Maroc: Abdelilah Benkirane tient des propos polémiques sur la polygamie

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BENKIRANE
Luke MacGregor / Reuters
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POLITIQUE - Sur fond de tractations tendues pour la composition d’une majorité de gouvernement et d’un nouvel exécutif, c’est un entretien au timing pour le moins curieux qu’a accordé le chef du gouvernement désigné, Abdelilah Benkirane, au magazine saoudien Arrajol (L’Homme).

Dans un extrait de l’interview repris sur le site web du magazine aujourd’hui, on peut notamment y voir le chef du gouvernement et patron du Parti de la Justice et du développement (PJD) développer sa position par rapport à la polygamie en affirmant que "si un homme affirme ne pas être en faveur de multiplier les épouses, c’est qu’il est un menteur".

Le chef du gouvernement a également ajouté qu’il serait coutumier du fait de "montrer son admiration à d‘autres femmes en présence de son épouse", tout en inscrivant ces "marques d’admiration dans le respect le plus total pour ces femmes". S’exprimant également sur le fait que son domicile principal appartienne à sa femme, le chef du gouvernement a affirmé – sur le ton de la plaisanterie - qu’il "craignait que son épouse ne le mette à la porte et qu’il ne soit contraint de passer la nuit dans la rue".

Provocation calculée ou simple dérapage?

Que penser alors de ces déclarations à un magazine people pour le moins polémiques sachant que la polygamie est strictement encadrée au Maroc depuis la réforme du code du statut personnel en octobre 2004? S’agit-il d’une provocation calculée afin de rassurer son électorat le plus conservateur? Ou bien faut-il y voir un simple dérapage verbal, dont, il faut le dire, le chef du gouvernement est plutôt coutumier?

Ce n’est en effet pas la première fois que Abdelilah Benkirane est épinglé pour avoir tenu des propos qui peuvent être considérés comme misogynes.

En juin 2014, le chef du gouvernement s’était déjà lancé dans une parabole hasardeuse en comparant les femmes aux "lustres" qui illuminent les foyers marocains.

En octobre 2015, le désormais spécialiste autoproclamé du couple recommandait aux hommes de ne point entretenir de "maîtresses" car ces dernières les pousseraient à la dépense, là où les épouses prendraient soin de leur portefeuille, réduisant ainsi la question à un enjeu économique. Autant de déclarations qui avaient poussé le tissu associatif à réagir vivement et à lancer plusieurs pétitions de protestations.

Dans le cas d’espèce, les déclarations de Benkirane posent surtout la question de la qualité de la parole du chef du gouvernement alors que le pays traverse une séquence politique importante. En plaçant le débat à nouveau sur des questions sociétales aussi clivantes que la polygamie, Abdelilah Benkirane prend le risque de voir à nouveau le fossé grandissant entre conservateurs et libéraux se creuser, alors même que son troisième gouvernement peine à se constituer.

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