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Réseaux sociaux: Pourquoi tant de haine envers les victimes marocaines d'Istanbul?

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Réseaux sociaux: Pourquoi tant de haine envers les victimes marocaines d'Istanbul? | Getty Images/iStockphoto
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RÉSEAUX SOCIAUX - Au lendemain de l'attentat contre la discothèque Reina à Istanbul, qui a fait 39 morts dont deux Marocaines, les internautes se sont naturellement mobilisés sur les réseaux sociaux pour soutenir les victimes et leurs familles. Mais aux messages de condoléances et de compassion se sont rapidement mêlés des commentaires à caractères sexiste et haineux ayant pour cible les femmes décédées et blessées.

"Que faisaient des Marocaines en boite de nuit?", "Combien de Marocaines peuplent les boites de nuit turques ?", tels est le genre de réactions que l'on a pu voir publiées sur la toile au lendemain de l'attaque. Certains internautes poussent même jusqu’à proférer des menaces de mort. Un comportement devenu malheureusement presque habituel dès qu’un sujet polémique est lancé au Maroc, et même si des compatriotes sont endeuillés.

"Il y a eu d'abord un sentiment de choc après l'annonce de cet attentat", explique au HuffPost Maroc Marouane Harmach, consultant en stratégie digitale et auteur de plusieurs études au sujet de la communication politique sur les réseaux sociaux.

Mais après cette première vague de surprise, il a constaté des commentaires violents sur un support arabophone très populaire, où il a l'habitude de lire ce type de réactions agressives et sexistes. La publication par certains organes de presse de la photo de deux jeunes femmes présentes pendant l'attaque (dont une est grièvement blessée) n'a pas calmé les commentateurs. Bien au contraire, cela a permis selon Harmach une personnification des victimes. Le spécialiste des réseaux sociaux ajoute même que le fait que ces deux filles fassent partie d'une famille aisée a provoqué un flot de haine.

Un sentiment d'impunité qui peut rendre les propos agressifs

Cela pourrait s’expliquer par le fait que les réseaux sociaux exacerbent le sentiment d'impunité que certains internautes marocains peuvent ressentir. "C'est comme le conducteur qui est une personne responsable dans sa vie de tous les jours mais qui, dès qu'il est au volant de sa voiture voiture, devient agressif. On remarque ce même phénomène sur les réseaux sociaux. Le commentateur est sur son clavier devant son écran et le sentiment d'impunité peut rendre ses propos assez agressifs. C'est là que l'on retrouve les clichés assez courants par rapport aux classes sociales, aux femmes ou aux moeurs", explique Harmach. Et de poursuivre que "ces commentaires sont lus par des personnes qui peuvent être influençables, et que cela peut bâtonner une opinion publique digitale qui n'est pas d'accord avec les moeurs de la société et l'opinion publique tous court".

Des opinions peu représentatives de la population marocaine

Aussi on remarque que ce sont les mêmes commentateurs qui reviennent et qui peuvent orienter l'opinion publique dans un sens ou dans un autre. Une expérience a été faite récemment à ce sujet, précise ce spécialiste: "on a observé que le premier commentaire posté suite à la publication d'un article va conditionner les commentaires qui suivent. Un caractère un peu grégaire, qui cristallise une opinion conservatrice". Reste à noter que ces internautes aux messages virulents ne sont pas représentatifs de la population marocaine dans son ensemble.

"On ne peut pas dire que cette population soit représentative de l'opinion publique. Sur les 34 millions de Marocains, à peu près 17 millions ont accès à Internet. Mais ceux qui ont les opinions les plus extrémistes et tranchées sont généralement ceux qui ont le plus tendance à communiquer. Cela reste un courant minoritaire mais très visible sur l'opinion publique digitale", précise-t-il.

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