’on ajoute les 46 sièges de l’Istiqlal, les 20 de l ‘USFP et les 19 de l’UC, cette majorité parlementaire devient plus que confortable. Dans ce contexte, deux questions se posent : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pourquoi gouverner avec une majorité étroite alors que l’on peut en constituer une plus large ?

Au sein de la coalition, cette situation risque de créer quelques frictions. En effet, selon une source proche de la direction du Rassemblement National des Indépendants (RNI), contactée par le Huffpost Maroc, le fait que l’Union Constitutionnelle aie été exclue des négociations par Benkirane embarrasse le leadership du parti de la Colombe, les deux formations politiques ayant décidé de former un groupe parlementaire commun avant que les tractations pour la formation du gouvernement n’entrent dans leur dernière phase.

Le paradoxe de l’UC : dans la majorité mais hors du gouvernement

Toujours selon cette même source « Sajid (Patron de l’UC) a été embarqué par « Ssi Aziz » (Akhanouch, Patron du RNI) dans cette aventure commune avec la promesse qu’ils siègeraient tous deux au gouvernement ou seraient ensemble dans l’opposition. L’ancien maire de Casablanca se retrouve maintenant dans une situation intenable : il n’a rien obtenu en termes de fauteuils au gouvernement, mais doit malgré tout soutenir l’exécutif ».

Le cas de l’USFP est légèrement différent. Dans un premier temps, le parti de la rose avait affirmé vouloir faire front commun avec l’Istiqlal, avant de montrer des signes de rapprochement avec le RNI. Au final, alors qu’ils affichaient il y a encore un mois des ambitions démesurées tel le perchoir, les socialistes devraient ressortir très fragilisés de la période de négociations pour la formation du gouvernement, et se retrouver complètement marginalisés. A ce jour, nul ne sait quelle sera leur attitude vis à vis du gouvernement. Soutien passif ? Opposition ? La réponse à cette question devrait trouver sa réponse une fois le gouvernement formé, le patron de l’USFP, Driss Lachguar étant resté vague sur ses intentions.

Akhannouch-Benkirane, condamnés à s’entendre

En creux, il semblerait qu’en reconduisant la même majorité et en fermant la porte à de nouveaux entrants - ce qui aurait permis au RNI de négocier une position plus avantageuse au sein de l’exécutif- Abdelilah Benkirane a voulu accélérer les tractations tout en se mettant dans une position où lui et Akhannouch sont désormais « condamnés à s’entendre ». En effet, toute dissension entre les deux hommes forts de la majorité gouvernementale risquerait de déstabiliser l’exécutif et d’ouvrir une nouvelle période d’incertitude, alors même que l’opinion publique semble lassée de ce ballet interminable.

LIRE AUSSI: Hakkaoui et Akhannouch, provisoirement porte-parole du gouvernement et ministre du Tourisme