Guantanamo, fichage, Russie... Les dernières mesures de Barack Obama que Donald Trump voudra détricoter

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BRENDAN MCDERMID / REUTERS
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INTERNATIONAL - À quelques jours de l'investiture de nouveau président américain, la guerre implicite entre Barack Obama et Donald Trump continue. Cette fois, c'est la question des transferts de détenus de Guantanamo qui oppose le président sortant et son successeur. Le New-York Times a en effet indiqué que l'administration Obama pourrait annoncer prochainement un nouveau transfert de près de 20 détenus, une politique à l'opposé de celle voulue par Trump.

Le président sortant n'entend en effet pas jouer le "lame duck" ou "canard boiteux", selon l'expression consacrée outre-Atlantique pour désigner les responsables politiques dont le mandat arrive à terme. Et il ne ménage pas ses efforts pour éviter que Donald Trump ne détricote trop facilement les mesures qu'il a mis huit ans à imposer.

Transferts de détenus de Guantanamo, résolution onusienne sur les colonies israéliennes, sanctions contre la Russie, interdiction du forage en Arctique... Libéré de toute pression électorale, Barack Obama multiplie les coups de forces - très souvent - à rebours de l'orientation politique de Donald Trump. Même s'il n'a pas la majorité parlementaire, le démocrate possède encore quelques atouts dans sa manche, qu'il n'hésitera pas à sortir jusqu'à l'investiture.

Transferts de détenus de Guantanamo

C'est la dernière source de tensions entre les deux hommes. Dans un tweet du 3 janvier, le président élu a affiché son opposition à tout nouveau transfert de détenus depuis cette prison militaire controversée vers d'autres pays, mettant en garde contre la possible récidive d'individus "extrêmement dangereux".

"Il ne devrait pas y avoir d'autres libérations de détenus Guantanamo. Ce sont des gens extrêmement dangereux et ils ne devraient pas pouvoir revenir sur le champs de bataille"

La réponse, sèche, de l'administration Obama, est tombée peu après: "Je m'attends à d'autres transferts", a déclaré son porte-parole Josh Earnest, soulignant que les commentaires laconiques du républicain n'auraient aucun impact sur la décision de Barack Obama. "Donald Trump aura l'occasion de mettre en place la politique qu'il juge la plus efficace lorsqu'il prendra ses fonctions le 20 janvier", a-t-il ajouté. Selon le New-York Times, les détenus libérés devraient être répartis entre l'Italie, Oman, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Avant de laisser sa place dans le bureau ovale, Barack Obama a également décidé d'utiliser largement son "droit de grâce". Le Monde explique que "pour la seule journée du 19 décembre, il a accordé 153 "réductions ou suppressions de peine" et 78 "pardons", battant le record historique du nombre de grâces accordées par un président en exercice. Un symbole fort alors que nombreux responsables américains redoutent le tournant sécuritaire promis par Donald Trump.

Fichage des musulmans

Autre mesure phare du programme de Donald Trump: renforcer le fichage des musulmans. Pour éviter toute "dérive", Barack Obama s'est empressé de démanteler le "National Security Entry-Exit Registration System". Un programme de contrôle des ressortissants de pays musulmans, mis en place par George W. Bush au lendemain du 11 septembre. Si le "NSEERS" n'était plus en vigueur depuis 2011, son existence légale aurait pu faciliter les plans du président-élu.

Une décision qui ne manquera pas de faire réagir ses détracteurs, alors que le scandale du programme PRISM de la NSA a éclaté sous sa mandature.

Sanctions contre la Russie

Le président américain Barack Obama a pris jeudi 29 décembre, une série de mesures - sans précédents - contre les services de renseignements russes en représailles de l'ingérence de Moscou dans l'élection présidentielle américaine.

L'administration américaine accuse la Russie d'avoir orchestré des piratages informatiques qui ont mené au vol et à la publication de milliers d'emails de responsables démocrates, brouillant le message de la candidate Hillary Clinton. Et favorisant l'élection de Donald Trump.

Les mesures annoncées par Barack Obama prévoient notamment l'expulsion de 35 agents des services de renseignement russes et la fermeture de deux sites utilisés par ces services à New-York et dans l'Etat du Maryland, près de Washington.

Des décisions qui refroidissent un peu plus les relations russo-américaines, déjà tendues par les crises successives en Crimée et en Syrie. Le Kremlin a, d'ailleurs, promis des mesures de rétorsion "adéquates" en guise de représailles. Une situation inconfortable pour Donald Trump, qui souhaite un réchauffement durable des relations avec Vladimir Poutine.

Condamnations des colonies israéliennes

A quelques semaines de son départ de la Maison Blanche, Barack Obama a pris une des décisions internationales les plus fortes de toute sa mandature. En s'abstenant, et en ne faisant pas usage de son droit de véto, le président américain a permis l'adoption d'une résolution de l'ONU condamnant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens.

Une décision qui sonne comme un règlement de compte, alors que sa relation avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a cessé de se détériorer depuis son arrivée au pouvoir. Les deux hommes n'ont jamais eu de complicité et la Maison Blanche n'a jamais caché son irritation face à la rhétorique sécuritaire employée par la coalition de droite au pouvoir en Israël.

En cas de victoire d'Hillary Clinton à la présidentielle du 8 novembre, Barack Obama aurait peut-être pris une décision différente à l'ONU. Mais les positions de Donald Trump favorables à la colonisation ont poussé le président sortant à laisser voter cette résolution qui risque d'affaiblir la position d'Israël dans de futures négociations. Une première dans l'histoire des Etats-Unis.

Interdiction des forages en Arctique

L'une des principales craintes de Barack Obama se fonde sur le climato-scepticisme de son successeur. Ce n'est pas un secret, Donald Trump ne croit pas au réchauffement climatique. Il a notamment annoncé vouloir revenir sur les accords de la COP21 et a promis de sabrer les réglementations environnementales.

Alors pour limiter - un peu - le champ d'action du futur président, Barack Obama a interdit, mardi 21 décembre 2016, tout nouveau forage de gaz ou de pétrole dans de vastes zones de l'océan Arctique.

Une décision qui s'appuie sur "une base légale solide" et ne peut être remise en cause par un autre président, comme l'explique Vincent Michelot, professeur de civilisation américaine à Sciences Po Lyon au Monde: "Certaines règles édictées ces derniers jours seront très difficiles à abroger [...] et consommatrices de temps parlementaire."

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