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Composition du gouvernement: tractations, mode d'emploi

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AKHANNOUCH BENKIRANE
Composition du gouvernement: tractations, mode d'emploi |
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NÉGOCIATIONS - Suite au communiqué du PJD actant l’absence de l’Istiqlal de l’exécutif – mais pas sa présence dans la majorité gouvernementale - s’ouvre désormais la phase "critique" de négociations portant sur l’attribution des maroquins ministériels entre le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, et le patron du RNI, Aziz Akhannouch.

Après plus de 100 jours d’attente, les négociations techniques devraient donc démarrer dès aujourd’hui. Ces dernières promettent d’être âpres et un rapport de force devrait s’installer, tant les tergiversations des dernières semaines ont du laisser des traces chez les principaux protagonistes.

Selon des informations fiables obtenues par le HuffPost Maroc, un principe aurait toutefois été retenu à ce stade: celui de mettre en place un gouvernement resserré composé de grands ministères, mais avec un nombre important de secrétaires d’Etats qui ne siègeraient pas en conseil des ministres.

Objectif: créer des pôles complémentaires pilotés par des ministres en capacité d’effectuer des arbitrages inter-administrations. Revue de détail des principaux enjeux entourant cette phase de négociations.

Logique arithmétique VS logique qualitative et de "cohérence"

Deux logiques devraient s’affronter dans les tractations Benkirane- Akhannouch. Celle qui devrait être mise en avant par le chef du gouvernement désigné devrait être celle de l’arithmétique. Avec 125 députés, le PJD peut prétendre emporter la part du lion en nombre de portefeuilles et voir ses troupes occuper plus que la moitié des fauteuils du gouvernement.

Reste que la qualité des périmètres devrait également jouer un rôle prépondérant dans les discussions. Dans ce cadre, Akhannouch plaidera pour une logique "de cohérence" et réclamera les ministères économiques et techniques réunis dans un vaste pôle placé sous la tutelle d’un ou plusieurs ministres RNIstes.

Pour étayer cette requête, le milliardaire originaire du Souss mettra en avant les difficultés à effectuer des arbitrages rapides si les portefeuilles entrant dans ce périmètre étaient distribués entre ministres de bords partisans différents. De son côté, Benkirane sera vigilant à "placer" un ou deux cadres du PJD, peut-être à des postes de ministres délégués, comme cela était le cas au sein de l’exécutif sortant, avec Driss El Azami El Idrissi au Budget.

Ministères sociaux et de développement: la grande inconnue

La question des grands ministères sociaux et de développement constitue, à ce jour, la grande inconnue dans les négociations. S’il est à peu près acquis que le PPS, qui constitue une force d’appoint dans la majorité, devrait en arracher un ou deux, le sort des "mastodontes" que sont la santé, l’éducation, ou encore l’emploi, est incertain.

Peu rémunérateurs électoralement, ces ministères sont souvent synonymes de mandats difficiles pour leurs titulaires, du fait de la très forte pression de l’opinion publique. Quant à l’habitat et l’urbanisme, ainsi que l’environnement, il y a fort à parier que les négociations seront tendues, ces sujets étant désormais placés au cœur de l’actualité du fait de la régionalisation avancée et de suivi de la COP22.

Maroquins de souveraineté: un socle incompressible Intérieur-Affaires étrangères?

La question des ministères de souveraineté devrait également être un sujet important dans une seconde phase, lorsque le chef du gouvernement désigné se sera entendu avec les composantes de sa majorité et devra rendre sa copie au palais.

Car si le chef du gouvernement propose les ministrables, le dernier mot revient, in fine, au souverain, qui nomme les membres du gouvernement. Dans ce contexte, la pratique veut que plusieurs départements soient considérés comme des domaines réservés. Si les Affaires islamiques ne souffrent aucune discussion, à l’exception de la parenthèse Mohand Lanser (2012-2013), le ministère de l’intérieur est généralement tenu par un titulaire non-partisan.

Quant au ministère des Affaires étrangères, dans un contexte de retour du Maroc dans l’Union africaine, et donc de prééminence des dossiers de politique étrangère, il est probable que ce dernier soit confié à un diplomate expérimenté. Enfin, là ou des points de blocages subsisteraient, reste l’option des personnalités dites "nationales" pour certains ministères, comme cela a été évoqué ces derniers jours, afin de renforcer la légitimité et la transversalité du gouvernement.

Poker menteur dans la dernière ligne

L’opinion assistera donc à une véritable partie de poker menteur au cours des jours qui viennent, chaque partie prenante cherchant à affirmer sa position et à obtenir le maximum de poids au sein du gouvernement. Comme à l’accoutumée, des informations contradictoires devraient se succéder, et des "listes" de ministrables circuler dans les médias, pour finalement accoucher - ou pas - d’un gouvernement qui réservera, de toutes les manières, des surprises.

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